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Full text of "Romania"

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ep ds 346 


ROMANIA 


ds sr 


ROMANIA 


ROMANIA 


RECUEIL TRIMESTRIEL 
CONSACRÉ A L'ÉTUDE 
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES 
PUBLIÉ PAR 


Pauz MEYER ET Gaston PARIS 


Pur remenbrer des ancessurs 
Les diz e les faiz e les murs. 
Wa. 





PARIS 
LIBRAIRIE ÉMILE BOUILLON, ÉDITEUR 
67, RUE DE RICHELIU, 67 





AISTS 
JAN 31 1098 


LE COUPLET DE DEUX VERS 


I. — NOMS DONNÉS AU COUPLET 


Il n'est plus d'usage aujourd’hui. d'appeler couplet une 
simple paire de vers unis par la rime. Déjà, au-xiv* siècle, la 
cobla, d'après la définition des Leys d'amors (I, 198), devait se 
composer de cinq vers au moins et de seize au plus. Cepen- 
dant le latin copula et le français couple peuvent parfaitement 
s'entendre d’une paire. En fait, on a employé couplet et la 
forme féminine couplet pour désigner deux vers accouplés. 
L'auteur du Livre du Tresor amoureux, qui est, sinon Froissart, 
du moins un de ses contemporains, s'exprime ainsi : 

Lors exploitaÿ, sans contredit, 
Mon livre de grant voulenté ; 
Sur m'ame, au dessoubs de Beauté, 
Fis quatre cens couplés.… 
(Poésies de Froissart, éd. Scheler, II], 76.) 


Et à la rubrique om lit : « Cy commence le livre du Tresor 
amoureux, divisé en .iiij. parties de lignes coupleles » (ibid. 
p. 52). D'autres exemples tirés du même poème sont relevés 
dans le glossaire des poésies de Froissart, au mot COUPLETES. 

Plus anciennement, l’auteur de Partenopeus de Blois, annon- 
çant qu'il allait changer de rythme et passer des vers accouplés 
aux laisses monorimes, s'exprimait ainsi : 





Je qui ceste geste vos chant 
Voil que la fin voist amendant. 
Tresqu’or ai si trete la lime 
Que chascuns coplés a sa rime, 
Or la vous trairons par lons vers. 
CP. Paris, Mss. fr. Ill, 85°.) 





1. Ce morceau ne se retrouve pas dans l'édition de Crapelet. 
Romanis. XXII 1 


2 P. MEYER 


Le poéme de Partenopeus est de la fin du xn° siècle. Vers 
1260, l’auteur de la Vie d'Edouard le Confesseur emploie couple 
dans le même sens : 


Quank'en franceis voil escrivere, 
N'en voil unc un cuple faire, 
Si l'estoire n'eûsse essamplaire 
Ki est en latin escrite. 
Œd. Luard, p. 26.) 


Eustache Deschamps, dans son Art de dictier, emploie aussi, 
mais non pas exclusivement, cwple pour désigner un groupe 
de deux vers'. En anglais couple a été usité en ce sens?, et cou- 
blet a encore actuellement la même signification. Nous pouvons 
donc appeler couplet une paire de vers unis par la rime. 

D’autres noms ont été donnés à la paire de vers. Elle est 
appelée rime léonine dans le Jardin de plaisance et fleur de rheto- 
rique : 

De diffinicione leonine pro prima specie. 
Ainsi se fait et se termine 
La rime qui est Lonine. 
Ceste rime est la plus commune 
Et plus aisée que nesune. 
Elle est a cela congnoissable 
Que ung ver est a l'autre semblable 
Sans intermediacion 
Et sans que ligne s'interpose 
De vers d'interposicion, 
Comme) sont ceulx cy que je propose 
Des quelz mesmes je speciffie 
La façon et la notifies. 

Cet emploi du mot Honine, qui ne se trouve point ailleurs à 
ma connaissance, vient probablement de ce que l’auteur aura 
assimilé les deux vers liés par la rime au vers latin léonin où 
le premier hémistiche rime avec le second. Cette assimilation, 
on le verra plus loin, n’est pas dénuée de fondement. 








1. Edition de la Soc, des ane. textes français, VII, 281. 

2. Exemples du xive au xvie siècle dans le New English Dictionary, sous 
COUPLE 9. 

3. Ed. de Vérard, fol. 61. Ces vers ont été cités par Wolf, Uéher die Lais, 
p. 180; et, d'après Wolf, par M. Freymond, Zeitschr. f. roman. Phil, VI, 10. 


LE COUPLET DE DEUX VERS 3 


Dans l” Art de rhetoricque pour rimer en plusieurs sortes de rimes 
(Montaiglon, Poésies françoises des XV*et XVI siècles, I, 118), 
qui est de la fin du xv° siècle, le couplet de deux vers est 
appelé rime commune. Mais, dans un ms. de ce traité que M. de 
Montaiglon n’a pas connu et que M. E. Langlois cite dans sa 
dissertation sur les anciens arts de rhétorique", ie ms. Bibl. 
nat. fr. 2375, on lit rime commune plate. Et, en effet, ce couplet 
de deux vers est ce que nous appelons encore maintenant rime 
plate. Par contre, un peu plus loin l’imprimé cite, sous la 
rubrique rime plate, des couplets construits selon la forme si 
fréquente uab aab, erreur que ne commet pas le manuscrit. 
Nous voyons donc que notre expression rime plate remonte au 
moins à la fin du xv* siècle. Elle n’est pas très claire, et il 
paraît qu’on pouvait se tromper sur sa véritable signification. 
En effet, le président Fauchet, dans un passage assez mal rédigé, 
paraît entendre par rime plate les vers alignés en laisses mono- 
rimes*. Gilles Corrozet, dans ses Blasons domestiques, cite la 
rime plate sans dire ce qu’il entendait par là : 

N'est ce une joye et plaisant et divine 
De composer et en prose et en vers 
Rondeaux, dixains et maints traïctez divers 
En rithme plate et en rime croisée ? 
(Montaiglon, Poésies, VI, 271.) 

Il paraît certain toutefois qu'ici la rime plate, opposée à la 
rime croisée, doit s’entendre des vers accouplés deux à deux 
par la rime. 

Le couplet de deux vers est appelé par les Castillans pareado, 
par les Leys d'amors (I, 168, 238) rims caudatx. 


I. — ESPÈCES DE VERS GROUPÉS PAR PAIRE 


On 2 accouplé des vers de toute longueur, mais non pas à 
toutes les époques; car les vers décasyllabiques et alexandrins 





1. De artibus rheloricae rhythmicae.… Thesim proponebat E, Langlois. Paris, 
1890, p. 63. M. Langlois considère ce traité comme l'abrégé d'un traité de 
bien peu d'années antérieur composé par Molinet, 

2. A La fin du premier livre de son Recueil de l'origine de la langue et poésie 
framçoise, édition comprise dans les Œuvres, 1610, fol. 553. 


LE COUPLET DE DEUX VERS s 


xin*, on en peut citer bien des exemples. Et d’abord la vie de 
saint Jean Baptiste, publiée par MM. G. Paris et A. Bos, dans 
l'introduction à la Wie de saint Gilles (Société des anciens textes). 
Selon les éditeurs ce poème serait certainement du xt siècle. Il 
est en tout cas au moins des premières années du xin° siècle. 
Citons la vie de saint Eustache par Guillaume de Ferrières, 
signalée dans ma notice sur quelques mss. de la Bibliothèque 
Phillipps'; — divers poèmes religieux (que je ferai connaître 
en une autre occasion) de frère Henri d’Arci, templier 
anglais; — quelques parties des Enseignements Trebor (ana- 
gramme de Robert), poème de Robert de Ho, composé princi- 
palement en vers octosyllabiques, mais où sont admis des mor- 
ceaux en vers de mesure variable: ; — une ancienne traduction 
des Psaumes de la pénitence, qui a été souvent copiée?; — et 
quelques pièces en vers qu’on trouve en tête des psautiers 
d’origine liégeoise dunt il a été question plus haut4; — diverses 
poésies morales en forme d’épitres, que Philippe de Novare a 
insérées dans ses Quatre tens d'aage d'omes. Toutes ces pièces 
sont du xm° siècle. Ce sont, comme on voit, des poésies 
morales ou destinées à l'édification. Au xiv° siècle, on peut 
citer le Girart de Roussillon bourguignon, composé en 13366, 
une vie de sainte Christine dont Fauchet nous a conservé les 
premiers vers 7, etc. 

En provençal, les couplets de deux vers alexandrins sont 
rares. Cette forme a été adoptée par l’auteur de la Vie de sainte 
Marie-Madeleine8. Elle fait quelques apparitions dans le Mys- 
tère de sainte Agnès, et Raimon Feraut l’a employée très fré- 
quemment dans sa Vie de saint Honorat. 

Enfin, le seul exemple de vers de seize syllabes signalé jus- 





1. Notices el extraits, XXXIV, 1, 225. 

2. Jbid., 215. 

3. Romania, VI, 18, XV, 305. 

4. Rev. des Soc. sav, $e série, VI, 241 et suiv. Ce sont les pièces I, VI, 
VIIL. La première est reproduite dans mon Recueil d'anciens textes, partie fran- 
gaise, n° jo. 

5. Edit. de la Société des anc. textes, pp. 64. 

6. Voir la préface de ma traduction de Girart de Roussillon, p. xxv. 

7. Œuvres, 1610, fol. 553. 

8. Romania, XIV, 526. 


6 P. MEYER 


qu'ici dans notre ancienne littérature nous présente ces vers 
accouplés deux par deux". 


I. — FORME ANCIENNE DU COUPLET 


Il résulte de cet exposé que les vers mesurant plus de huit 
syllabes n'ont été réunis par paires ni fréquemment ni ancien- 
nement. Cet usage a commencé avec les vers de six et de 
huit syllabes, et dans des conditions qui jusq: n'ont été 
remarquées, À ma connaissance, par aucune des personnes qui 
se sont occupées de notre ancienne versification. Ces condi- 
tions peuvent être formulées ainsi : 

La construction des phrases est en rapport étroit avec la con- 
struction des couplets. Une phrase peut être complète en un 
couplet, comme elle peut s'étendre sur deux ou plus, mais tou- 
jours elle se termine avec le second vers du couplet, jamais avec 
le premier. Il y a des phrases de deux, quatre, six vers, il n’y 
en a pas de trois, de cinq, de sept. 

Tel est le caractère des couplets dans nos plus anciens 
poèmes en vers de six ou de huit syllabes, de telle sorte que 
le couplet peut être considéré comme un vers de douze ou de 
seize syllabes rimant à l’hémistiche et à la fin, en d’autres 
termes, comme un vers léonin. Celui qui a nommé rime léomine 
le couplet de deux vers (ci-dessus, p. 2) semble avoir eu le 
sentiment qu’à l'origine ces deux vers ne formaient qu’un 
long vers où le premier et le second hémistiche rimaient 
ensemble. Les copistes des plus anciens mss. de Philippe de 
Thaon paraissent avoir eu la même idée, lorsqu'ils écrivaient 
sur une mème ligne les deux vers (de six syllabes) qui riment 
ensemble, les séparant par un point ou par un point et virgule *. 








1. Romania, XV, 309. 

2. Il serait peut-être plus exact de dire « de six à huit syllabes », pour tenir 
compte des vers de sept syllabes. que l'on trouve de bonne heure associés 
deux pur deux, dans les poèmes de Simon de Fresae (Romans. XIIL 553). 
Mais, en debors de La posie strophique, où le groupement par paires est 
rare, le vers de sept syllabes a êté bien peu employé. 

$. On pourrait citée À ce propos nombre de p 
ae siecle ou du ae compusdes de vers de seire sylabes rimant à T 
et à La da, ce qui ieur donne La physionomie de nos aires de vers octosvle 












8 P. MEYER 
Je transcris les quatre premières strophes : 


1 Domine-Deu devemps lauder III Quant infans fud, donc 2 ciels 
2 Et a sos sancz honor porter; Ltemps 
In su'amor cantomps del[s] sanz 2 Al rei lo duistrent soi parent : 

4 Quæ por lui augrent granz aanz; Qui donc regnevet a ciel di, 
Et or es{t] temps et si est biens 4 Cio fud Lothiers fils Baldequi. 
6 Quæ nos cantumps de sant Leth- 1! l'efnjamat, Deu lo covit, 
fier. 6 Rovat que letres! apresist. 





11 Primes didrai vos dels’honors IV Didun l'ebisque de Peitieus 
2 Qu il avvret ab duos seniors ; 2 Luil comandat ciel reis Lothiers, 


Après ditrai vos dels aanz Il lo reçut, tam ben en fist? 
4 Que lisuos corps susting si granz, 4 Ab un magistre semprel mist 
E [d'JEvruin del Deu-mentit Quillo doist bieu de cel saveirs 


6 Qui lui a grand torment occist. 6 Donft] Deu servir+ por bona feid. 


Il n'y a de difficulté qu’à la troisième strophe. LA, après 
parent (v. 2), Bartsch (Chresi. fr.) et G. Paris ne mettent 
aucune ponctuation, et après di (v. 3), ils mettent deux points. 
J'ai suivi leur exemple dans mon Recueil (p. 194). C'était une 
erreur. Il faut une ponctuation après le second vers, et traduire 
ainsi les vers 3 et 4 : “ Ce fut Lothier… qui régnait alors ”. On 
pourrait aussi intervertir les deux vers. 

On peut poursuivre l'épreuve sur tout le poème, on ne trou- 
vera pas d’exceptions à la règle. Il est facile de faire la même 
expérience sur la Passion, où les couplets sont assemblés deux à 
deux en strophes de quatre vers. Toutefois, elle ne serait pas 
très concluante, parce que le poème est composé de proposi- 
tions très brèves, le plus souvent complètes en un seul vers. Il 
ne manque cependant pas de strophes nettement coupées par 
le sens après le second vers : 


VI Cum cel asnez fu amenaz, VII Per sua grand humilitad 
De lor mantels ben l'ant parad; Jesus [rex] magnes sus monted, 
De lor mantelz, de lor vestit, Si eum prophetes anz mutz dis 
Ben li aprestunt o ss'assis. Canted aveien de Jesu Crist. 





1. Ni. litteras. 

2. Il ne faut pas mettre deux points après ce vers, ni point et virgule : le 
sens se poursuit, que étant sous-entendu. 

3. Ms. suvier, et à la rime correspondante, fid. 

4. Ms. servir. 


LE COUPLET DE DEUX VERS 9 


J'ai relu les 129 strophes du poème : je n’en ai pas trouvé 
où il n’y ait une ponctuation après le second vers, à part deux 
où trois où la strophe entière forme une seule phrase. 


PHiipre DE THAON, Comput (éd. Mall): : 


En un livre devin 

216 Qu'apelum Genesin, 
loc lisant truvum 
Que Deus fist par raisun 
Le soleil e la lune 

220 E esteile chascune. 
Pur çol me plaist a dire 
D'iço est ma matire, 
Que jo demusterrai 

224 E a clercea lai 
Ki grant busuin en unt 
E pur mei preierunt ; 
Kar unc ne fut loée 

228 Escience celée. 


Pur ço me plaist a dire, 
Or i seit li veirs sire! 
Quant Deus fist creatures 

232 De diverses natures, 
Tutes at nuns posez 
Sulune lur qualitez ; 
Mais un itel truvat 

230 Que il tens apelat, 
Dunt prut ne sai parler 
Ke la fin recunter; 

Ne hom ne fut mortel 

240 Ki une en desist el. 


Bestiaire, d'après mon Recueil, p. 286. 


Philippe de Thaün 
En franceise raisun 
Ad estrait Bestiaire, 
4 Un livre de gramaire; 
Pur onur d’une gemme 
Ki mult est bele femme, 
Et est curteise et sage, 
8 De bones murs et larg 
Aaliz est numée, 
Reine est corunée, 
Reine d'Engleterre, 
12 Sa ame n'ait ja guerre! 





Et oiez de sun num 
Que en ebreu trovum : 
Aaliz si nunz est, 
16 Loenge de Deu est, 
En ebreu en verté 
Aaliz laus de Dé. 
N'en os faire loenge 
20 Qu’envirie ne me prenge, 
Mcis el seit remembrée 
Et tuz jors meis loée. 
Cest livere en voil traiter, 
24 Deus sait al cumencer| 


Il est à propos de mentionner ici trois autres poèmes en vers 
de six syllabes, dont la versification est ancienne, en ce sens 
du moins que les phrases se terminent régulièrement avec la fin 





1. Je change, là où il est nécessaire, la ponctuation, ce qui ne veut pas 
dire que je comprenne autrement que l'éditeur. Je suis au contraire 
généralement d'accord avec lui. Seulement, on sait que les Allemands 
ont l'habitude de mettre une virgule avant que, ce qui est contraire À notre 


usage. 


10 P. MEYER 


du couplet. Le plus ancien des trois est, selon toute apparence, 
le Débat du corps et de l'âme (Wright, Latin porms commonly 
attributed to Walter Mapes, p. 321). Je le crois du milieu ou 
de la seconde moitié du xur siècle. 


Un samedi par nuit L'ame en estoit eissue 
Endormi en mon lit, Ce me ent vis, tote nue, 
E vi en mon dormant En guise d'un enfant 

4 Une vision grant; 12 E faisoit dol mult grant ; 
Kar ce m'estoit viare De petite figure 
Que desuz un suare Estoit la creature, 
Estoit couvert un cors E estoit la chaitive 

8 E l'ame issue fors. 16 Tote vert come chive. 


Le second poème est le Dit des Sibiles, que j'attribuerais 
volontiers à la fin du xnr siècle : 


Il furent dis sibiles Si com dient auctur 
Gentils dames nobiles, E li mestre plusur, 
Ke orent en lur vie Sibile erent nomées 

4 Esprit de prophecie; 12 Et sages apelées 
Nuncioient a la gent Tutes femme savantes 
De lur avenement; Ki erent devinantes. 
Diseient aventures La première fut née 

8 De diverses mesures. En Perse La citée. 


Pour le troisième poème, l’histoire de Joseph, je n’ai qu’une 
appréciation assez vague. Les couplets sont coupés selon l'usage 
ancien, mais on verra plus loin que cet usage ancien reparaît 
en quelques compositions du x‘ siècle. On a de l’histoire de 
Joseph en vers de six syllabes deux mss. Je cite le début d’après 
le ms. fr. 24429, fol. 94 d : 


ei commance Vesloire de Joseph, comment ses freres le vendirent en Epyple. 


D'une ancienne estoire Saint Moyses la fist 

Vous veil faire memoire ; Si com Diex la li dist; 
D'une haute leçon Par sa sainte Esperite 
Vous ferai le sermon. Fu trovée et escrite. 
Traite est de l'escripture, Grant sens i puet aprendre 
Du livre de Nature ; Qui bien i velt entendre. 





1. Bibl. nat. fr. 25407 fol., 160 d; un morceau du poème a été publié 
d'après ce ms. par Tarbé à la suite du Tournoiement de l'Ankechrist, p. 106. 


LE COUPLET DE DEUX VERS 


De ce est nostre sermon; 
Oiez l’entencion. 
Sachiez que de folie 
N'est faite ne d'envie. 
Por nesune achoison 

Ne menez trais on; 

Ne devez Dieu faillir 

Por poor de morir. 


11 
Du file d'un haut baron 

Qui Jacob avoit non, 

Ysaac fu son pere 

Et Rebecca sa mere; 

Abraham fu ses aives 

Li cortois et Ii saives, 

Qui si parloit souvent 

O Dieu l'onipotent. 


Vie de saint Brandan. — Ce poème, étant dédié à la reine 
Aelis, femme de Henri Ie d'Angleterre, appartient sûrement 
au second quart du xu siècle. Je cite quelques vers du début 
d’après le plus ancien ms. (Cottonien, Vesp. B. X), très exac- 
tement reproduit par M. Suchier dans les Romanische Studien, 1, 
567 et suiv., corrigeant çà et là quelques fautes d’après les 


autres mss. 


Donne Aaliz la reine, 
Par qui valdrat lei devine, 
Par qui creistrat lei de terre 

4 E remandrat tante guerre, 
Par les armes Henri lu rei, 
Par le cunseil ki ert en tei, 
Saluet tei mile mil feiz 

8 Li apostoiles danz Beneiz : 
Que comandas ç0 ad enpris, 
Sulunc sun sens en letre mis, 
En letre mis et en romanz 

12 Eissi cum fut li teons comanz, 
De seint Brendan le bon abbet, 
Mais tul defent ne seit gabet. 
Quant dit que seit e fait que peot, 

16 Itel serjant blasmer n’esteot; 
Mais cil qui peot e ne voile 
Dreit est que cil puis se doile. 
Icist seinz Deu fut nez de reïs, 

20 De naisance fut des Ireis. 


Pur ço que fut de reial lin, 
Pur oc tendit a noble fin. 
Bien sout que l'Escripture dit : 
24 Ki de cest mund fuit le delit 
A Deu del cel tant en avrat 
Que demander plus n'en savrat. 
Pur ço guerpit cist reials eirs 
28 Les fals honurs pur iceals veirs; 
Dras de moine pur estre vil, 
En cest siecle cum en eissil, 
Prist e l’ordre e les habiz, 
32 Puis fut abes a force esliz. 
Par art de lui mult i vindrent 
Qui a'l'ordre bien se tindrent, 
Treis mil suz lui par divers leus 
36 Moines aveit Brendans li prus, 
De lui pernanz tute essample 
Pur sa vertu qui ert ample. 


Je ne considère pas le couplet formé des vers 23-4 comme 


faisant exception à la règle : 
une seule phrase. 


en réalité les vers 23-6 forment 


Ancienne version du Lapidaire de Marbode. — L. Pannier fait 
remonter cette version aux premières années du règne de Louis 


12 P. MEYER 


le Gros'. Cette opinion est aussi celle de G. Paris qui place le 
lapidaire en question vers 11252. Je ne le crois pas tout à fait 
aussi ancien. Toutefois il est certain que l’unité des couplets y 
est bien observée. S'il arrive parfois que le premier vers d’un 
couplet termine une proposition, le poète a soin que le second 
vers forme une proposition complète ; voy. vv. 6, 12, 16, 22, 


32. 


Evax fut un mult riches reis Neruns fut de Rume emperere 
Lu regne tint des Arabeis. En icel tens que li reis ere. 
Mult fut de plusurs chioses sages, Manda li ke li enveast 

4 Mult aprist de plusurs lengagges. 20 Par sa merci, ke nel laisast, 
Les set arz sot, si en fut maistre; De sun sen, de sa curteisie : 





Mult fu poischant e de bon estre. Ne kereit altre manantie. 
Grans trezorz ot d'or e d'argent Evax un livre li escrist 

8 E fut larges a tuite gent 24 K'il meïsmes de sa main fist, 
Pur lu grant sen, pur la pruece Ke fu de natures de pierres, 
K'il ot € pur sa gran largece De lor vertuz, de lur manieres, 
Fut cunuûz € mult amez, Dum venent € u sunt truvées, 

12 Par plusurs terres renumez. 32 En quels lius e en quels cuntrées, 
Neruns en ot oi parler : De lors nuns e de lor culurs, 
Pur ce que tant l'oï loer Quel poissance unt e quels valurs. 
L'ama forment en sun curagge; Mult sunt les lur vertuz cuvertes, 


16 Si li tramistun ujen message. 36 Mais lor aîes sunt apertes. 


Guimar. L’ “Histoire des Anglais” de Geffrei Gaimar, ayant 
été sûrement rédigée entre 1147 et 1151, est un très précieux 
point de repère pour l'étude de la versification comme pour 
celle du français d'Angleterre. L'individualité du couplet (si je 
puis hasarder cette expression) s’y maintient assez bien, non 
sans quelques manquements, toutefois. Nous sommes en 
Angleterre. Je prends le passage relatif au jongleur Taillefer, à 
la bataille de Hastings, ou de Senlac, comme dit M. Free- 
man. 





1. Les lapidaire français du moyen dge (Bibl. de l'école des Hautes études, 
fasc. LIT), p. 28. 

2 Manuel, 2e éd., p. 246. 

3: Je me sers de l'édition Martin (voy. Romania, XVIII, 314), mais 
naturellement en corrigeant le texte d'après les variantes. 


LE COUPLET DE DEUX VERS 


1 


Quant les escheles suntrengées 5280 Com si ço fust un bastunet; 


5268 E del ferir aparillées, 

Mult i out genz d'ambesdous 
par : 

De hardement semblentieoparz. 
Un des Franceis donc se hasta, 

5272 Devant les altres chevalcha. 
Taillefer ert cil apelez, 
Joglere esteit hardiz asez; 
Armes aveit e bon cheval, 

5276 Si ert hardiz e bon vassal. 
Devant les altres cil se mist, 
Devant Engleis merveilles fist : 
Sa lance prist par le tuet, 


Encontremont halt la geta 
E par le fer receüe l'a. 
Treis feiz ici geta sa lance, 

5284 La quart feiz mult près s’avance : 
Entre les Engleis la lança, 
Parmi le cors un en naffra; 
Puis treist s’espée, arere vint 

5288 E geta s'espée Ki] tint 
Encontremont, puis la receit. 
L'un dit a l'altre ki ço veit 
Que ço esteit enchantement 

5:92 Ke cil feseit devant la gent. 


Il est certain que les couplets formés par les vers 5287 à 5290 
sont brisés. Ça et là on trouverait d’autres exemples de la 
même irrégularité. 

Wace. Je ne puis pas transcrire ici des fragments de tous les 
écrits de ce poète : ce serait trop long. Mais le lecteur curieux 
pourra vérifier l'application de la règle dans les éditions de Rou 
CAndresen), du Brut (Le Roux de Lincy), de saint Nicolas 
(Mommerqué, Delius, Cahier), de sainte Marguerite (Joly *), 
de la Conception (Mancel et Trébutien, Luzarche). Il faut tou- 
tefois faire attention que dans le poème de la Conception, tel 
que l'ont publié Mancel et Trébutien, tout n’est pas de Wace, 
que dans l'édition du Brut due à Le Roux de Lincy la ponctua- 
tion est très souvent erronée. Je citerai, d’après un ms. de 
Troyes, les premiers vers de Sainte Marguerite, qui manquent 
dans le ms. de Tours d’après lequel M. Joly a publié ce 
poème. 


A l'enor Deu et a s'aïe Assez fut gente et assez belle ; 


Dirafi] d'une vierge la vie, 
D'une vierge, d'une saintisme 

4 Qui s'amor ot vers Deu l'autisme 
Et son penser si fermement 
Que por poine ne por torment, 
Ne vout onques son cuer retraire 

8 De Deu servir ne d’enor faire, 
Marguerite ot non la pucelle, 


Ce m'est avis que par raison 

12 Doit elle bien avoir cest non, 
Que bien resemble marguerie 
De sa beauté et de sa vie 
Comme gemme fut preciose, 

16 Ancele fu Deu et espose. 
Volentiers et bien se garda 
Sa chasteé qu'elle voua. 








1. Voy. Romania, VILI, 276. 











LE COUPLET DE DEUX VERS 17 


IV. — RÉFORME DU COUPLET 


Qui donc 2 brisé l’ancien couplet? Quel est le novateur qui 
s’est permis de rompre le lien qui unissait la mesure proso- 
dique à la construction grammaticale ? 

Ce novateur, ce romantique anticipé, c’est, semble-t-il, 
Chrestien de Troyes qui, dès ses premiers ouvrages, montre 
plus d'indépendance que son contemporain Benoît de Sainte 
More à l'égard de la règle traditionnelle. Je prends quelques 
exemples dans Erec et Enide, marquant par un trait hori- 
zontal les endroits où le couplet est brisé : 





Li vilains dit an son respit Delez le chemin aresté ; — 
Que tel chose à l'en en despit Mès mout i orent po esté 
Qui mout vaut miauz que l'en Quant 











[ne cuide. — “+ 
4 Por ce fet bien qui son estuide Car la reine mi envoie. — 
Atorne a bien, quel que il 170 Li nains s’estut enmi la voie 
Dait;-- Qui mout fu fel. 
Car qui son estuide entrelait : 








Tost i puet. Retornée s’en est plorant. — 
25 Des iauz li descendent corant 
Maus en porroit venir mout Les lermes contreval la face — 
[granz : — 192 La reine ne seit que face. 
50 Ancor à il ceans cinq cene Quant sa pucele vit ble: 





Dameiseles. Mout est dolente et correciée. 


Hal Erec, biaux amis, fait ele, 








Por orellier et escouter 196 Mout me poise de ma pucele 

S'il orroient home comer Que si m'a bleciée cil nains. — 

Ne cri de chien de nule part, — Mout est li chevaliers vilains 
136 Tuit roi furent en un essart Quant il sofri… 


Prenons le début de Perceval (d’après mon Reweil, partie 
française, n° 18) : 











Ce fu el tans qu'arbre florissent;  Ensi en la forest s'en entre, — 
s Et maintenant li cuers del ventre 
Et tote riens de joie enflame, — Por le dolz tans li resjoï, — 
Que li filz à la veve dame 20 Et por le chant que il oï 
De la gaste forest soutainne Des oisiaus 
8 Se leva, et ne li fut painne — Le 
Que il sa sele ne meïst Et cil ki bien lancier savoi 
Sor son chaceor, et preïst — 28 Des javeloz que il avoit 
IL. javeloz… Aloit environ lui lançant, 


Romanis, XXI 2 


18 P. MEYER 


Une ore arriere, une ore avant, Tant qu'il oï par mi le gaut 
Une ore bas et autre haut, — Venir. 


Gautier d’Arras, l’auteur d’Jlle et Galeron et d'Eracke, a été 
considéré ou comme antérieur à Chrestien de Troyes, ou 
comme son contemporain !. Je le crois tout au plus son con- 
temporain, et probablement un peu postérieur. Quoi qu’il en 
soit, sa versification, au point de vue qui nous occupe, n'est 
pas ancienne. Je citerai le début d’JVle et Galeron, et un passage 
d’Eracle imprimé dans le recueil de Bartsch et Horning : 


Aïe, Dius, sains Esperis! 12 Sor cui c'on veut; mès longue- 
K'a le millor empercrris [ment 
Qui onkes fust, si con je pens, Ne se tient nule doreûre 

4 Otroi mon service et mon sens. A envers d’une laveüre, 
Tel me convient; atempreüre Por Diu, que monte ne que 
Voel metre en ceste troveüre vaut? — 
Et trover atempreement, — 16 Ne sai por coi nus se travaut 

8 Mais que de loer seulement Por cose qui fausse en la fin ; — 
Celi qui  honour enclose. — Mais, la ou Dix mist tant de fin 
Gou est la letre, mès la glose Comen l'empererrisde Rome,… 


Puet on atorner faussement 


Eracles (Bartsch et Horning, col. 200) 2: 


Que que li sire s'en revient, « Ainçois lor tiennent por çou 
4760 De çou tient plait dont plus Cpais 
[li tient; 4772 « Que il meïsme sont mau- 
Enquiert Eracle se il set vais. » 
De le cose el mont que plus het D'un et d'el vont tant devisant 
S'ele est encore traite a fin. — Qu'il vont ja Rome ravisant, 
4764 « Sire », fait il, « dès hui matin Eti vienent ainz qu'il anuite, — 
« Fu le cose parassomée 4776 Or est la dame en male luite 
« Dont j'avrai male renomée Qu'ele a si faitement erré. — 
« Et a grant tort, mais men- Trestuit li uis sont desserré, 
[soigaier Entrer i pueent cil et il. — 
4768 « Et jangleor et losengier 4780 Tost à entrerent plus de mil, 
« Héent adès ceus qui bien C'on voit mout volenticrs, por 
font. — Cvoir 
« Ja des malvais ne mesdiront, Cose deffendue a veoir. 





1. Cette dernière opinion est celle de M. Forster (lle und Galanderon, p.1x 
et suiv.). 

2. Les chiffres placés en marge sont ceux de l'édition de M. Lôseth. Ils 
ne sont pas réguliers : le chiffre pair devrait correspondre au second vers du 





LE COUPLET DE DEUX VERS 19 


Raoul de Houdenc, qui composait un certain nombre d’an- 
nées après Chrestien, fut aussi un novateur. On peut ne pas 
aimer son style : on ne peut nier qu’il avait son style à lui. 
Raoul de Houdenc brise le couplet plus encore que Chrestien, 
car, plus que lui, il pratique l’enjambement, soit d'un couplet à 
Pautre, soit dans le corps du couplet. Je cite les premiers vers 
du morceau du Songe d'enfer publié dans le recueil de Bartsch 


et Horning, col. 241: : 


Ce li dis et bien le savoie; — 

Et lors si demandai la voie 

A Enfer la grant forterece. — 
Entre Larrecin et Yvrece 

Molt volentiers m'ont convoié. — 
A lor pooir m'ont avoié 

Et dient : « Plus n'i atendras 
Par devant Cruauté tendras 
Droit a Copegorge ta voie, — 
Et d'ilueques si te ravoie 





Avant, et saches sans abet, — 
S'a Murtreville le gibet 

Pues venir, bien avras erré. — 
Jamès le grant chemin ferré 
Jusqu'en Enfer ne lesseras, — 

Més si droit avant t'en iras 

Que lues venras en Enfer droit.»— 
Molt me conseillerent a droit 
Yvrece et Larrecins ensemble. 


Inutile de continuer : on voit que tous les couplets sont 
brisés. Prenons le début de Meraugis. 


Qui de rimoier s’entremet 
Et son cuer et s'entente i met, 

Ne vaut noient quanque il conte, — 
ne met s'estude en tel conte 
Quitour jours soit bona retraire ; — 
Car joie est de bon' oevre faire 

De matire qui touz jours dure : — 
C'est des bons contes l'aventure 
De conter a bon conteour, — 

Cil autre qui sont rimeour 

De servanteis, sachiez que font : 
Noïent dient car noient n'ont. 
Leur estude et leur motz qu'il dient 
Contredisent, noient ne dient 
Point de leur sens, ainz sont de ceus 
Qi tout boivent leur sens par eus. 





Pour ce Raous de son sens dit 
Qu'il veut de son sens qu'est petit 
Un novel conte commencier 

Qi sera bons a anouncier 

Touz jours, ne jamais ne morra; — 
Mis tant com cist siecles durra 
Durra cis contes en grant pris : — 
C'est li contes de Meraugis 

Qui fist les faiz que je racont. — 
Mès s'au conter ne vous mescont 

Il n'i a mot de vilonie, — 

Ainz est contes de courtoisie 

Et de biax motz et de plaisanz. — 
Nuls, s'il n'est cortois et vaillanz, 
N'est dignes du conte escouter 
Dont je vous voil les motz conter. 





couplet. La faute vient de ce que l'éditeur a admis trois vers sur la même 


rime, après le vers 1810. 


1. C£ Scheler, Trouvbres belges, nouv. série (1879), p. 188. 





LE COUFLET DE DEUX VERS 21 
Guillaume le Maréchal, vers 1225, et la Violette, de Girbert de 
Montreuil, qui est à peu près de la même époque. Ces trois 
poèmes ne se comportent pas de la même façon en ce qui 
concerne le traitement du couplet. 
Girbert de Montreuil brise le couplet à peu près aussi sou- 
vent que Raoul de Houdenc, bien qu’il n'ait pas du tout le 
mème style. 


Sens de povre homme est pois pri 
[siés; — 

A painnes est autorisiés 

Jamais nus hom s'il n’a avoir; — 

Nonporquant je pris miex savoir 

C'avoir. Avoirs est tost faillis. — 

Assés tost est uns hom salis 

De grant avoir en la proverte. — 

Ja puis ne li ert porte ouverte 

Volontiers. Quandil vient a court, 





Que qui riens n'a vils est tenuz 
Et o les riches mal venus; 

Mais qui sens a, c'est avantages; 
On dit assés tost: Cis est sages. 
Mainz hom a petit de savoir 

A gaaigné maint grand an 
Pour chou me voel jou entremetre 
D'un plaisant conte en rime metre ; 
Puis ke scienche ai et tant vail, — 
Ja ne lairai pour mon travail 








Erraument arriere racourt 
Por ce l'on ne l'i laisse entrer. — 
Por chou vous voel dire et moustrer 


Que je ne die auchun biel mot ; — 
Et se auchuns mesdisans m'ot… 


Dans Dolopathos, le sens s'arrête plus souvent à la fin du cou- 
plet. Il faudrait lire cinquante ou soixante vers pour trouver le 
même nombre de couplets brisés que dans les vingt-quatre vers 
de la Violette qui précèdent. Naturellement, on ne peut pas faci- 
lement dresser ici de statistiques : la brisure du couplet peut 
être plus ou moins nette; la ponctuation peut être en certains 
passages entendue de façons différentes. Mais on peut du moins 
établir une proportion approximative. 

Le poème de Guillaume le Maréchal, composé en Angleterre, 
mais par un auteur normand, ne se fait pas faute de briser le 
couplet, mais il ne recherche pas cette coupe. Je citerai comme 
exemple le discours, admirable en sa concision, adressé par le 
vieux Maréchal sur son lit de mort au jeune Henri III : 





avant lui, en placent la composition entre 1223 et 1226 parce que le 
poème, du moins dans le texte qui nous est parvenu, est dédié à Louis VIII 
G. Paris pense que le passage relatif à la dédicace est corrompu, et par 
diverses conjectures arrive à placer la composition entre 1207 et 1212 
(Romania, I], 497, note 1, et 500). La question ne me paraît pas définitive- 
ment résolue. 


22 


Quant ce fu feit, issi avint 
18064 Que li reis & li legaz vint 
E autres haur hommes o els 
Qui molt se tindrent angois- 
[sos. 
E Mareschals se leva 
18068 Sor son cote & & apela 
Le réie par la main le prist, 
Veant toz, & al legat dist : 
je me sui porpensé, 
Loza « Si à ai longement pensé, 
« De dunt nus parlames 
ier : — 
« Jo vuil mon seignor ci bail- 
Lier 
« En la main Deu, en l'apos- 
Loire, 
iRaze «Een la vostre, c'est L voire, 
« Qui en son liu estes ici. 
Al ri dist : « Sire, je depri 








P. MEYER 


« Daminedeu, si je unques fs 
[chose 
18080 « Qui li pleüst, c'a la parclose 
« Vos otreit que prodom 
Cseiez ; — 

se c'est qu'os vos aveiez 
« Après alcun felon ancestre, 





18084 « E qu'os autretels vuillier 
£estre, 

« Dunfi] pri je Diu le filz Ma- 

[rie 

« Qu'il ne vos doint ja loinge 

[ie, 

«_E dont que vos murriez an- 

Lceis. 


18088 — Amen, » ce respondi Hi rois. 
Itant devant lui se leverent: 
Congié pristrent, si sen 

lerent. 


Ailleurs, par un sentiment naturel du rythme, plutôt que par 
une recherche artistique, on voit les couples se succéder un à 
un, isoles les uns des autres, la phrase étant complète en deux 
vers, d'où il résulte une singulière impression de gravi 
Ainsi, dans ce passage tiré du récit de la mort du Maréchal. Le 
régent du rovaume d'Angleterre vient de prendre l'habit de 
tmplier. 











mnt 
ês der 


Kes ne ke pue encre 
Dent Les pee cetoer. 





LE COUPLET DE DEUX VERS 23 


plet, on trouve souvent, surtout dans des passases ayant un 
caractère sentencieux, des suites de couplets parfaitement régu- 
liers. Ainsi Guillaume de Lorris : 


Grant joie en ton cuer demenras Le feu qui l'art et qui l'alume. 

De la biauté que tu verras; Quant il le feu de plus près sent 
Et saches que du regarder Et il s'en va plus apressant. 

Feras ton cuer frire et larder, Le feu si est ce qu'il remire 

Et tout adès en regardant S'amie qui tou le fet frire. 
Aviveras le feu ardant. Quant il de li se tient plus près 
Qni ce qu'il aime plus regarde, Et il est plus d'amer engrès. 

Plus alume son cuer et larde; Ce savent bien sage et musart : 

Cil art, alume et fait flamer Qui plus est près du feu plus art. 


Le feu qui les gens fait amer. 


Chascuns amans suit par coustume CÉdit. Méon, vv. 2350 et suiv.) 


Mais cette régularité est exceptionnelle. 

J'ai cité de préférence des poètes d’origine française, mais 
ceux d'Angleterre donneraient lieu aux mêmes remarques, sauf 
quelques nuances. La modification du couplet n'est pas aussi 
générale outre Manche que sur le continent. Nous avons vu 
qu’au milieu du xnf siècle Geoffroi Gaimar ne brise le couplet 
que très exceptionnellement. Il en est de même encore, à 
la fin du xu* siècle, dans la traduction de Prétre Jean par 
Roau d'Arundel. Mais au même temps les couplets brisés 
deviennent fréquents dans les Miracles de la Vierge par 
Adgar dit William ‘. On pourra le vérifier dans les extraits 
que j'ai publiés de ces miracles dans mon Recueil d'anciens 
textes, partie française, n° 24. Les deux poèmes de frère Anger 
de Sainte-Frideswyde (Oxford), la version du Dialogue de 
saint Grégoire, achevée en 1212, et la vie de saint Gré- 
goire, datée de 1214, présentent du même fait un bien 
plus grand nombre d’exemples*. Mais Pierre de Peckam, qui 
composait sa Lumiere as lais vers 1267 :, est assez fidèle à l’an- 
cien système. C'était du reste un piètre rimeur. Robert de 
Gretham, qui devait composer vers le même temps, et qui a 





1. On place ordinairement la composition de ce recueil vers 1160-1170, 
mais c'est trop tôt. 

2. Voy. un morceau du Dialogue dans mon Recueil, partie française, 
n° 23, et la vie de saint Grégoire dans la Romania, XII, 152 et suiv. 

3 Voy. Romania, XIX, 188, pour la date. J'ai publié des extraits du poème 
ibid, VIII, 328 et XV, 288. 


24 P. MEYER 


un peu plus de style, fait de même. Il faut ici considérer 
non pas seulement les époques, mais surtout les milieux lit- 
téraires. 

Les couplets de vers de six syllabes, assez rares comme on 
sait, ont suivi le sort des couplets en octosyllabiques. Le Lai 
du cor, de Robert Biket, est attribué par son dernier éditeur, 
M. Wulff, au milieu du xu* siècle, opinion à laquelle G. Paris 
a donné sa pleine adhésion *. Est-il vraiment aussi ancien? 
J'en doute. On y remarque quelques couplets brisés : 





Il fu fair d'olifant, E le cor destina 
Onques ne vi si grant Que ja hom n'i bevra, 
Ke si fort ne si bel. — Tant seit sages ne fous, 

44 Desus out un anel 228 S'il est cous ne gelous, 
Neelé a argent ; — Ke qui nule femme ait 
Escheles i out cent Qui ait fol pensé fait 
Petitetes d'or fin : — Vers altre que a lui, — 

48 En le tens Costentin 232 Ja li cors a celui 
Les i fist une fée Beivre ne soferra, — 
Qui proz est e senée. Mes sor lui espandra 
jee Ce qu'on i avra mis. — 
Cest cor fist une fée Ja n'iert de si haut pris. 


224 Ramposnose e irée, 


Je conviens toutefois que ce genre de coupe est rare dans le 
poème, et il faut aussi considérer que l’auteur composait en 
Angleterre. 

Il existe d'autres poèmes en vers de six syllabes ou l'unité du 
couplet est moins respectée. Je citerai notamment l’histoire de 
Job: et le dit des Tisserands 4. Au contraire, dans la fable de 
la comeillef, qui n’est guère que du milieu du xmi° siècle, 
la fin des phrases correspond toujours à la fin d’un couplet. 








Vérifier la. constitution du couplet de deux vers (six 
ou huit syllabes) depuis le commencement du xur° siècle, 
ce serait me condamner à énumérer des centaines de compo- 





+ Romania, XV, 298-305. 






1 
2 
3. Romanis, XVII, 389. 
4. Jebinal, Lettre au directeur de T'Artiste Huchant Le ms. de La Hiotbèque de 
Berne m° 354 (Paris, 1838 in-80), p. 20. 

5. Mon Recueil, partie française, n° 1. 








LE COUPLET DE DEUX VERS 27 


composait dans la seconde moitié du xu° siècle ". 11 traite le 
couplet à l’ancienne manière; ses phrases, en général assez 
courtes, se terminent toujours avec le second vers d’un couplet :. 

Il en est de même d’Arnaut de Mareuil ? et d’Arnaut Guilhem 
de Marsan4, l’un et l’autre de la fin du xu° siècle. Les phrases 
sont plus longues que chez Garin le Brun, mais elles finissent 
régulièrement avec le second vers d’un couplet. 

Au contraire, dans l’ensenhamen de la donxella, par Amanieu 
de Sescas5, les couplets sont très souvent brisés. Je cite les 
premiers vers du morceau inséré par Bartsch dans sa Chresto- 
mathie : 


De vostr'esgardamen En bona chaptenensa 

Vos man, cant al mostier E c'am faitz de plazensa 
Seretz per lo mestier Siatz per tot{z] grazida. — 
E per La mess'aurir — Enpero s'az ichida 

Quels huelhs sapchatz tenir Vol deguna solatz, — 

De folamen gardar, — Lau c'al sela n'ajatz 

Mas jos o vas l'autar Et ab sels quel voldran, — 
Si gandir y podetz, — E no sobreguaban, 

E Lay no bastiretz Que torne ad enuey, 
Parlamen ni cosselh, — Ab nauza ni ab bruey. 


Qu'ieu pel vostre sen velh 


Nous avons de Guiraut Riquier un grand nombre de pièces 
en vers de six syllabes, toutes datées, la plus ancienne de 1266, 
la plus récente de 1282. Les couplets y sont peut-être moins 
souvent brisés que chez Amanieu de Sescas; toutefois on n’y 
remarque aucune tendance à faire coïncider la fin des phrases 
avec le dernier vers du couplet. 

On peut en dire autant d’At de Mons, qui composait dans 
la seconde moitié du xm° siècle. Il ne se fait aucun scrupule de 





1. Bartsch, dans le Jabrb. f. rom. u. engl. Literatur, 111, 399. Cf. Rev. des 
1. rom., 4° série, III, 409. 

2. On en fera aisément la vérification sur le morceau assez long publié 
par Bartsch, Chrest. prov., 4° éd., col. 89 et suiv. 

3. Ragos es e mesura, Raynouard, Clix, IV, 406; Mahn, Werke, 1, 176. 
Tant m'abelis em platt, Chabaneau, Rev. des L. rom. 3e série, VI, 53. 

4. Bansch, Provençalisches Lestbuch, p. 132. 

5. Bartsch, Prov. Leseb., p. 140 et suiv. ; fragment dans la Chrest. prov., 
col. 329 et suive 











30 P. MEYER 


Riquier* présentent la même proportion de couplets brisés que 
ses pièces en vers de six syllabes. 

Entre les ouvrages provençaux en vers octosyllabiques qui 
restent à examiner, plusieurs observent la règle ancienne d’après 
laquelle la fin des phrases doit correspondre à la fin d’un cou- 
plet. Et ce ne sont pas toujours les plus anciens. Je le montre- 
rai tout à l'heure. Mais d’abord j'en donnerai la liste : 


Le poème de Sénèque :; 

Blandin de Cornouailles 3 ; 

La vie de sainte Enimie +; 

La plainte de la Vierge‘, où l’on observe quelques infrac- 
tions à la règle; 
+ Les sept j 

L’évangile de Nicodème7 ; 

L'évangile de l'enfance (les deux versions) #; 

Les deux vies de sainte Marguerite ?; 

Le roman d’Esther. 


La version de l’évangile de Nicodème, les deux versions de 
l’évangile de l'enfance, les deux vies de sainte Marguerite, sont 
des poèmes de la fin du xin siècle, ou mème du xiv* siècle. 
Malgré leur date relativement récente, ils suivent un système 
de versification qui, en des poèmes plus littéraires du même 








. Mabn, Werke, IV, 101 et suiv. 

. Bartsch, Denlmeker, p. 192 et suiv. 
. Romania, Il, 178. 

. Bartsch, Denbmæler, p. 215 ct suiv. 

$. Aliprovenzalische Marienklage d. XIII Jabrhunderts.… hgg. von Dr W. 
Mushacke, 1890. 

6. Suchier, Denkmeer, 1, 85 et suiv. 

7. Ibid. 1, 1 et suiv. 

8. L'une est publide dans les Denkmeler de Bartsch, p. 270 et suiv.; 
l'autre est encore inédite en grande partie, mais on peut voir les extraits que 
j'en ai donnés dans le Bulletin de la Société des anciens textes, 1875, P. 77 
et suiv. IL a existé une troisième version, dont Raynouard possédait un 
manuscrit qu'il cite dans son Lexique roman (voy. Romania, XIV, 107), 
mais ses citations sont trop brèves pour qu'on puisse juger de la versifi- 
cation. 

9. Celle publie par Noulet (voir Romania, 1V, 482), et celle dont j'ai cité 
le début et la fin ici-même, XIV, 525. 


esen 


LE COUPLET DE DEUX VERS 31 


temps ou plus anciens, était abandonné. C'est qu'ils sont 
l'œuvre d'écrivains médiocres, mal habiles à construire de 
longues et élégantes périodes, et qui, d'ailleurs, connaissaient 
trop peu la poésie des cours pour en subir l'influence !. Cette 
dernière observation ne peut guère s'appliquer À l’auteur 
inconnu de Blandin de Cornouailles, qui devait avoir la tête far- 
cie de récits romanesques. Mais, comme écrivain, il n’est guère 
au dessus des pieux rimeurs qui ont traduit des légendes reli- 
gieuses. Chez des auteurs qui faisaient les vers pour ainsi dire 
machinalement, la préoccupation de la rime dominait. On pen- 
sait à trouver la seconde rime du couplet avant de concevoir 
une nouvelle idée et de commencer une nouvelle phrase, 








Les poèmes que nous allons maintenant passer en revue 
appartiennent à une littérature plus distinguée. Dans tous l'an- 
tique couplet est plus ou moins brisé, soit que la poésie du 
Midi de la France ait eu, comme celle du Nord, ses réforma- 
teurs, soit plutôt que le contre-coup de la réforme introduite 
dans les pays de langue d’oui par des trouvères illustres se soit 
fait sentir dans les pays de langue d’oc. Mais disons bien qu’en 
général le sentiment de la construction originelle du couplet 
se maintient mieux dans le Midi que dans le Nord. 

Nous venons de voir que les légendes pieuses, composées 
pour le peuple, conservaient généralement l’ancienne forme du 
couplet. La règle n’est pas sans exception. Le couplet est brisé 
de temps en temps dans la vie de saint Georges? qui paraît 
tre de la fin du xnir siècle, et dans la vie de saint Alexis 3 qui est 
de la même époque. 

Les deux poèmes en vers octosyllabiques de Daude de 
Prades (premier tiers du x siècle), les Oiseaux chasseurs + et 





1. On pourrait aussi supposer que ces pièces religieuses étaient destinées 
à être chantées, comme la vie de saint Jean-Baptiste mentionnée plus haut, 
et il est certain que le rythme musical devait contribuer à maintenir l'indé- 
pendance des couplets. Mais ces poèmes sont trop longs pour avoir été chan- 
tés. Je crois qu'ils ont été faits pour être lus ou récités. 

2. Publide par M. Chabaneau, Rev des L. rom., 3e série, VI, 246; 4° série, 
1, 140. 

3: Suchier, Denbmekr, 1, 125. 

4. Monaci, Studj di flolgia romanxa, V, 67. Fragment dans Bartsch, 
Chrest. prov., col. 177 et suiv. 











LE COUPLET DE DEUX VERS 35 


x siècle on trouve des exemples du couplet brisé dans la pièce 
Cavalieri siam di Bretagna, en octosyllabiques, citée par 
M. T. Casini, Sulle forme metriche italiane, p. 59, et ils vont 
se multipliant par la suite’. 

Les vers de six et de huit syllabes à rimes accouplées ont 
probablement été importés de France en Italie, comme en 
Espagne. L'une des raisons qui porteraient à le croire, c’est 
qu'ils sont plus usuels dans le nord de l'Italie que dans le 
centre ou dans le sud. C’est donc en France surtout qu’ils 
doivent être étudiés. 

Pauz Meyer. 





1. Voir par exemple la froftola attribuée par M. Grion à Lupo Farinata 
degli Uberti, dans le Jahrbuch f. rom. u. engl. Literatur, X (1869), 213, qui 
est reproduite en appendice au traité delle rime vulgari d'Antonio du Tempo 
(Bologna, 1869), p. 364. Elle est en vers de six syllabes. Presque tous les 
couplets sont brisés, 


ErRaTA. — Ci-dessus, p. 4, l. 13, eimprers, lis. empereris. — P. 18, 1. 37, 
Galenderon, lis. Galeron. — P. 21, 1. 8, pois, lis. poi; 1. 17, volontiers, lis. 
volentiers ; 1. 19, lon, lis. c'on. — P. 31, 1. 26, tre, lis. étre. 





CONTRIBUTI ALLA STORIA 


DELL’ EPOPEA E DEL ROMANZO MEDIEVALE: 


VII. 
LA CRONACA DELLA NOVALESA E L'EPOPEA CAROLINGIA:. 


Insieme coll!” adozione nella vita usuale di nomi propri di pro- 
venienza epica, s’ha per la storia primitiva dell’ epopea francese 
tra noi anche un’ altra e svariata serie di testimonianze preziose. 

Cerchiamo in quella ricca miniera di tradizioni che & il Chro- 
nicon Novaliciense3, scritto in più riprese nella prima metà del 
secolo x1. Non ë, come s’immaginerebbe, sulle narrazioni favo- 
lose concernenti Carlo Magno — importanti ancor esse per 
l’epica, ma sotto altro rispetto che l'attuale, — che s’ha ora da 
fermar l’attenzione; sibbene su quelle riguardanti Waltario, 
contenute nel secondo libro, che un valido indizio porta a 





1. V. Romania, XVII, 1. 

2. Solo dopo aver condotto a termine il lavoro mio — anello intermedio 
di una catena — ho saputo che questo punto era stato studiato anche da 
Gaston Paris, col proposito di fame oggetto di un articolo. Cotal fatto ha 
procurato intanto à me alcune indicazioni, di cui ho approfittato sulle 
bozze ; ma giova sperare che il Paris non s'abbia a fermar qui, € comunic 
prima o poi al pubblico il di pit ch’ egli di certo saprà dire intomo all’ 
attraentissimo argomento. 

3. Ne prepara una nuova edizione, per la collerione di Fonti per la storia 
d'Ilalia dell Istituto Storico Italiano, quel valentissimo, che & il Cie Carlo 
Cipolla. Il testo verrà a différire solo lievisimamente da quello dato dal 
Bethmann nel t. VII (Scriplores) dei Monuments Germaniae del Perte; ma 
insieme colla cronaca s'avrà una copiosa collezione di altri documenti preziosi, 
che costituiranno, uniti ad essa, il corpo dei Monwmenta Novaliciensia vetus- 
tira. 



































CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL’ EPOPEA 47 
Si les me tolent, si avra grant contrere, 
Car l'en porra .  vooir tot mon afere.. 
L'abe l'entant,  adonc ne se pot tere ; 
Ainzenaris desoz sa chape nere, 
Ou voit G. en riant l'en aresn 
Si le vos tolent, dont seroit ce aus lede : 
A ice mot se doit l'en bien retrere; 
Dont vos pos combatre sans mesfere. 
Si vos poer, si lor fetes contrere, 
Car si fete ovre est vilainne et mauvaise. 
Et dit G. Moult grant merci, biau metre | 
Quant je me puis combatre por mes braies, 
N'en avront nule … s'a force nes m'estraient. 


Una breve, ma importante parentesi. « Si vos poez si lor fetes 
contrere, » ha detto l’abate in questo nostro testo. La redazione 
pubblicata dal Hofmann, qui assai più prossima all altra che 
non sia per solito, si da aver in comune anche dei versi, porta 
invece « D’os et de char lor faites mout contraire » (v. 358, 
p- 385). Ignoro se il « D'os et de char » sia forse, o sia mai 
stato, anche in qualche manoscritto della nostra stessa ver- 
sione!; ma, sia o non sia, esso è indubbiamente la lezione 
genuina. 

Proseguiamo. Dopo un nuovo e vano tentativo di potersene 
andare armato, Guglielmo immagina di farsi fare da un orefice 
un braghiere d’inaudita magnificenza. Con questo indosso, 
s’avvia l'indomani a cavallo, mandandosi avanti un somaro e 
accompagnato da un servo, tra le lagrime degli altri servi, ai 
quali à ben noto il pericolo a cui va incontro. Nell’ andata il 
bosco periglioso ë traversato senza incidenti, dacchè i ladri sono 
altrove. Ma cosi non segue al ritorno, quando i due se ne ven- 
gono con un carico di pesce, che Guglielmo ha pagato colla sua 
solita prodigalità. Stavolta ecco sopravvenire i malandrini, ric 
mati dal canto a cui Guglielmo stesso ha indotto il servo. Essi 
cominciano dal far smontare e legare costui ; quindi Gondran, 
capo della masnada, ordina a Guglielmo di spogliarsi : 








Ça me lerez celle gonne dougie, 

Le chaperon, le froc et la pelice, 

E ces grans botes, les chauces, (et) l'estamine, 
Si en irez toz nuz à l’abaïe. 





1. In quelli noti finora, G. Paris mi avverte gentilmente che la frase non 
si trova. 


48 P. RAJNA 

Gugliclmo ricaciltra invano qualche poco. Anche « l'esta- 
mine » gli convien proprio levarsi! Rimane il braghiere, del 
quale egli stesso si fa a magnificare per il primo la ricchezzar. 
Naturalmente Gondran gli vuol togliere anche questo, e, sceso 
a piedi, 





Devant le conte se vet agenoillier 
Por le braier  qu'i voloit deslacier. 


Ma come Guglielmo lo vede farsi vicino, 
Hauce le poing, qu'i n'ot mie legier; 
Par mautalant enz ou col li asiet; 
Fort ot le bras et le corage fier; 
Partelair li a un cop paié, 
Que li a tot le chasingnon froissié. 





Fattolo a questo modo cader morto, 


Glos, dit li quens, trop fus outrecuidié, 
Qui me voloies mes braies deschaucier, 
Et mon braier hors de mes rains sachier. 
Sfida gli altri a farsi innanzi, e taluni ancora uccide o ferisce 
col pugno, il rimanente, prima con una coscia strappata al suo 
stesso somaro, quindi con un randello di quercia*. Uno solo, 





1. Messe come qui sono, queste lodi riescono illogiche ; ma probabilmente 
son divenute tali solo per via di alterarioni nelle particolaritä. À fr pensare 
cosl contribuisce non poco il confronto del testo scandinavo, dove ke lodi 
si sono, seza che La logica abbia punto à dolersene. Nel testo dell’ Arse- 
male &'è una doppia fase. Guglielmo comincia dal parlar del braghiere come 
di sou vile (v 563): 

Nien escient, ne vus ai mais que some, 
Fors unes raies, qui me cuevrent les cotes, 
Eur bail qui est malvais encore. 
Na quando il capo de” Ladri ha impusto di darlo, 
Chou ist Guillaumes : Foi que jou doi nostre onre, 
Nicus vaut assés que toute l'autre robe. 

3. Quesns randihe custituiace reatmente « éin schlechter Zusatr ». come 
ce il Hoñmann (p.12), per La veine pi ampa: el à davvero uma prero- 
etva ammamente notevoe Æ quelia peurs da ici E mon aver scie 
aigue, E sue sé tata ga di ua space sen, che pecbb 
xt couk. Gags me avrebte he à Chiers per premiere quiuna 









CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL” EPOPEA 49 


che s’era tenuto in disparte, ë risparmiato, e ottiene poi anche 
una porzione del ricco bottino che i ladri si trovavano aver por- 
tato li con sè da un furto recente. Il servo & slegato ; quattor- 
dici malandrini, morti o feriti che fossero, sono impiccati nudi; 
e Guglielmo ottiene da Dio il miracolo che il suo povero asino 
sia restituito alla primitiva integrità. 

Ora si ritorna al convento col pesce e la preda, destando 
grande sbalordimento nei monaci, che serran la porta. Guglielmo 
la'sfonda con una trave, uccide il portiere, sgomina gli altri, e 
va nella chiesa ad inginocchiarsi davanti alla croce. L’abate, visto 
di non potersela svignare, fa il franco, chiedendo a Guglielmo, 
se abbia portato il pesce. Guglielmo risponde e s’atteggia in 
modo, che segue una fuga generale. L’eroe afferra l’abate, e se 
ne serve come di un’ arme per ammazzare il priore, ch’ era il 
maggior colpevole. Gli si chiede grazia; e Guglielmo domanda 
perdono alla sua volta : 


Diex, dit li quens, con je [é] mal ouvré 
Par mautalant, qui si m'a sorportél 

Je ne porroie mie ceanz durer. 

Je n'i porré mie m'ame sauver. 

Or m'en fuiré en estrange regné; 
Hermitefs] ere en un grant bois ramé. 


Scaricato il pesce, il mangiare e bere a profusione fa 
presto dimenticare ai monaci il priore. Non dimentica invece 
Guglielmo, che, tutto pentito, dopo essere stato da ognuno 
perdonato e abbracciato, se ne va, lasciando in custodia ai 
monaci, lietissimi della sua partenza, le armi e il cavallo. 

Che tra una narrazione latina, messa in iscritto nei primi 
decennii del secolo undicesimo, e una redazione poetica volgare 
e giullaresca, che nella sua condizione attuale non & certo 








delle buone spade di cui eran muniti i ladroni che aveva ucciso per à primi 
servendosi delle sole armi sue naturali; ma, egli dice (v. 651), 

N'en prendrai nul, car il m'est en defois ; 

Car el capitre dis li abes cortois 

Que n'eûsse armes  fors le char et les ois. 
Gki é allora che, volgendosi addietro, vede il somaro (prima i somari eran due, 
credo per effet di un traviamento, comune anche alla Karlamagnissaga) e 
gli strappa la coscia. 

Rom nie, XXII 4 


$o P. RAJNA 
anteriore al dodicesimo, ci sia un’ affinità cosi stretta, à vera- 
mente meraviglioso. E la somiglianza vive, nonostante l'attri- 
buzione a personaggi diversi, e, quel ch’ ë ben più, nonostante 
che delle due forme sia devotamente monacale l’una e fiera- 
mente antimonacale l’altra ‘. Segnalare a parte a parte i contatti 








1. Lo spirito antimonacale 8 attenuato di molto nella redarione più corta. 
Ii si ignora, o piuttosto si vuol ignorare, che Guglielmo, entrando nel 
convento, abbia fatto dono alla comunità di tutto il suo, sicchè, conducendosi 
come fanno, i frati si lordino anche d'ingratitudine. E non ci s'hanno nient” 
affitto le sfuriate di Gugliclmo contro l'ordine monastico confrontato col 
cavalleresco, che nella versione maggiore costituiscono come un ritornello 
quanto mai caratteristico ed efficace. E in generale si cerca d'accarezzare i 
monaci, € si rende meno simpatico il protagonista. Che cosi facendo si alteri, 
non pub esser dubbio in nessun modo. Lo indicano le contradizioni interne 
che ne risultano. © come pub star, per esempio, che l'abate ringrazi Dio al 
sentire da Guglielmo ch” egli ha ammazzato i ladri (v. 823), entre lo scopo 
suo e de” suoi era che i ladri ammazzassero lui ? E come sarebbe ipocrito, se 
non fosse invece ingenuo, il fargli dir di coloro, 

Onques n'amerent … Jesu de maisté 
Per quanto malandrini, son sempre meno vituperevoli di chi, sotto tutt' altra 
specie, mandava a morte il fratello, e cercava perfino di togliergli la possibilitä di 
uno scampo, vietandogli l'uso delle armi, e, per un pezzo, qualsivoglia difesa. 
I ladroni sarcbbero messi da Dante nel settimo cerchio, dentro alla riviera di 
sangue; ma l'abate e gli altri monaci starebbero giù al fondo dell infemo, 
confit nella ghiaccia insieme con Gano. Questa condizione di fatto rimane 
immutata anche nella versione del codice dell Arsenale; e si pud ben 
studiarsi di dissimularla, ma in nessun modo si potrebbe distruggere. O sarà 
mai fuor di proposito il sospetto che, mettendo le cose come qui ë avvenuto, 
si sia voluto rendere il racconto tale da essere udito tranquillamente anche da 
orecchie monastiche, e da non correr rischio d'esser rimosso da quei luoghi e 
da quelle feste, a cui un « Moniage » pareva particolarmente convenire? Un 
po’ di male dei monaci & detto qui pure (v. 508) : 

Trop estes rices et d'avoir assasé. 

As povres gens deüssiés tant doner 

Que vostre vie peñssiés amender, 
Ma queste parole sono in bocca del capo de’ ladri, ossia escono da labbra, che 
— in apparenza — tolgono loro il potere di offendere. C'erano bensi de” 
frati, a cui il Momigge poteva sonar grato anche nella sua condirione 
schietta : quelli — ma quelli solo — di Gellona, per via delle contese con 
Aniana (V. p. 44, n. 3). Ed io mi domando, sc mai essi avessero a fare 
qualcosa nell' ispirazione primitiva del poema. Il fatto sarebbe gravido di 
significato. 























.CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL’ EPOPEA 5 


Alessandro Neckam, come, dopo la morte di Carlo Magno, 
Uggeri s’andasse sconosciuto a far monaco a Meaux. Il suo 
scudo & appeso nel convento, le altre armi sono riposte, il 
cavallo « laborem insolitum subiit, vehens lapides ad reparatio- 
nem ecclesiae ». Trascorsi degli anni, i saracini vengono a 
devastare la Francia, ed assediano Meaux per l’appunto. Dentro 
c’è alla difesa lo stesso re Lodovico; ma i pagani son tanti, che 
i francesi non osano uscire a combattere, e neppur rispondono 
all invito che con superbe parole ogni giorno rinnovano, acco- 
standosi alle mura, dodici campioni. Queste provocazioni giun- 
gono all’ orecchio di Uggeri, che domanda e ottiene dal!” abate 
il permesso di andar lui alla battaglia. « Adducuntur in prae- 
sentiam ducis equi qui tunc temporis generosi videbantur; sed 
cum vir magnae virtutis manu militari spinas equorum tan- 
geret, impotentes erant impressionem manus sustinere. Jubet 
igitur adduci equum suum, robur pristinum cum animi nobili- 
tate adhuc retinentem, licet longe minor solito diligentia nobi- 
lis equi custodiac adhiberetur. Cum vero dux inclitus violenta 
manus impressione dorsum equi generosi attrectaret, equus 
robustus spinam elevans dominum suum agnovit, hinnitu 
crebro et agilitate motus laetitiam cordis protestatus. » Su 
questo cavallo Uggeri vince ed uccide i dodici saracini, e viene 
ad essere autore principalissimo, e non iniziatore soltanto, 
d’una piena vittoria dell’ esercito cristiano. Le armi fanno che 
sia riconosciuto ; ma rimane nel monastero, e vi muore assai 
vecchio". 

Il Neckam attinge a una fonte ecclesiastica*; ma questa 
non faceva di sicuro se non riversare le acque venutele da un 
poema. Le cose parlano qui ben aperto; e la convenienza par- 
ziale colla cosiddetta Chevalerie Ogier rinforza ancor loro la voce. 
Ë dunque epica anche la provenienza dell’ episodio nostro nella 
Cronaca della Novalesas. Ma se questo &, toccherà altresi la 








1. L. I, c. 148; p. 261-64 nell edizione dei Rerum Britamnic. Malii Aevi 
Script., curata dal Wright (Londra, 1865). 

2. Il Voretzsch, che pensa altrimenti (p. 116-17), non deve aver badato a 
queste parole che seguono alla narrazione della disfatta pagana : « Ob ducis 
autem singularem strenuitatem, contulit coenobio Meldensi quatuor pracdia 
ditissima regalis munificentia. » 

3. Tale & anche l'idea del Voretzsch, p. 15-16. Ed egli (p. 116, n. 1) 
suppone che questo dica anche il Symons nel Grundriss der germanischen 

















CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL’ EPOPEA 6r 
epopea, vale a dire ai giullari. Possibile che se ne venissero, 
attratti dalle feste religiose della Val di Susa. Son Moniages, lo 
ripeto, i nostri; e si ricordi il « qua vigiliae sanctorum » del 
biografo appunto di Guglielmo. Ma io credo ben improbabile 
che, presa l'abitudine del passare al di qua, quei perpetui vaga- 
bondi non proseguissero fin d’allora il viaggio per altre terre 
italiane. Perd, le tracce incontrate qui all” estremo confine 
costituiscono un indizio anche per il resto del paese. 


* Pio Rajna. 


BRUNETTO LATINO'S OBLIGATIONS 
TO SOLINUS 


Asis well known, Brunetto Latino’s Livres dou Tresor' is 
almost entirely a compilation from other works. One of these, 
as Prof. Thor Sundby 2 has pointed out, is the Collkectanea Rerum 
Memorabilium of Solinus3. 

The object of the present article is to indicate the extent of 
Brunetto’s obligations to the latter, whose work he has freely 
used, without, as is so often the case with medieval writers, 
in any way acknowledging his indebtedness. 

The portions of the Tresor in which use has been made of 
the Collectanea are the geographical and natural history sections 
of Book I., viz. Part IV : ‘* Ci commence la Mappemonde ” ; 
and Part V : ‘ Ci commence de la nature des Animaus ” (pp. 
151-181; 182-254, in Chabaille’s edition). 

The occasional remarks on natural history introduced by 
Solinus in his descriptions of the various countries, have been 
detached by Brunetto, and included in a separate division of his 
work; it will be convenient, therefore, to adopt his arrange- 
ment, and deal with the two subjects separately. 


IL. GEocraPuy. 
Following the order adopted by Orosius (4dr. Paganos, I, 2) 


Brunetto describes Asia first, as being the most considerable 
of the three divisions of the world, and then passes to Europe 





1. Li Livres dou Tresor, publié par P. Chabaille, Paris, 1863. 

2. Brunetto Latinos Levnet og Skrifter Kjobenhavn, 1869; Italian transla- 
tion by Rodolfo Renier, Florence, 1884. 

3. C. Julit Solini Collectanes Rerum Memorabilium, recognovit Th. Momm- 
sen, Berolini, 1864. 


BRUNETTO LATINO'S OBLIGATIONS TO SOLINUS 63 
and Africa. Solinus takes the better known Europe and 
Africa first, leaving Asia to the last’. But though Brunetto 
has not copied Solinus in this particular detail, it will be seen 
that he has closely followed him in other respects. Indeed it is 
somewhat surprising to find that he has borrowed from the 
Collectanea details even of his description of Italy, though he 
sometimes disguises the fact by substituting a modern name 
for an old one. 


Li Trésors. 

Ytaille… ses mileus est es chans 
de La cité de Riete (p. 162, $ 2): 

I. Aum molt grant… ce est Po, 
que li Grezois apelent Eridaine, mais 
en latin est il apelez Padus.…. reçoit 
en soi .xxx. fluns, ct s'en entre en la 
mer Adriane (p. 162, $ 3). 

Et si i est Mont Gibel, qui tozjors 
giete feu par. ii. bouches, et nepor- 
quant il i a noif desus tozjors ; et si à 
est la fontaine de Aretuse (p. 164, 


Sous. 

Italia umbilicum.… in agro Reatino 
habet (11, 23). 

Padus a Graccis dictus Eridanus.. 
auctus aquarum accessione triginta 
flumina in Hadriaticum defert mare 
QU, 25). 


In Aetnae vertice hiatus duo sunt, 
crateres nominati, per quos eructatus 
erumpit vapor. licet vastis exundet 
incendiis, apicis canitie_perpetua bru 


malem detinet faciem (V, 9, 10)... 
Adde quod Arethusa fons in hac 
urbe est (V, 8). 
In freto Siculo [sunt] Hephestiac 
insulae… Itali Vulcanias vocant, nam 
et ipsa natura soli ignea (VI, 1). 


s2) 


En li mer de Secille sont les isles 
Vulcaines, qui sont de nature de feu 
: 164, 5 2). 

The first portion of the second half of Brunetto’s chapter 
on Europe (pp. 165, $ 7-167 $ 2) is for the most part a con- 





1. It may be noted that Fazio degli Uberti, in whose Diltamondo Solinus 
plays much the same part as Virgil does in the Divina Commedia, makes the 
former say (lib. 1, cap. 8) : 

Questo mondo à in tre parti ripartio, 
Asia, dico, Africa, ed Europa. 
Ma perchè Asia piû terreno scopa, 
Prima ti nomeré le sue pro 
When, however, Fazio and Solinus start on their journey together, they 
visit the three continents in the order in which they come in the Collectanea. 

2. The figures preceded by $ refer to the paragraphs of the page; though 

these are not numbered in Chabaille”s edition they can be readily identified, 















25 there are seldom more than four or five paragraphs on each page. 











BRUNETTO LATINO'S OBLIGATIONS TO SOLINUS 


Li Trésors 

En Irlande n'a nul serpent; et por 

ce dient li paisant que Là où l'on por- 

tast des pierres ou de la terre d'Ir- 

lande, nus serpent n'i porroit demo 
rer (p. 168, S 4). 


67 
Sous. 

Illic [in Hibernia] nullus anguis 
GX, 3)... Cum ipsa [Tanatus in- 
sula] nullo serpatur angue, asportata 
inde terra quoquo gentium invecta sit 


angues necat (XXII, 8). 





From Europe Brunetto crosses over in company with Soli- 
nus into Africa, his account of which (pp. 169, $ 5-171, $ 4) 
is little more than a résumé of six long chapters of the Collec- 


tanes (XXIV, 1-XXX, 14). 
Li Tresors. 

De Espaigne est litrespas en Libe… 
Cesais Tingi; Mauritaine fenit en 
haute mer de Egypte et commence 
cele de Libe (p. 169, S 5). 


La mer i [en Libe] est assez plus 
haute que la terre — decourt sor la 
terre (p. 169, S 5). 

En celui pais est Athlans — jusqu'a 
la mer Oceane (p. 170, $ 1). 

Toute Aufrique commence — la 
terre ou siet Secile (p. 170, $ 2). 

De d se devise [Aufrique] en 
parties : une qui est apelée la terre 
Chane}, et l'autre qui s'en va entre 
sirtes, — sanz certaineté (p. 170, 
$2). 

En ceste maniere dure toute La par- 
tie de Aufrique entre Egypté et la 
mer d'Espaigue. là fluns de Tigre 
qui engendre alun, devise la terre 
de Aufrique et cele de Ethiope 
@- 170, 5 3). 








Soumus. 

De Hispania excursus in Lybyam 
XIV, 1)... Caesarea (XXV, 16)... 
Tingi... Mauretaniae colonia (XXIV, 
1)... in illo ambitu Aegyptium finitur 
pelagus et Libycum incipit (KXIV, 
2). 








XXIV, 6?. 
XXIV, 8. 


XXVII, 1. 

Proinde extenta in duas prominen- 
tias, quarum altera promunturium 
Candidum dicitur.… [alter] extendi- 
tur intra duas Syrtes, etc. (XXVII, 
1 3) 

Orñnis haec plaga ab Aethiopia et 
terminis Asia Nigri fumine, qui 
Nilum parit, ab Hispania freto scindi- 
tur RXVII, 5). 





1. Chabaille suggests that Chane stands for Chanaan ; but it evidently repre- 
sents the Candidum of the Latin text. 

2. For the future, as a rule, only the first and last words of the borrowed 
passages in the Tresor will be given, the corresponding paragraphs in Solinus 
being indicated by references alone. The dash (—) is employed to indicate 
that the intermedlate matter (omitted to save space) is derived from the 





BRUNETTO LATINO’S OBLIGATIONS TO SOLINUS 69 


Brunetto concludes his chapter on Africa, which completes 
his survey of the world, with an account of the various names 
of the Ocean, and à discussion as to the origin of the tides in 
India (pp. 171, $ 6-172, $ 1), both borrowed from Solinus 
(XXII, 17-22). 

Almost the whole of his chapter on Asia (pp. 152, S 4-161, 
$ x), with which, unlike Solinus, as we have already pointed 
out, he commences the geographical section of his work, is 
made up of excerpts from the Colkctanes (XXXII, 1-LVI, 3). 


Li Tresors. 

Sachier que Egipte — au flun de 
Nile (p. 152, $ 4). 

Et d'autre part — il devise Aufrique 
de Aïsie (p. 153, $ 1). 

Quant li solaus entre — plenté de 
touz biens (p. 153, $ 2). 

Outre celui leu. est li païs d'A- 
rabe qui s'apartient a la mer Rouge. 
Et cl est .j. golf de la mer Oceane 
qui est devisée en .ÿ. braz, .j. qui est 
de Perse, et l'autre qui est d'Arabe 
@:- 154, $ 1)*. 





En la riviere de la Rouge mer — 0 
tout La toison (p. 154, $ 2). 

En celui pais — fenix (p. 154, 
S 35. 


Sounts. 
XXXIL, 1,2, 3. 
XXXIL, 3, 4, 5 


XXXI, 12, 13, 14, 16. 

Ultra... Arabia est, ad Rubrum per- 
tinens mare (XXXIII, 1). Rubrum 
mare in duos sinus scinditur; quo- 
rum qui ab oriente est Persicus appel- 
latur... ex adverso unide Arabia est 
alter Arabicus vocatur (LIV, 12). 








XXXIIL, 1. 


XXXI, 9, 11. 





1. In this passage Brunetto is admittedly quoting, for in speaking of the 
Tigris (which, as usual, he substitutes for the Niger), he says : “ de quoi 
Ii contes dit que il devise Aufrique de Aisie ”’. Solinus says : “ quem supra 
diximus esse terminum limits Africani ”. 

2. In the compilation of this paragraph Brunetto has, as is indicated, 
brought together passages from two widely separated portions of the Collerta- 
nes. He has done much the same clsewhere, e. g. in his paragraph on the 
Dead Sea (Tresor, p. 155, $ 23 see below, p. 70). These circumstances, 
coupled with the fact that he has separately extracted the passages relating 
to natural history, point to the conclusion that he tabulated the contents 
ofSolinus’ work before writing his own. 

3._ In this paragraph Branetto refers the reader forward to his account of 
the Phœnix in his section on Birds (Tresor, p. 214; see below, p. 74). 





BRUNETTO LATINO'S OBLIGATIONS TO SOLINUS 


La terre de Aisie la petite — terre 
de Mede (p. 157; $1). 

Les portes de Caspe — cil leus est 
apelez Direu (p. 157, $ 1). 

Enqui près d'iluec est la terre de 
Termegire! — Sileuce (p. 158, $ 1). 

Après est Bautie* — jusque la 
GP 158,5 1). 

Par enqui se torne la mer de Scite 
— que li Barbarin apelent Tabi (p.158, 
SS 1, 2)+. 

Après ce sont les grandismes soli- 
tudes — ne po ne molt (p. 158, $ 3). 

Après ce est la terre de Arace+ sor 
la mer — entre cele terre et Inde siet 
le païs de Symicoines entre deus 
158, S 4). 

Après cele terre siet Inde—demons- 
trent apertement (p. 159, $ 1, 2). 

Gavbaride sont li derrain pucple 


71 
XL, 1, 2, 9;XLI, 15 XLIV,1; 
XLV, 1; XLVI, 1, 4. 


XLVII, 1, 2; XLVIIL, 1. 
XLVII, 2, 3. 


XLIX, 1, 2, 3, 4. 


L,12 


L, 2,3, 4. 

Sequitur Attacenus sinus et gens 
hominum Attacorum.. inter hos et 
Indiam gnarissimi ciconas locaverunt 
€, 1). 





LU, 1,4, 6,7. 
Gangarides extimus est Indiae po- 


qui sont en Ynde. En l'ile de Ganges pulus.. In Gange insula…. Prasia 
est la terre de Pras, et de Paliborte gens. Palibothram urbem incolunt… 
et Mont Martel ? (p. 159, $ 3). ultra Palibothram mons Maleus (LI, 
8,11, 12, 13). 
Hors de Inde sont .j isles, Erile et Extra Indiostium sunt insulae duae 
Argite — or et argent (p. 159, S 4). Chryse et Argyre, etc. (LII, 17). 








1. La terre de Termegire, which represents Margine regio (var. Margyriae 
r.) in Solinus, looks like a copyists blunder for La Termegire (= “ Terre 
Megire ”; cf. Montor — “ Mons Taurus ”, Trésor, p. 157, $ 1 — see 
above), terre being repeated by mistake. 

2. Bautie, i. e. “* Bactria ". 

3. See Sundby's note on this passage (pp. 106-7, ed. Renier). Brunero 
(according to Chabaile’s text) speaks of “ les grandismes jons qui sont sor la 
mer ”. Solinus says : “ jugum mari imminens ”. For jons read jous. 

4. Arace, read Altace, 

$. Smicoine, which is evidently corrupt, is doubiless duc t0a combination 
of [gnaris]imi-ciconas. 

6. Tresor : Ypaqius; Solinus : Hypanis. 

7- Martel is Brunetto's translation of Maleus (malleus). 

8. Erile et Argile, read Crise el Argire, the two islands intended being 
evidently “ Chryse ” and  Argyre ” which, as their names imply (Gk. 
p%9%, pyup3), were the islands of gold and silver. 





72 P. TOYNBEE 


Then follows an account of the various marvellous inhabi- 
tants of India (Tresor, pp. 159, $ 5-160, 6 1), all of whom 
are described by Solinus. 





Li Tresors. Sounus. 
EX sachiez que en Ynde — outre 

l'aage de -vij. anz (p. 159, S 5)". LIL. 19, 22, 26, 27 32, 28, 29, 31. 
Tos les arbres — sanz fuelles (p. 

160, 1). LUI, 49. 
En Ynde commence mons Cauca- 

sus* — li poivres (p. 160, $ 2). LI, $o. 


Et encore a en Ynde une autre isle 
qui est apelée Oprobaine dedanz la 
Rouge mer — par la chalor (p. 160, 


$ 3). LIU, 1, 2, 3, 6, 7511, 21. 
Après les Yndiens — manjassent 
jamais (p. 160, S 4). LIV, 3. 
Outre cele gent — muire tantost 
(. 160, $ 5). LIV, 4. 
Puis vient la terre de Perse — .xx. 
piés de lonc + (p. 161, $ 1). LIV, 4, 6: 
Puisest la terre de Parthe — li fluns 
de Eufrates (p. 161, $ 1). LV, 13 LVE 1,2, 3. 


At this point Brunetto’s obligations to Solinus terminate, 
as far as his chapter on Asia is concerned, the ensuing account 
of the Terrestrial Paradise being taken from Isidorus. ‘The 
remainder of the geographical section having already been dealt 
with, we will now pass to the second division of our subject. 





1. Tresor : mont Niles; Solinus : mons qui Nulo dicitur. 

2. This is, of course, the Caucasus Indicus (though it would be rash to 

assume that Brunetto was aware of the fact), otherwise known as the Paropu- 
misus the modern Hindu-Kusb, which is merely a native form of the first 
name. 
3. Oprobaine, of course, stands for Taprobane (Ceylon). Brunetto places it 
in the Red Sea! — ncedless to say not on the authority of Solinus. The latier, 
however, happens to mention Taprohane and the Rubrum mare close to 
ther in the same paragraph (LIII. 8), which doubtless accounts for Brunetto's 
absurd mistake. 

4. The monsters here mentioned, to which Br. gives the name of quoca= 
Hrix, are called bniri marini by Solinus, 






BRUNETTO LATINO'S OBLIGATIONS TO SOLINUS 73 


I. NaruraL History. 


The ultimate source, no doubt, of the bulk of Solinu's 
information on this head is the Historia Naturalis of the elder 
Pliny. Brunetto refers to the latter by name as his authority 
on one occasion (Tresor, p. 182, 6 1), but it is evident that 
he derived a great part of his material, not from Pliny direct, 
but from Solinus, since he repeatedly makes mention of 
details which appear in the same connexion in the Collectanea, 
but are not to be found in the Historia Naturalis. 

In tracing Brunetto’s obligations to Solinus in this section 
of his work it will be convenient to follow the arrangement he 
has himself adopted, which seems to a certain extent to be 
alphabetical. 


Li Trésors. Sous. 
Dou Cocodrille» (pp. 184-5), $$ 1, 
235. XXXII, 23, 24, 22, 25, 26, 27,28. 
Dou Dalfin (pp. 187-8), SS1, 2,3,  XIL, 3, 4, 5, 133 XXXI, 26; XI, 
4, 5. 7-8, 10. 


De Ypolame (p. 189), $ 1. 

Des Serpents (p. 191), $ 3. Tuit ser- 
pent — la veue. 

Der Aspide (p. 191), $ 1. Aspides.… 


XXXI, 3031. 





XXVIL, 35 
Plures diversaeque aspidum spe- 


sont de plusors manieres.. cil qui est cies.…. dipsas siti interficit : Dypnale 
apelez aspides fait morir de soif l'ome_somno necat, etc. 

cui ele mort; et li autres, qui a non 

brialis, le fait tant dormir que il 
muert, etc, 4, 





XXVIL 31, 32. 





1. Even this mention, according to Sundby, is made at second-hand from 
Isidorus. 

2. See Sundby's remarks on $ 2 of this chapter (pp. 134-6; ed. Renier). 

3: In this section these numerals refer to the paragraphs of the chapier, 
not of the page 28 hitherto. Br. having for the most part borrowed consecu- 
tive passages from Sol. in this section, instead of detached fragments as in the 
geographical section, the bare numerical references will be found sufficient 
for their identification. The paragraphs of the Collectanea are given in the 
order in which the corresponding passages occur in the Tresor. (See note 12.) 

4. Aspides and prialis are evidently corruptions of the Latin dipsas and 
Chylonale. 


74 P. TOYNBEE 


De Ampbimenie* (p. 192), S 1. XXVIL, 29. 
Dou Baselique (p. 192), $ 1. XXVIL, 51, 52. 
Dou Dragon (p. 193), $ 1. Ila une 

bouche petite— par navrer. XXX, 15. 
De Scitalis (p. 193), $$ 1, 2. XXVIL, 30. 


Dou Contornix (p.211), $$ 1,2. 3. XI, 20, 21, 22, 23, 24. 
De la Cigoigne (pp. 21-12), SS 1, 


2,3 XL, 25,27, 26, 25. 
De Ybes (p. 212) $ 1. En la riviere 

du Nil — serpens, XXXI, 32. 
Dou Fenix (p. 214), $ 1. Fenix — 

coe rose. XXXII, 11. 


Des Grues (pp. 215-16), S$1,2,3.  X, 12-16. 
De l'Arondele (pp. 216-17), S$ 1. 
Sa viande — chaceors.. $ 2. Et dient 


li plusors — fondre. X, 19. 
De la Perdrix (p. 218), $ 1. Por la 
chalor — devers le masle... 3. VII, 30, 29, 30, 31. 


Dou Papegaut* (p. 219), S$ 1, 2. LI, 43, 44, 45. 
Dou Lion (pp. 223-6) 51. Lion sont 

de .üj. manieres — son chief... $ 2. il 

crient le blanc cocs — grant paor.… $ 3 

se li hom — de mangier non... $3. 

L'ordre de sa vie — le pesantor de 





son cors… $ 4 lion gisent envers —  XXVII, 13, 18, 20, 15, 13, 14, 16, 
porteure%... 6 5, $ 6 lor aage— dens. 13, 15. 
De l'Asne (p. 227), S 2. XXVIL, 27. 


Des Buess (pp. 227-8), $S1,2,3. XL, 10, 113 LIL, 38; XX, 5. 
Des Chamels (pp. 230-31) S 1, $ 2 





1. Lat. amphisbaena. 

2. Lat. psitiacus. 

3. “Il crient le blanc coc ”, is probably corrupt. Sol. has “ cantus gallina- 
céorum timent ”. Read ‘il c. Le chant dou coe 

4. Br. translates the Latin rhinocerokes by unicornes. 

$. See Sundby’s remarks (pp. 125-7, ed. Renier) on SG 1, 3. It may be 
added that Br. has completely misunderstood what Sol. says about the horns 
of the Asiatic ox. Solinus, expanding Pliny (“ cornua ita in se flexa, ut non 
sint utilia pugnae ”), observes :  cornua ita multiplici flexu in se recurren- 
ia, ut si quis in ea offendit, non vulneretur ”. Br's version of this is : 
“« lor cornes sont si grans et si votices entor lor testes, que nus ne les puet 
ferir se sor les cornes non! ” 

6. Barrien, Lat. Bactriani. The chapter on the Camel in the Tésoro is 
much füller. 





BRUNETTO LATINO’S OBLIGATIONS TO SOLINUS 75 





Li grant chameau — chevaus... $ 3 Il 

sueffrent bien .ij. jors soif — goute.… 

S 4. XLIX, 9, 10, 11. 
Dou Castoire (pp. 231-2), $ 1. Cas- 

toire — a ses dens. XII, 2. 


Dou Cerf (pp. 232— 4), $ 1, $ 2. Li 
cerf — on les fer... il l'atrait — mau- 
gré sien. $ 3 vit li cers longue- 
ment—plus de .c, ans... $ 4 quant li 





cerf — Arcton. XX, 16, 17, 15, 18, 11, 9, 10. 
Des Chiens (pp. 236-7), $$ 9, 10. XV, 8, 9, 10. 
Dou Camelion (p. 238), SS 1, 2. XL, 21, 22, 25, 24; XXV, 10. 


Dou Chval (pp. 239-40), $ 1. Che- 
vaus— muent lor seignor.. donten  XLV, 6, 8, 9, 10, 13, 11, 12, 16, 
i a tels — beste qui le face 1, 65 2, 3. 17, 18. 

De l'Olfant (pp. 243-4), S 3. Et ja 





soit olifans — arrieres.. $ 4, S 5. La 
nature— la soe.. engendrent . fil — 
assemblement +. XXV, 73 8, 2, 49 3; 5, 6,8, 9, 13. 
Dou Formi(p. 245), $ 2 il a formis — 
sanz mort. XXX, 23. 
De Hiene 3 (p. 246), $ 1, li os de 
s'eschine — les devore… $S 2, 3. XXVIL, 23, 24, 25, 26. 


Dou Loup (p. 247), Loup — 
Ytaille... il vit aucune fol: — 
terre... $ 2 en toute l'année — se .xij. 
jors non. 3 quant il voit — crier... 
Et en La fin de sa coe a une lame + de 
amors — estre pris. IL, 35, 36, 35, 36. 












1. Atthe end of this $ Br. has mixed up two different stories. In the pre- 
vious $ the name of the ‘* Duc de Galathas ” is given as Craterei. Solinus has 
Cintardi ; the Tasoro, correctly for a wonder, Cintarelo. 

2. For deus in $ 4 read dens. (See Sundby, p. 130; ed. Renier). — In $ $ 
Br. séys : “ la femele, devant. xi. anz, et li masles, devant. xv., ne sevent 
pas que luxure soit, ” Solinus has : “‘ venerem ante annos décem feminae, 
ante quinque mares nesciunt ”. 

3. In $ 2 Br. says : ‘* nulle beste qui atouche a l'ombre de hyene ne se 
puët movoir dou leu ”. Solinus has ‘ hyaena quodcumque animal ter lus- 
traverit movere se non potest ”. 

4. “* Une lame de amors ”, read laine, Solinus has : “ villus amatorius ”. 
Tesoro, corectly, lana. 








BRUNETTO LATINO'S OBLIGATIONS TO SOLINUS 77 
unable to echo the words put into his mouth by Dante (/nf. 
XV, 119): 


Siati raccomandato il mio Tesoro. 


We have in the course of our article drawn attention to 
a good many passages of the Tresor where the text requires 
emendation. In not a few of these the right reading may be 
fixed, with tolerable certainty, as we have been able to show, 
by a reference to the corresponding passage in Solinus. 


PAGET ToYNBEE. 


LE CONTE DE LA ROSE 


DANS LE ROMAN DE PERCEFOREST 





L 


Le roman de Perceforest est une des plus vastes compositions 
que nous ait laissées le moyen âge. On n’en possède, à ma 
connaissance, qu’une seule copie complète, c’est celle qui remplit 
les n°* 3483-3494 (anc. B. L. Fr. 239) de la bibliothèque de 
PArsenal, formant six volumes en douze tomes. Cette copie sur 
papier a été « minutée » par David Aubert, en 1459 et 1460, 
par le commandement du duc Philippe de Bourgogne, « pour cy 
aprez » la « grosser en vellin  ». Elle provient de la bibliothèque 
des ducs de Bourgogne, où elle est signalée dans l'inventaire de 
Gand de 1485 :. Une autre copie sur papier est indiquée dans 
le catalogue de Bruges de 1467. Dans ce même inventaire 


1, Voyer le Catalogue des manuscrits de T'Arsenal, par M. Henry Martin, 
& IL, p. 383. 

2. Voys Barois, Bibliothque protypagraphique, ns 1629-1632. L'identité des 
exemplaires est établie par celle des mots donnés dans l'inventaire de 1485 
comme commençant le scond feuillet et terminant le dernier feuillet de 
chaque volume. Les volumes n'étaient pas alors divisés en deux, mais remplis- 
saient chacun un tome, couvert de cuir blanc. Les 3e et 5e volumes ne sont 
pas portés à l'inventaire; ils étaient sans doute prètés et ont êté plus tard 
remis en place. 

3. Barois, ns 1254-1258. Le premier des six volumes manque, mais il 
me paraît probable que c'était le n° 1253, qui est porté comme formant le 
sixième volume de l'exemplaire dont les n® 1248-1252 contiennent les cinq 
premiers et comme prèté à Monsieur de Saint-Pol. En eflet, les n° 1248-1252 
sont sur parchemin et couverts de cuir jaune, le n° 1253 est, comme les n® 1254 
12358, sur papier et couvert de cuir noir. Le sixième volume de l'exemplaire 
sur parchemin et le premier de l'exemplaire sur papier se trouvant en défaut, 
comme Monsieur de Saint-Pol avait emprunté celui-ci, ke rédacteur de l'in- 
ventaire à fait une confusion. 


LE CONTE DE LA ROSE 79 


figure un exemplaire sur parchemin, en six volumes également, 
qualifié à deux reprises de « viez' »; c’est probablement celui 
qui avait servi de modèle à David Aubert : je ne pense pas qu’il 
ait été retrouvé nulle part. Quant à la « grosse » qu’exécuta 
David Aubert, on n’en 1rouve pas trace dans les inventaires des 
ducs de Bourgogne ; mais les trois premiers volumes sont aujour- 
d’hui conservés au British Museum sous les n°° Royal 15. E. v, 
19.E. m, 19. E. n°. La Bibliothèque Nationale de Paris possède 
les quatre premiers volumes d’un autre et magnifique exemplaire 
sur vélin », et les volumes I-III et V d’un exemplaire sur papier+. 
Le livre II d’un exemplaire dont je ne connais que l'existence 
est conservé à Berlins, et un tome Il, qui semble avoir 
disparu, se trouvait à la bibliothèque d’Albié. Perceforest a Eté 
imprimé par Galliot du Pré, en 1528, en six volumes petit 
in-folio : cette édition reproduit la minute de David Aubert ; 
elle a été purement et simplement réimprimée en 1531. Une 


1. Barroïs, n% 1248-1252 : « en parchemin escript 4 longue luigne, cou- 
vert de cuir jaane. » Comme on l'a vu ci-dessus, il est probable que le 
sixième volume manquait. 

2. Ward, Catalogue of romanes in tbe British Museum, t. 1, P. 377: 

3. Mss. fr. 106-109 (anc. 6778-6781). Voyez-en la description dans 
P. Paris, Les Manuscrits françois, t. 1, p. 141. Ces manuscrits proviennent de 
La bibliothèque des comtes de la Marche. 

4. Ms. fr. 345-348 (anc. 6966, 7179, 6967, 6968; le Catalogue dit par 
erreur 6965, 6966, 7179, 6967); voy. P. Paris, t. Il, p. 366, ett. VI, p.21. 
Cet exemplaire provient de la bibliothèque de Louis de Bruges, seigneur de 
La Gruthuyse. 

5: Schmidt, Les romans en prose des cycles de la Table Ronde et de Charte. 
magne, traduit par F. de Roisin (Extrait des Mémoires de la Société des Anti- 
quaires de la Morinie, 1859), p. 67, n. — 1l est bien singulier, soit dit en pas- 
sant, que le traducteur de ce travail, si remarquable pour l'époque, appelle 
Schmidt J.-W. sur le titre, et Frédéric-Guillaume dans la préface, sans men- 
tionner le nom de Valentin. 

6. Hænel (p. 17) marque dans sa liste des mss. d'Albi : « Le 2e volume 
de Perceforest, commençant à la 7e rose et finissant avec la 129, sacc. XV, 
membr. fol. (cum pict.). » Dans le catalogue des mss. d'Albi, dressé par 
Libni, qui figure au tome 1 du Catalopue général des manuscrits des bibliothèques 
publiques des départements (Paris, 1849, in-4°), on ne trouve plus trace de ce 
manuscrit. 














































































































116 G. PARIS 

le dieu a été supprimé à cause du milieu différent (musulman) 
où pénétrait le récit, et assez maladroitement remplacé par la 
femme (plus tard la belle-mère), qui fabrique elle-même, on ne 
sait comment, le talisman et le remet au mari, ce qui devrait 
diminuer beaucoup la confiance qu’il inspire à celui-ci". 





1. Dans Somadeva le mari révèle son secret après avoir bu. Il y a peut- 
être une trace de ce trait, qui serait alors primitif, dans la version de T, où 
le mari s'endort et est accusé de s'être enivré; toutefois cet incident paraît 
emprunté à un autre conte. — Dans Somadeva comme dans T° les galants 
sont enivrés (Somadeva ajoute au vin le narcotique); mais ce n'est pas là 
un trait primitif, la construction du piège par le mari, qui rend ce procédé 
tout à fait inutile, appartenant sans doute à la forme originale. 


LE LAI DE LA ROSE 


A LA DAME LEAL* 


I. Il eut jadis dedens la grant Bretaigne 
Un gentil duc, non mie mout estraigne! ; 
3 Sires estoit du Val aus Vrais Amans : 
Nus ne maint la qui son penser n’estraigne 
Contre tous maus que vraie amours n’adaigne*. 
6 Unefille eut, en grant beauté flamans 3 ; 
Uns chevaliers ert assés près manans, 
Jeunes, jolis, aus armes bien alans, 
9 Dont ce sachant Amours eut grant engaigne+, 





* J'ai imprimé une première fois ce texte, sans variantes ni notes, à cin- 
quante-deux exemplaires (Mâcon, Protat frères, 24 nov. 1893), à l'occasion 
des « noces d'argent » de mon ami Ad. Tobler. Je l'ai soumis, pour cette 
nouvelle édition, À la revision de celui-ci, auquel je dois quelques excellentes 
corrections (dont je n'ai signalé qu'une ou deux) et de précieuses remarques. 
Mon édition repose sur une copie du ms. A, que M. A. Piaget a bien voulu col- 
lationner très soigneusement avec le ms. B. 


L. 3 A Sire — 4 A maine, p. ne lestraigne — 5 B qui — 6 À Aammant — 
7 À manant — 8 A B Jeune, À allant — 9 A Dont en chassant, B Dont 
amours en sachant moult grant e 


1. Non mie mout estraigne, Le sens d'estraigne ici est peu clair; c'est 
probablement « d'humeur sauvage, inabordable ». 

2. Je comprends : « Personne n'habite là qui ne soit inaccessible à toute 
souffrance qu'Amour loyal ne reconnaît pas, qui ne provient pas d'un loyal 
amour. » Éstraigne est le subj. prés. d'estraignier (— estrangier) et non d'es- 
traindre. Ce caractère des habitants du pays ne s'accorde guère avec l'attitude 
du duc envers nos amants. 

3. Sur le nomin. famans, voy. ci-dessus, p. 

4. Engaigne. M. Godefroy traduit ce mot: « 1° « habileté, adresse, 
industrie »; « 2 « invention, engin, machine »; 3° « ruse, tromperie, 
fourberie » ; 4° « mécontentement, dépit, chagrin, fâcherie »; 59 « incerti- 
tude, embarras ». Le sens 4e est le seul réel, et l'exemple unique donné res- 








LE LAI DE LA ROSE 119 
32  Coment puisson nostre estat foisoner : 
Il me convient mon cors abandoner. » 
« Sire, » dist ele, « oués me un mot soner : 
35 Un seigneur sai qu’on ne sertsans guerdon, 
Oui l'ai roi Perceforest nomer ; 
"Se sa plaisance a vous veut adoner, 
38 C'iert nos pourfis, si que je croi, car don 
Nous feront grant aïe. 





IV. « Frere, vous en irés servir au roi 
Soiés preudom et vo seignour de foi; 

42 Vo mieus vaillant portés tousjours honour, 
A vo pareil parlés sans mais arroi', 

Et au petit ne faites ja anoi; 

45  Sievés les bons, fuiés le jangleour ; 
S'avés subgès, faites par vo vigour 
Qu’aient a vous amoureuse cremour ; 

48 Preu et hardi soiés ens ou tournoi; 

Et se faisiés aucun fait de valour, 
S’a ce venoit, donés autrui l’onour ; 
sr Ne vous vantés?, et ce tenés de moi : 
Cil croist qui s’umilie. » 


V. La bone dame avoit a nom Lisane, 
Qui son mari pour son service tane; 
55 Mais li servirs a Margon si anoie, 
Car jalousie au cueur lui ront la pane3. 





32 À faysonner, B fuissonner — 36 A Ouy le roy perceforest a nom — 
38 À Cert nostre prouffit — 39 À B ayde 

IV. 40 A vous yrez seruir a la bon heur — 41 À Ce vaillant roy dont on 
ne scet greigneur. — 42 À Tenez luy foy honnorez vostre pareil, B Vostre 
— 43 À Sans a queleun meffaire dol ne trauail, B vo p. pareils — 44 mangue A 
— 46 À vostre — 47 A Quilz ayent en vous, B Quil aient a v. — $o À 
donner 2. honneur — 52 B Celui 

V. $3 À lysane, B lizanne — 55 À le seruice, B le seruir. — 56 À luy 
rend Là peine 

1. Sans mais arroi, « sans mauvais arrangement, sans arrogance. » 

2. Sa ce venoit, « si l'occasion s'en présentait. » 

3. Lui ront la panne, « Cf. El vait ferir de Montdausoig Thierri.… Si que la 
panne do cuer li derompi (Mort de Garin, p. 152). » — Tobler. 





120 G. PARIS 

« Dame, » dist il, « mal ira s’on m’engane. 

58 Se vous esloing, a vous tendront lour voie 
Cil chevalier riche et plein de monoie; 
Fors est li cueurs qui contre ce ne ploie : 

61 Tost serai mis tout en la basse lame. 
Soufise vous ce que Dieus nous envoie: 
Cil est riches a qui demoure joie, 

64 Non mie cil qui au tresor assane; 

Si dout la departie. » 


VI. Dont dist la dame : « Aquerre rente nete 
Pouons nous bien, qui a l’estat nous mete 

68 De nos peres, ainçois que nus nous chose; 
Mais tendre amours vous fait ceste retraite*. 
Tenés, » dist ele, « icele boistelete : 

71  Dedens i a une vermeille rose 
Que je i ai par soutil art enclose ; 





57 À mal y va son mengaigne. — 58 À eslongnez B eslonge — 59 A 
om. et — 63 À Celuy, B Cieul: — 64 A Celuy, assuye; B Cieulx — 
65 A Et doubte les champie ; B (première main) Et doubtie le puantie, d'où 
une deuxième main a fait d'abord Et doubte le dommage, et ensuite Et craint la 
departie. Ma restitution est très douteuse 

VI. À 67 Afin que pour nous 2. — 68 B coses — 69 À faicte 


1. En la bass lame. C'est nne métaphore tirée de l'industrie des tisserands. 
« Voyez Baudoin de Condé, X, 181, et la remarque de Scheler sur Jean de 
Condé, t. Il, p. 357. »— Tobler. Cf. Godefroy, Lame 1, et le cinquième 
exemple de Lame 3. 
Retraite est un terme d'escrime, appliqué ici métaphoriquement, qui 
signifie un coup de revers. Le mot n'est pas dans Godefroy. Aux exemples 
de Jean Bodel (Congés, 173, éd. Raynaud), de Gilles de Chin, de Guill. 
Guiart et du Chevalier au Cygne, cités par Saïnte-Palaye, Henschel et Gachet, 
on pourrait en ajouter plusieurs autres, par ex. : 
Ou de colee ou de retraite 
Avra celui la teste fraite 
Qui la lira. 
(André de Coutances, Jubinal, N. Re, 11, 16.) 
La locution « jouer de retraite » ou « de la retraite » pour dire « se retirer» 
Cp. ex. Marques de Rome, p. 28, 1. 5; Picot et Nyrop, Rec. de farces, V, 461) 
me parait un jeu de mots sur cette expression plutôt qu'un synonyme de 
« sonner la retraite ». Mais je n'ai pas trouvé ailleurs la locution faire une 
retraite pour « porter un coup en dessous », que nous avons ici. 











LE LAI DE LA ROSE 121 


Ne sechera, ce est certaine chose, 
74 Tant que serai envers vous pure et nete; 
Etse voiés en fin muër la chose, 
Ne me croiés coment que je le glose, 
77 Ainçois faites que soie a chevaus traite : 
A tel saint tel soignie.  » 


VIL  « Dame, » dist il, « la seürtés me plaist. 

D'aler servir voiés moi ci tout prest, 

81 Car ne me sai de quel chose douter. » 
La dessevree aus deus trés piteuse est, 
Car au partir chascuns si coi se taist 

84 Que on n'i ot fors lour larmes gouter. 
Margons armés ne fist fors que router, 
Tant qu’en Bretaigne oui a l’escouter 

87 Que avant hier Perceforest se traist 
Au Neuf Chastel, ou l’on devoit jouster. 
La fu Margons pour honour aouster, 

90 Si se prouva que ses bien fais atraist 

Le pris a sa partie ?. 


VIII. Au preu Margon est li pris envoiés, 
Et li bien fais o les preus estoiés 
94 En la cronique ou lour fais on estoie. 
Par devers lui est li rois apoiés : 
a Margons, » dist il, « trés bien venus soiés; 
97 De mon hostel soiés, je vous en proie. » 
« Sire, » dist il, « ainsi le desiroie 3. » 





76 A combien — 78 À tel scigneurie, B songnie 

VIL 79 À lasseurete, B la sceurete — 81 À quelle — 82 A departie; 
A B au cueur — 84 A Quon ny oyt fors larmes degoutter — 86 À a les- 
tricter — 87 A Que a. h. r. p. traist — 89 À om. honnour — 90 À car son 
bien fait a traist, B qua son bien fait attraist 

VII. 93 A les bien faitz, B les bienfais. — 94 B lon — 96 À venu — 97 
B. v. emprie — 98 A ainsi je le desire, B tout ce je desire 

1. « À tel saint tel cierge », proverbe que je n'ai pas rencontré ailleurs. 
A 1 saint tele ofrande (Ren. le Nouv. 248). » — Tobler. 

2. « Que sa prouesse lui mérita le prix du tournoi. » 

3. L'auteur du roman prétend qu'un sage clerc, laissé en Bretagne par 
Alexandre, tenait registre de tous les exploits accomplis par les chevaliers du 
temps de Perceforest, et que cete « chronique » est la source de son livre. 





122 G. PARIS 


Par sermens grans devant le roi s’aloie ; 
100 Et quant il est devers lui aloiés, 
Au bien servir tout son pouoir desploie, 
Et le conscil de sa moullier emploie 
103 Si qu’au bien fait ou il s’est emploiés 
Li mauvais ont envie. 


IX. Tant bien servi li preus Margons au roi, 
Et tant le vit gentil home et de foi, 
107 Qu'il le retint de son estroit conseil : 
Onques par lui n’eurent li bon anoi, 
Et li mauvais en reurent juste loi ; 
110 Li traïtour en furent en esveil : 
Nabons et Meleans eurent pesteil 
Coment au roi le feront despareilt. 
113  Margons aloit souvent en un recoi 
Veoir sa rose, en refusant pareil?; 
Chiere faisoit de matineus souleil : 
116 Li traïtour en furent en esfroi; 
Au roi en font partie. 








X. «Rois,» dist Nabons, «soigniés pour vostre honour+: 
Grans peris est de privé traïtour 5. 

120 Voici Margon, qui vous doit conseillier : 
Souvent s’en va en un secret destour, 
La regarde ne savon quel doulouré : 





102 À femme — 103 À est— 104 À B Les 

IX. 106 A Et tant vit au g. h. foy — 108 À B neurent sinon a. — 
109 À Car, Bom. en — 110 À trastres — 112 À B dispareil — 114 B Voir 
— 116 A B traystres — 117 Ben ont fait 

X. 118 À B nous sommes — 119 À priuer — 122 À regardant 

1. Despareil, qui signifie d'ordinaire « différent », a ici le sens de « en 
désaccord, mal avec n. 

2. Pareil, « compagnon » 

3. « En font part. » 

4: Soigniés, « inquiétez-vous, préoccupez-vous. » 

$. Privé traïtour, « traître familier, admis dans l'intimité. » Cette pensée 
est souvent exprimée au moyen âge. 

6. Doulour n'est pas clair; l'auteur veut sans doute dire « mauvaise 
chose, sujet de douleur ». Cf. v. 198. 








LE LAI DE LA ROSE 123 


123 Se c’est pour mal, on le doit essillier, » 
Dont dist li rois : « Ce n’est pour engignier. » 
Tant vont le roi chascun jour pesteillier 
126 Que li rois seut tout le fait par amour. 
« Seignour, » dist il, « ne vous esteut veillier : 
C'est pour savoir l’estat de sa moullier; 
129 Et quant il voit la rose de coulour, 
Adonc fait chiere lie. » 


XI. Li traïtour furent en grant meschief, 
Tout pour Margon dont ne vienent a chief. 

133  Nabons lui dist : « Margon, je vous dirai : 
Moullier avés dont nus ne vous fait grief : 
En vostre main seront trestuit no fief, 

136  Vostre seront, se n’en faison no glai' 
Au plus lonc tens dedens le jour de mai. 
Pour leçon traire on peindera au vrais 

139 En vostre escu vostre femme a nu chief 
Vous chevauchant, et s’irés sans delai 
À tous tournois un an dès la fin mai 

142 Pour demonstrer, coment que vous soit grief, 

Vostre wihoterie. » 


XII. Li gentis rois ceste mise reçut, 
Mais mout voussist que cil fussent deçut. 
146 Nabons tantost sa voie apareilla, 
Tout son afaire en son chemin conçut ; 
Tant chevaucha qu’une vespree jut 





124 À engaigner; B. r. nest pas — 127 À estoit 

XI. 131 À traÿstres — 135 À nous trestous fiefs — 136 À serons se nen 
ferons nul; B Et voz — 138 À B Pourle contraire, A l'on paindra Blon poin- 
dra— 14 ABanlalef. 

XIL. 148 À v. y eust 


1. Mener glai, demener grant lai, signifie « se livrer à une joie bruyante », 
et aussi « mener une vie joyeuse » ; je n'ai pas trouvé ailleurs faire son glai 
Où mener son glai dans le sens qu'il a ici (et au v. 475). 

2. C'est-à-dire le premier jour de mai. 

3. Pour leçon traire. Cette excellente correction est due à M. Tobler. Sur 
la leçon du second hémistiche, voy. ci-dessus, p. 98, n° 1. 





124 G. PARIS 


149 Ou chastel ou Lisane sejourna. 

Tost fu levés depuis qu’il ajourna : 

Vers le chastel o son hoste tourna; 
152 Courtoisement la dame le reçut 

Pour son seignour, quant il s’en renoma. 

« Dame, » dist il, « en lui trés preudhome a : 
155  Chascuns a si son grant bien aperçut 

Que pour lui chascuns prie. » 


XIII. La dame mout le chevalier conjoie, 
Car ele avoit au cueur, sachiés, grant joie 
159 Des nouveles qu’ele eut de son seignour. 
« Sire, » dist ele, « en amour je vous proie 
Qu'o moi prenés tés biens que Dieus m'envoie; 
162 Pour vous me deuil quant il ne sont meillour. » 
« Dame, » dist il, « vous me faites honour : 
Au preu Margon en ferai la clamour, 
165 Quant devers lui retournerai ma voie, » 
La table fu mise sans lonc sejour; 
Li chevaliers se sist au lieu maiour', 
168 Et la dame, qui en tous biens ondoie*, 
Le sert sans vilenie. 


XIV. La dame fu lie de grant maniere 
De son seignour, qu’ele savoit arriere, 
172 Pour les grans biens que cil lui en disoit ; 





150 mangue À — 151 À Bas. — 155 A Chascuns en soy son gr., B 
om. si 

XII. 160 À B amours, prie — 161 À Que auec moy — 167 B fist — 
165 A le fait 

XIV. 172 À que ceulx luy en disoient, B cieulz 


1. Au lieu maiour, « à la place d'honneur. » 

2 Le verbe ondoier a en anc. fr. divers sens métaphoriques, qui ne sont 
pas très bien déterminés par M. Godefroy (ainsi dans Ren., XV, 129, il ne 
signifie pas « être douloureusement affecté », mais « se soulever de dégoût », 
en parlant du cœur, et il est 1à très expressif). Ici il signifie « abonder, 
déborder », comme on a dit au même sens nagier, 4 baignier (le seul 
exemple pour le sens d'a abonder », dans Godefroy, me paraît être une mau- 
vaise leçon de l'éditeur d'E. Deschamps : pour maine Jlour y undoya, eccv 105, 
il faut sans doute lire y indoya). 





LE LAI DE LA ROSE 125 


Mais li faus hom lui en faisoit jonchiere! 
Pour mieus savoir de li a sa maniere? 
175 Se son cueur eut Margons cui il prisoit; 
Et quant il vit qu’a joie l’atisoit, 
Bien seut que sa besoigne dur aloit : 
178 De tés parlers tantost se mist arriere. 
« Dame, » dist il, « a Margon peu plaisoit 
Vo grans beautés, quant coie vous laissoit ; 
181 Mais li oiseaus qui tent a la riviere 
De legier i colie3. 


XV. « Ne m'en merveil; car sa trés grans proece 
Mainte grant dame a lui amer adrece : 

185 Pour son bel port par tout est bien venus; 
Tel dame sai que s’amours forment blece, 

Et il aussi en a eü destrece ; 

188 Mais, si qu’on dit, de li est retenus. 
Espoir aussi que vos cueurs est pei 
D’aucune amour : trop seroit deceüs ; 

191 Car mout dame sans son pareil estrece 4 ; 
Et quant il iert devers vous revenus, 

Si com droit est tousjours iert receüs; 

194 Etse mesfais vo conscience blece, 

Par pardon soit garie. » 








173 A longniere, B jomquiere, — 174 À delle — 175 À c. oste de mar- 
gon quil — 178 B se print — 180 À b. vous q. — 181 À loisellet, B loise. 

XV. 183 À la — 184 À B sadresse — 186 À scet, B Telle — 188 À 
sicomme on dit delle, B sicomme dit delle — 191 A Car dame moult seant 
3. p. astreiche, B astraiche — 192 A pert — 193 À om. iert, B lert — 
194 À Et ce meflait 


1. Jonchiere, qui n'est dans Godefroy qu'au sens propre de « lieu planté 
de joncs » ou « panier de joncs », à ici le sens de « tromperie » qu'on 
trouve indiqué aux mots jonchier, joncheur, joncherie. L'origine de ce sens 
figuré m'échappe. 

2. À sa maniere, « d'après l'atitude qu'elle prendrait. » 

3: Il s’agit du faucon qu'on porte sur le poing en chassant aux oiseaux 
d'eau et qui tend toujours le cou vers la rivière où il les sent. 

4. « Car dame séparée de son pareil (de son mari) est dans une grande 
gène, privation. » 





126 
XVI. 


198 


201 


204 


207 


XVIL. 


211 


214 


217 


220 


XVII. 


224 


G. PARIS 


Dont dist la dame a Nabon sagement : 
« J'ai tel fance au vrai Dieu qui ne ment 
Que mes maris ne fera tel doulour, 
Et que bien sai a tel folour ne tent; 
Ne li miens cueurs les vos parlers n’entent 
Fors tout a jeu, car n’i chace folour; 
Mais n’apartient a home de valour 
Que sour son hoste ait dit fors toute honour 
Parlés maishui de lui courtoisement, 
D'autrui aussi, si aquerrés honour; 
Car bien sachiés, s’il plaist au haut Seignour, 
Sa revenue atendrai chastement. 

Or soit Dieus en m'aïe! » 


Quant la parole a la dame ouie a 
Li faus Nabons, tantost s’umilia 
Pour les parlers qu’il eut dis folement ; 
Tout par revel, ce dit, la galia, 
Sa fole entente adonc lui denia, 
Et la dame l’en quite bonement. 
Tout le mangier parla plus sagement, 
Car par tés mos n’i vendroit nulement. 
Vers la dame mainte fois colia, 
Et tant de tours pour s’amour tournia 
Qu'en fin lui dist qu’il l'amoit tendrement, 
Et la dame mout roit lui escria : 

« Vous faites grant folie! » 


« Dame, » dist il, « sachiés que n’en puis mais : 
Se je devoie estre a chevaus detrais, 

Ne me pourroie orendroit deporter. 

Par vo beauté sui tous a vous atrais : 

Vos cueurs n’iert ja si de pitié estrais 





XVI. 197 À telle. — 200 À a telz parlers — 207 B attenderai. — 208 À en 
mon ayde, Ben maide. 

XVIL. 209 À de la d. ouÿt — 210 À Le fol — 211 A les parolles — 
212 À resueil — 216 À voies, B om. mos — 217 À Alors 1, — 218 À p. 
scauoir — 220 A m. fort 

XVIII. 226 À ma, B mert 

1. « Dépourvu de pitié, » 


LE LAI DE LA ROSE 127 


227 Que ne doiés mon las cueur conforter; 
En vous amer me convient deporter : 





230 


Quant ele vit que n’iert a sourporter!, 
A ses parlers s’ala lors assorter *; 
233 Car ele dist : « Cis marchiés est parfais3 ; 
Mes cueurs a vous s’alie. 


XIX. « Ne me puis plus, sire, a vos dis defendre; 
A vo requeste il me convient descendre. 
237. Mais vous veuilliés soufrir4 jusques au soir : 
À ma meschine irai la voie aprendre 
Ou vous m'irés un petitet atendre, 
240 Tant qu’avrai fait par l’ostel mon devoir. 
La vous irai tout par loisir veoir. » 
« Dame, » dist il, « tout ce me doit seoir. » 
243 Un peu après le vint par la main prendre 
Une meschine, et dist : « Venés seoir 
Ou vous menrai; mieus ne poués cheoir : 
246 C'est en la tour; la pourrés estour rendre, 
S'on assaut l’uisserie 5. » 





227 À B corps — 231 À que ne scœeut a supporter, B que nert au supor- 
ter— 232 À B accorder 

XIX. 235 A Je ne p.— 236 B vostre — 237 B v. estuet s. — 239 À v. 
ÿrez moy ung petit, B petit — 240 À par Ihostel faict — 241 À om. vous 


1. « Que cela devenait insupportable. » 

2. Ad. Tobler me fait remarquer qu'on n'a pas d'exemple d'assorter avant 
le xve siècle (car celui de Joinville dans Godefroy est'à rayer), et les deux 
ms. donnent aorder, qui convient très bien au sens. Toutefois, le poète 
recherche trop évidemment dans cette strophe les rimes équivoques pour que 
je ne regarde pas la leçon assorter comme certaine ; c'est sans doute par hasard 
que le mot n'a pas jusqu'à présent été relevé avant Alain Chartier. 

3. Est parfais, « est conclu. » 

4. Vous soufrir, « prendre patience. » 

5+ « LA vous pourrez livrer bataille (vous défendre), si on attaque la 
porte. » 


128 G. PARIS 


XX. En la tour est li chevaliers montés, 
Et la meschine a dit : « Ne vous doutés; 
250 Car ma dame de venir s’apareille. 
Voici le lit qui est fais et parés 
Ou ele et vous vos grans deduis avrés. 
253 Tenés, voici aussi de la chandeille. » 
Lors s’en issi, puis referme la treille; 
Et cil s’assiet, qui de joie freteille*, 
256 Puis dit basset : « Margons sera desvés, 
Quant verra seche la rose vermeille; 
N’avra mestier qu’on lui pince l'oreille 
259 Pour courroucier, car trop est hom irés 
À cui l’on tout s’amie. » 





XXI. Orest Nabons enfermés en la tour : 
Onques ne fu de si joieus atour, 
263 Pour le deduit qu’il atent et le glai. 
« Par foi, » dist il, « bien sui venus au tour 
De m’emprise, sans nul advocatour. 
266 Or en feront cil menestrel un lai : 
Ne chanteront ne de flour ne de glai, 
Mais par quel tour La rose je sechai. » 
269 Tant i pensa qu’il n’eut plus de luour; 
Dont s’aperçut, si dist tantost : « Hahai! 
Deveüs sui ou decevoir cuidai. 
272 Tel cuide au soir decevoir son seignour 
Qui chiet en la poutie?. » 


XXI.  Mout fu Nabons irés er forsenés : 
Tant a queru qu'a l’uis est assenés, 





XX. 252 B dieulz — 254 À seicher 

264 À om. sui, attour — 265 À B De mon emprinse, À suis s. — 
266 À ces menestriers, B cs menestreule — 268 À cm. je — 269 B il p. — 
73 À pite, B Quil 

À Que ta lu 








1. Frréaiie, e inétille. » 

à. Je ne connais pas ce proverbe. M. Godefror ne fait qu'un article de 
pti ét out: il semble cependant qu'il ÿ ait origiairement deux mots, l'an, 
parie, signifiant « saleré, chose puante, fumier », et l'autre. Au, signifiant 
« poussière », mais qui se sont plus d'une fois confond 











LE LAI DE LA ROSE 129 


276 Ouil de bras par maintes fois tira; 
Mais pour neant s’i est alors penés, 
Car li huis ert au dehors bien fermés, 

279 Dont de despit et de dueil souspira; 
Mais bien a dit que il s’en vengera 
Quant de la tour a l'air mis hors sera. 

282 Tant atendi que soulaus fu levés : 
En la maisiere un escrit remira, 
Ou s’entente toute mise au lire a. 

285 Coment il ert et fais et ordenés 

Vous lirai la copie : 


CIS CHASTEAUS EST DE TEL NATURE, 
SE CHEVALIERS PAR MESPRESURE 
REQUIERT LA DAME VILENIE, 

EN L’AN N’AVRA AUTRE MASURE, 

NE JA N'AVRA AUTRE PEUTURE 
QU'AU FILER AVRA GAAIGNIE; 

ET S'IL LUI VENOIT COMPAIGNIE, 

DE HASPLER SEROIT SA MAISTRIE, 
OU DE SA VIE N'AVROIT CURE. 


XXII. Quant Nabons eut tous ces neuf vers leüs, 
Plus que devant fu en aïr' meüs; 
289 Lors garde aval, la quenouille a veüe, 
Lin et fuseaus a par delés veüs 
Or peut filer, car bien est pourveüs; 








276 Ou il a fort p. m. f. tire, B Ou il de br. p. m. f. dire — 278 À B 
Ihuys estoit — 281 À Car, cn lair — 283 A muraille — 284 A Ou son 
entente mise au lire il a, B Ou sente — 285 À B Comment il estoit fait et 
ordonne 

Insériplion 1 B telle — 2 A B aventure; mespresure.est dans la Lçon 
de ces vers que donne la version en prose — 3 A de v.— $ A pasture — 
6 AB Que, gaignie — 8 À haspeler, B haspeller 

XXII. 287 B les — 288 À que au d. il fut en ayr mis, B mus — 289 A 
regarde bas 


1. Je note ici un des très rares exemples d'air au sens propre de 
« colère »; presque partout (voy. Godefroy) il ne signifie que « violence, 
impétuosité ». 

Romania, XXII 9 


130 G. PARIS 


292 Mais sa pance ert encore pourveüe. 
Et la meschine au guichet est venue, 
Qui dit lui a : « La sentence iert tenue : 
295 Filés tantost, ou ne serés peüs. » 
Nabons respont, qui d’angoisse tressue : 
« Tés neantés n’iert ja en moi seüe, 
298 Ne tés blasmes ne fu onques seüs 
En ceus de ma lignie. » 


XXIV. A iceus mos la femme s’en tourna. 
Nabons s’assist, qui outre retourna, 
302  Flamans d’anoi quant ne peut retourner; 
Mais grans famine en tel point l’atourna 
Que pour la honte en un coing se tourna : 
305 La comença sa chose a atourner; 
Necessités lui aprist a tourner 
Si le fusel que bien seut aourner 
308 Le sien filé, et si bien l’aourna 
Que son vivre on ne lui peut destourner; 
Mais ne vit nus si orgueil bestourner 
3it Come famine en lui le bestourna, 
Car d’orgueil n’eut demie. 


XXV. Cil chevaliers sança son mautalent, 
Car famine lui en donoit talent, 
315 Si qu’au filer grandement entendoit; 
Et la femme l’en rendoit paiement, 
Car a mangier lui donoit doucement. 
318 Mais Meleans d'angoisse s’estendoit?, 





292 A la peine, A B est — 294 À B est — 297 À ne sera ja; B om. ja 
Cle mot ert est barré et remplacé en interligne par sera) — 298 À ny fu 

XXIV. 381 B autre — 302 B ne se polt tourner — 303 À B le tourna 
=— 305 À la ch. — 308 A Le sceut fller — 309 À om. on, veult 

XXV. 313 À songea, B sancha — 315 À tenendoit — 316 À luy rendoit 
sagement — 317 A tendrement, B len d. — 318 B dangousses sestendit 


1. Il ya en anc. fr. deux verbes aorme où aourmer, l'un de adornare, 
l'autre de *adordinare, qu'il est souvent diffdle de distinguer l'un de 
l'autre (et que M. Godefroy a confondus) : c'est le second que nous avons ici. 

2. S'estendoit, proprement « se détiraît les membres », d'où au fig. « se 
consumait, si struggeva ». Cet emploi figuré est fréquent. 


LE LAI DE LA ROSE 131 


Qui en Bretaigne en cel point l’atendoit, 
Pour Margon qui a Dieu graces rendoit 
321 De sa rose, qui se tenoit en joing'; 
Et quant cil vit ou la chose tendoit, 
De chevauchier roidement n’atendoit; 
324 Car il dit que ses chevaus n'ira loing 
S'iert la rose sechie. 


XXVI. Li chevaliers adreça son cheval 

Droit au chastel a la dame leal; 
328 Tant pourchaça qu'il fu bien hostelés; 

A son hoste se fist home leal : 

« Hoste, » dist il, « un peu vous ferai mal, 
331 Car il faut que au chastel me menés 

À vo dame, de cui terre tenés; 

Pour la trouver me sui forment penés. » 
334 Dont firent tant qu’il vindrent au portal : 

Uns escuiers qui estoit tous senés 

Lour dist : « Seignour, un peu seoir venés; 
337 Car ma dame vendra tantost aval 

Qu’ele iert apareillie. » 


XXVII. La bone dame assés tost descendi, 

Qui son salu a Melean-rendi. 

341 « Dame, » dist il, « au roi sui de Bretaigne. » 
Et la dame, sachiés, plus n’atendi, 
Au chevalier ainçois la main tendi, 

344 Et si lui dist : « Ci avés bone ensaigne ; 
Car li lieus est tous siens, se tant l’adaigne, 
Eta sa gent; nus ja ne s’en restraigne. 

347  Preus est li rois quant sa grace estendi 
Au bon Margon que il sentoit estraigne. 





321 B en jouent — 322 À celuy veit que la chose attendoir, B cieulz — 
323 À nattendroit — 324 B lonc — 325 À Si eut 

XXVL 331 À f bien que — 333 B om. la — 333 À tout seur — 336 A 
soir — 338 Ayest 

XXVIL. 340 B melaon — 344 A si a. — 345 A si en ce tant la daigne — 
348 À lequel s., B estrange 


1. En joing, « fralche comme en juin. » 


132 G. PARIS 


Or doinst Dieus que nus n’ait sour lui engaigne, 
350 Car cil par foi a bon saint se rendi 
Cui mauvais ne guerrier. » 


XXVIIL. « Dame, » dist cil, « vous estes mout courtoise ; 
Nature vous forma de noble espoise ?, 

354 Quant ce ofrés au roi et a sa gent. 
Margon conois, car en court les fais poise : 
Juges i est, a chascun rent sa toise:; 

357 Ne se brise pour or ne pour argent. 
Chascuns l'aime, tant son parler a gent; 
De chevaliers en court a plus de cent 

360 Qui dient bien qu’avra terre a duchoise. » 
La dame a dit : « S'il est de tel assent4 
Et par son sens si haute honour atent, 

363 Bien le sachiés, de rien il ne m'en poise, 

Car plus serai proisie. » 


XXIX. Grandement fu Meleans festoiés, 
Pour le seignour de cui s’ert avoiés 5; 
367 Et il aussi savoit bien festoier ; 
Mais en la fin il fu tous desvoiés, 
Car le venin qui estoit estoiés 
70  Dedens son cueur n’osoit hors destoier; 





350 À celuy par soy, À B au bon saint — 351 À Qui jamais ne varie, 
B Qui mauuais ne werie (werie est barré et remplacé par guerrie) 

XXVIIL. 352 A celuy, B cieulx — 354 B Que. — 356 À Juge, A B il — 
359 À Des — 361 À a sent, B acent 

XXIX. 367 À sestoit bien festoye — 369 A icstoye 

1. « Car vraiment celui-là peut dire qu'il a un bon patron qui n'est pas 
en butte aux attaques des mauvais. » 

2. Le mot espoise (lat. cxpensa, d'où all. Sri) manque dans Godefroy 
(«il se retrouve dans Gui de Cambrai, Barl. et Jos. 29, 18; Baud. de 
Condé, V 159 » — Tobler) ; despoise est très fréquent, avec le même sens de 
« matière, étoffe n. 

3: Sa toise, « sa mesure, ce qui lui revient. » 

4. De tel assent paraît signifier « de telle vie, de telle coutume ». 

5: On attendrait plutôt s'avowr, « se réclamer, » que s'avoier; toutefois 
ce dernier verbe peut s'expliquer : « se servir pour se diriger, prendre pour 
guide. » 


LE LAI DE LA ROSE 135 


Et nonpourquant ne fist fors tastoier 
Coment pourroit la dame desvoier. 





Car n'est femme tant soit fors a ploier < 
376 (Que sans proier est bien hom aploiés) 
En fin ne soit ploie. » 


XXX. Et quant ce vint, sachiés, au fort estraindre*, 

A la dame s’en vint tendrement plaindre : 

380 « Dame, » dist il, « je meur pour vostre amour. 
De jour en jour je ne fais fors estaindre; 
Ma grant doulour je ne puis plus restraindre. 

383 Pour Dieu vous pri que oués ma clamour ; 
Mais vo beautés si m’est de tel savour, 
Come deesse esteut que vous aour ; 

386 Or me veuilliés de vostre amour ataindre. » 
« Sire, » dist el, « vous perdés vo labour ; 
Car se saviés tout ce que je savour4, 

389 Aillours iriés vo maladie feindre : 

N'en iere conchiie. » 


XXXI « Dame, » dist il, « ne vous veuil conchiier; 
Ainçois me veuil a vostre amour liier 
393 Sans ja nul jour a fainderie tendre; 
Et si veuil si mon cors adeliier s 





371 A non pourtant ne fis — 375 A B forte — 376 À aployer 

XXX. 381 À estraindre — 382 A B estraindre — 38 À ayez — 385 À 
estue, B estuelt (ce mot est barré et remplacé en interligne par fault) que je v. — 
387 AB elle. — 388 À ce scauez. — 390 manque À B Nen iere cunchiie (ce 
«wers est barré el remplacé par Pour estre tost garie). 

XXXI. 397 A courcer — 393 A attendre, B faindrie — 394 À B mon corps 
a delier 


1. Cet exemple de astier est le seul que donne M. Godefroy. 
2. Au fort estraindre, « au point décisif. » 

3. Esläindre, « mourir de langueur. » 

4. Tout ce que je savour, « tout ce que je ressens, mes dispositions 
intimes. » Cet emploi de savourer m'est nouveau. 

$: Adelïier, dans le seul exemple qu'en donne M. Godefroy, signifie 
« amincir, effiler ». Ce sens peut convenir ici, si on entend que Melean 
annonce un amaigrissement qui prouvera la sincérité de son amour; cepen- 
dant ce n'est pas très satisfaisant. 








422 


45 


428 


XXXIV. 


432 


435 


438 


441 


LE LAI DE LA ROSE 135 


Pour bien haspler or de vous atirer, 
Ou vo besoigne a tel meschief ira 
Qu'i meterés la vie. » 


« Melean, » dist Nabons, « or escoutés : 
Vo grant orgueil je lo que jus metés 
Et aprenés belement a haspler. » 
« Nabon, » dist il, « ne sui pas si menés : 
De mon viaire ainçois oster mon nés 
Verrés vous tout et mes membres couper. » 
« Sire, » dist il, « j’ai bien veü vo per, 
Que de son dit je vi puis açouper'. 
Lisés ces vers, qui si fier vous tenés. » 
« Leüs les ai, » dist il: « ja pour souper 
A tel mestier ne me veuil occuper : 
Que je fusse de tel vilté retés, 

Ce seroit desverie. » 


Dementiers qu’il firent lour parlement, 
La meschine s’en vint tout belement 
A la treille, si dist : « Sire Nabon, 
Il vous convient filer apertement, 
Et Melean haspler legierement, 
Et vous avrés a mangier bon lardon : 
Filer faut a la toile que faison 
Pour envoier linges au preu Margon. » 
Meleans l’ot, a peu d’ire ne fent : 
« J'aim mieus, » dist il, « si ja aie pardon, 
Mon cors on arde en un feu de charbon. 
Trop somes ore atourné laidement 

Et par lour sorcerie. » 





414 A Pour filler, B haspeler 

XXXIIL. 417 B Melcon — 419 À apprendrez, filler; B haspeler — 420 À 
je ne s. — 424 À B Qui— 428 À de tel vil arreste, B voilte 

XXXIV. 434 A aspeler vistement, B haspeler — 435 À guerdon — 
437 B om. preu — 438 À Melean a Iheure dict (sic) — 439 À Jayme, se je 
naÿ pardon — 440 À Que je soye ars — 441 À Bores 


1. Sur açoper (et non acoper) ou achoer, voy. P. Meyer, Rem., XIV, 126. 


136 G. PARIS 


XXXV. Quant Meleans la meschine entendi, 

À peu ses cueurs de despit ne fendi. 

445 « Coment? » dist il, « nous veut on si muër 
Pour celui que a honir je tendi, 
Qui no pourfit vers le roi alenti 1? 

448 Or nous veut on ses dras faire filer! 
C'est trop pis que nous faire aus piés piler. 
Mais ainçois le ferai tel atirer 

451  Qu’onques loier si cruel ne rendi 
Come ferai. Or de l’assavourer*! 
Son cors ferai par pieces deschirer. 

454 Cuide il pour tant se je mi assenti 

Avoir ma seignourie? » 


XXXVI. Deus jours entiers Meleans se juna; 
Adonc famine entour lui s’aüna, . 
458 Qui de haspler doucement lui pri 
Tout mal gré lui en fin s’i adona, 
Car famine si grant coup lui dona 
461 Quele mangier a haute vois crioit. 
De ce Nabons secretement rioit, 
Quant famine si fort le maistrioit; 





464 





Nabon aussi a filer aigrioit : 
467 « Car qui plus fait, ce dit, plus grant don a : 
Au faintif la boulies. » 





XXXV. 447 À nos proffitz — 449 B au pie — 450 À je sera tel a tirer 
— 451 B Concques nul — 452 B Comme je; À B or de le sauourer — 
454 B Cuide pour ce 

XXXVI. 456 B clean jeuna — 457 À samÿa — 458 À B haspeler — 465 
A Car yre; À B estoit — 466 À arguoit — 467 B pl. quant — 468 À le 
vouloir 


1. Alentir manque dans Godefroy, qui n'a qu'alenter. 

2. Or de lassatourer (les ms. ont de le savourer) n'est pas clair; je crois 
comprendre : « j'en jouis d'avance. » 

3. « Au paresseux la bouillie (au lieu de nourriture plus substantielle). » 
« De même Mais li precheus pou wuagnent, boire poeent boule G. le Muisit, Il, 
82) ». — Tobler. Boule ne veut jamais dire « fraude, tromperie », comme le 
dit M. Godefroy. 


LE LAI DE LA ROSE 137 


XXXVIL  Paisiblement firent lour labourage 
Li chevalier qui furent si ramageï. 

471 Mais Margons fu grandement en esmai 
Pour sa moullier, dont n’avoit nul message; 
Adonc dist il en son secret courage 

474 Que ja estoit passés li jours de mai 
Que cil deurent avoir mené lour glai, 
Et si trouvoit en bon point son essai ?. 

477 « Bon seroit que feïsse mon voiage 
Vers ma moullier; car trop je foliai 
Quant tel afaire a li consenti ai. 

480 Orest cil fous qui son bon mariage 

D’essai nul contralie. » 


XXXVIIL.  Margons tantost sour son cheval monta; 

Au chevauchier grandement s’arouta 

484 Tant qu'a un soir jut lés une fontaine. 
De sa moullier grandement se douta, 
Car jalousie en ce point le bouta 

487 Qu’ele avec ces chevaliers joie maine. 
Adonc se plaint, adonc grant deuil demaine, 
Car de confort n’a ne voie ne vaine; 

490 Maïs pas ne seut adonc qui l’escouta : 
Troi chevalier l'ouirent, qui grant paine 
Ont du taisir pour sa plainte vilaine; 

493 Mais quant jours fu, que chascuns veü a, 

Margons fist chiere lie. 


XXXIX. Li chevalier erent du Franc Palais, 
Qui de Margon voussissent bien la pais; 





XXXVIL 476 À Car — 477 À fisse — 479 À luy — 480 A Or quil est, 
B Or cil est — 481 A contre allye, B contre alie 

XXXVIIL 486 À B toucha — 487 À ses — 492 À taire — 493 B grant j 

XXXIX. 495 A om. erent, B. ierrent 


1. Ramage, proprement « qui vit dans les bois », se dit des oiseaux sau- 
vages par opposition aux apprivoisés et développe de là divers sens figurés. 
Celui qu'il a ici, « évaporé, étourdi, » se retrouve à peu près dans un passage 
de Chastellain cité par M. Godefroy. 

2. Son essai, « son test, son contrôle », c'est-3-dire sa rose. 


138 G. PARIS 


497 Il meïsmes trés bien les conoissoit : 

Lionel vit, des autres je me tais. 

« Sire, » dist il, « aidiés me de mon fais. » 
500 Lors lui conte coment il lui estoit, 

Et Lioneaus forment le confortoit : 

« Margon, » dist il, « coment que grief vous soit, 
503 En desespoir ne vous metés jamais : 

Vo rose est fresche, et chascuns bien le voit; 

Seche ele fust se rien mesfait avoit 
506  Vostre moullier ou n’avés point de pais, 

Mais c’est par jalousie. » 


XL. Quant Margons fu du tout reconfortés, 
Les chevaliers a puis tant enortés 

$to Qu'’a son chastel sont au soir descendu. 
La fu adonc mains tortis aportés : 
De Lisane fu ses maus deportés. 

513 Quant de Margon a le son entendu, 
A lui s’en vint tantost bras estendu : 
« Sire, » dist ele, « après vous ai tendu, 

516 Car mes cueurs est forment desconfortés 
Vers vous, pour que mon cors avés vendu 
A ceus qui ont a l'avoir entendu ; 

$19 Et quant ainsi envers moi vous portés, 

J'en sui mout courroucie. » 


XL. «Seur, » dist Margons, «ce sachiés, mout m'en poise, 
Mais dites moi comment li fais apoise *. » 
523 « Sire, » distel, « vous le vendrés veoir. » 
Les chevaliers a pris come courtoise, 





497 A Et je mesmes, B Il mcismes; À B congnoissoie — 498 A B vis; 
À ment — 499 À moy 

XL. 09 À puis tant a. — 511 A torcis — 514 À B estenduz — Après le 
v. 516, A B intercalent le v. 528. — 517 B Vers vous pour ce que mon c. 
auiez (Vers est barré et remplacé par Deuers; pour ce est barré) — 518 À de 
— si9Alep. 

XLI. 521 À dur men p. — 524 À B ch. apres c. 


1. Coment Ii fais apoise, « comment le fardeau s'appesantit » (cf. Miserere 
XIIL, 9), métaphore dont l'application est ici peu claire. 


LE LAI DE LA ROSE 139 


Et son mari, qui a l’aler s’atoise', 
526 Jusqu’a la tour, mieus ne peuent cheoir, 

Ou il virent les chevaliers seoir : 

Ne sai s’a tous pouoit li fais seoir, 
529 Car Meleans hasploit a longue toise?, 

Et du filer fist Nabons son devoir. 

« Seignour, » dist Lioneaus, « sachiés de voir, 
532 Fous est cil qui dame de bone espoise 

Pourchace vilenie. » 


XLII. Lioneaus dist, qui mout le cors a gent : 
« Par foi, je croi qu’en cest païs n’a gent 
536 Qu’aient veü, non cil qui par mer nagent, 
Chevalier nul qui filast pour argent. 
Or en voi un filer de dous atent 3. » 
539 Donc dist la dame : « Or veuil bien que jus macent 
Cestui mestier, puis au vouloir se macent 
De mon seignour, et plus tés tours ne facent; 
542 Car des femmes en cest païs a cent 
Qui d’estrangler a lour mains les menacent. 
Pour ce le di que bien veuil qu’il le sachent; 
545 Car a home mout grans honte s’apent 
Qui a tel fait s’alie. » 


XLII.  Margons ce fait tantost lour pardona, 
Et d’aler ent bon congié lour dona; 
549 Et si firent : puis ne furent veü. 
Et l’endemain au chemin s’atourna, 





526 À au m.; AB peult — 528 mangue À B (toy. au v. 516) — 529 
A haspeloit— 531 A vray — 532 À Fol est celluy, esprise; B cieulz 

XLIL. 534 A B que — 536 À Qui ayent; B me n. — 537 B Cheualliers 
— 538 À agent — 539 À or veulx je b. que j. mettent — 540 À mettent 
— 542 À dans ce p. — 544 À dis; B qui le — 545 À append, B apent 

XLUI. 548 À om. ent — 550 B sen tourna 


1. M. Godefroy, qui cite ce passage sous Ateser, traduit ici « s'ajuster, se 
préparer, se disposer » ; je pense que c'est plutôt « se tendre, se hâter ». 

2. À longue loise, « de toutes ses forces »; ef. des locutions analogues 
dans Godefroy. 

3: De dous atent, « avec patience. » Voy. Godefroy, sous Atent. 


140 G. PARIS 


Et sa moullier aveques lui mena. 
552 Liés fu li rois quant le fait a seü 

De tous les biens que cil eurent eü 

En a Margon fievé et pourveü ; 
555 Et d’un chastel Lisane feoda' 

La roïne, car trop lui a pleü 

Qu'’ainsi sont li traïtour deceü. 
558 Ceste matiere en lai Paustons mua, 

Qu’ele ne fust perie. 





FINIS 


Gaston Paris. 





551 À auec— 555 AB du ch.; À ferda — 557 A les traystes, B les 
traitres — 558 A pouston, B pouchon 


1. M. Godefroy n'a d'exemples que du part. feodé, et ils ne sont pas plus 
anciens que le xve siècle ; mais enfrader (eféoder) se trouve dès le xine siècle 
(toy. Du Cange), et la formation de feoder sur le bas latin féodum était bien 
naturelle. 


MÉLANGES 


LE T DE LA 3e PERS. SING. DU PARFAIT PROVENÇAL 


On sait que le provençal termine en -« toutes les 3° pers. 
sing. du parfait dans la première conjugaison et dans la conju- 
gaison faible des verbes en —er, -re : amet, « il aima », et vendet, 
« il vendit ». On trouve même quelquefois partit, « il partit », 
mais cette forie est plus récente et due, sans conteste, à l'in- 
fluence analogique de amet, vendet*. 

Dans sa Grammaire des langues romanes, M. Meyer-Lübke dit: 
« En provençal, { ne persiste que dans la 3° pers. sing. du par- 
fait en -edit où le d et le 1 se sont attirés avant l’action de la loi 
des finales », et il renvoie à « la vraie explication du -{ proven- 
çal » donnée par M. Neumann au tome VIIL p. 368 de la 
Zeitschrift für romanische Philologie*. Malgré cette double auto- 
rité, je ne crois pas que ce soit là la « vraie explication ». On sait 
que le d latin, devenu final en roman par la chute d’une voyelle, 
n’a laissé aucune trace en provençal : pedem > pe, gradum 
> gra, etc. D'autre part, partout ailleurs que dans les parfaits, 
let latin final a également disparu : movet > mou, tenct> ten 
ou #, etc. Faut-il admettre que deux phonèmes essentielle- 
ment caducs sont arrivés, en s'appuyant lun sur l’autre, à 
étayer leur caducité ? L’explication de M. Neumann repose sur 
la série d'évolution -edit > -edet > -ed't > +. Je suis 
porté à croire, au contraire, que le premier accident phonétique 
qui ait atteint -edet, c’est la chute du t final. J'imagine qu’on 
a dû avoir la série -edit > “-edét > *-ede > *-ed > -e, 
absolument comme credit>*credet > “crede>“cred >cre. 





1. Les formes ame, vendee, partic sont postérieures et dues à l'influence de 
la conjugaison forte. 
2. Trad. Rabiet, p. 494-5. 





LE T DE LA 3° PERS. SING. DU PARFAIT PROVENÇAL 14} 


« aimé : » dans la région où amat se réduit à ama, amet se 
réduit à ame*. 

La phonétique nous oblige impérieusement à écarter l’in- 
fluence du t final latin, qui est nulle, pour chercher un t final 
roman. Ainsi posée, la question ne peut recevoir qu’une seule 
solution phonétique : ef < etit, cet une seule solution mor- 
phologique, l'influence de stetit. On peut admettre que 
stare a agi d’abord sur dare, que stetit a intronisé “detit 
au lieu de dedit, et que le reste a suivi. 

Comme appendice à cette menue question de phonétique, 
qu'on me permette de présenter quelques observations sur la 
genèse du parfait provençal de la première conjugaison. On sait 
que les auteurs qui ont écrit sur la question sont fort divisés 
en leurs manières de voir. M. Bourciez écrit avec assurance : 
« Des hypothèses peu heureuses ont été émises autrefois par 
divers savants sur l’origine de cantei; je ne crois pas que per- 
sonne hésite maintenant à le tirer par voie phonétique du latin 
vulgaire cantai. (Cf. H. Suchier, dans le Grundriss der rom. 
Phil., p.614, et W. Meyer-Lübke, Gramm. des langues romanes, 
$ 2373 ». A l’assurance de M. Bourciez on peut opposer la 
catégorique déclaration de M. P. Meyer dans son compte rendu 
récent de la Grammaire de M. Meyer-Lübke : « Il n’est pas vrai 
que le latin vulgaire -ai (lat. classique -avi) se soit continué 
en provençal sous la forme ei : les prétérits en ei, -est, -et sont 
formés sur les types latins de dédi et de stétis. » Je ne 
mentionne que pour mémoire l'opinion de Diez, qui se concilie 
fort bien, en fin de compte, avec celle de M. Paul Meyer, et 





1. Dans la langue du Dauphiné septentrional, récemment étudiée par 
M. l'abbé Devaux, on constate un état de choses qui surprend au premier 
abord : au participe ama, et au parfait amet. Mais il ne faut pas confondre 
cette dernière forme avec la forme provençale. Dans le Dauphiné septen- 
tional, le t final latin se conserve, et amet « il aima » est en harmonie 
avec avit a il avait », deit « il doit », etc. 

2. On sait qu'en italien stefte < *stetuit a de bonne heure produit dette au 
lieu de diede, et a par suite rangé sous sa bannière une nombreuse série de 
parfaits, comme cedelte, credetke, perdette, etc. 

3. La conjugaison gasconne, dans Annales de la fac. des lettres de Bordeaux, 
1890, p. 212. 

4. Revue critique, 1891, 1e sem., p. 334. 

$. « La première conjugaison a suivi la deuxième, afin de distinguer ce 
temps avec plus de précision du présent. » (Trad. franç., Il, 187.) 








LE T DE LA 3° PERS. SING. DU PARFAIT PROVENÇAL 145 


1e plur. Dedimus a dû donner degmes, deimes' (variantes 
dialectales : dedmes, dermes); stetimus, estedmes *. 

2° plur. Les formes correspondantes À celles du sing. seront : 
dexests et estedests. 

3° plur. Dederunt, steterunt doivent aboutir au même 
résultat phonétique : deiron, esteiron. 

Affrontons maintenant les trois parfaits primitifs de cantar, 


dar et estar, pour nous représenter plus aisément leurs rapports 
et leurs différences : 


cantai dei esteig 
cantast dexist estedist 
canta de estet 
cantams dezmes estedmes 
cantasts dexests estedests 
cantaron deiron esteiron 


Si nous nous reportons par la pensée au paradigme classique 
du provençal, qui ne s'applique pas seulement à canfar, mais 
à dar et à estar, nous serons bien obligés de reconnaître que 
dedi et steti ne suffisent pas à rendre raison de ce paradigme, 
qui est, comme on sait : cantei, cantest, cantet, cantem , cantests, 
canteron. Cantei est sûrement dû à dei, et cantet à estet+, mais 
l'e ainsi introduit dans le paradigme s’est propagé de lui-même 
à toutes les autres personnes, sans qu'il y ait eu emprunt direct 
de personne à personne entre canar d’une part et dar ou estar 
de l’autre. On pourrait, il est vrai, se représenter différemment 
l'évolution des parfaits de dare et de stare, et admettre que 


1. Bodina, borne, a en effet donné boina, borna dans une grande partie du 
domaine provençal. Il n'y a pas à tenir compte de vim, qui a le sens de 
vidimus, mais qui n'est pas son représentant phonétique. 

2. Pour le traitement du t, cf. maritima >> Maredma, dans Luchaire, 
Rec, n° 38. 

3. Malgré l'autorité de MM. Meyer-Lübke, Suchier et autres, il est 
absolument impossible d'accepter la réduction phonétique de cantai à cantei : 
Ja doctrine de M. P. Meyer me parait au dessus de toute contestation sur 
ce point. 

4. On remarquera que dans la partie du domaine gascon qui n'a pas 
conservé -avit, cante est plus fréquent que cantet dans les anciens textes ; il 
en est de même de de, qui n'a cédé que lentement la place à det, et par suite 
de beaucoup de parfaits faibles de la conjugaison en er. 

Romania, XXTT 10 


146 MÉLANGES 


dans le latin populaire du Midi de la France dedi et steti se 
conjuguaient déjà : dedi steti, desti stesti, dedit stetit, 
demmus stemmus, destis stestis, derunt sterunt. 
Dans ce cas, on aurait dès l'aube du provençal : dest estest, dem 
estem, dests estests, deron esteron. Mais, à supposer qu’il en soit 
ainsi, qui ne voit que le temps ne fait rien à l'affaire, puisque 
desti stesti, etc., seraient dus à l'influence de cantasti, etc., 
soit directement, soit par l'intermédiaire de fusti ou de dor- 
misti? 

En résumé, le parfait provençal de la première conjugaison a 
bien la même matrice que celui des autres langues romanes; 
mais, à une époque très ancienne, il a changé sa nuance voca- 
lique sous l'influence de dare stare, et, à une époque plus 
récente, à la troisième personne du singulier seulement, il a 
modifié son consonnantisme sous l'influence de stare. 

A. Thomas. 


LA RIVIÈRE DE RUNE DANS L'ÉPOPÉE FRANÇAISE 


Dans une note intitulée Zum Guiteclin, que vient de publier 
l'Archiv für neuere Sprachen und Litteraturen", M. Oscar Schultz 
a réuni différents textes épiques où est mentionné un cours 
d'eau appelé Rune, dont M. G. Paris a dit quelques mots ici 
mème, À propos du Carmen de prodicione Guenonis?. M. Schultz 
montre que dans Guiteclin ce nom désigne vraisemblablement, 
non pas le Rhin, mais la Rühr, son affluent. « Ce n’est pas, 
ajoute l'auteur de cette intéressante identification, que je consi- 
dère Rune comme une transcription inexacte de Rura, car ce 
nom de Rune se rencontre ailleurs, où il s'agit de contrées toutes 
différentes, sans que l'on sache quel est exactement le cours 
d'eau ainsi désigné : c'est, à ce qu'il semble, le nom, sans doute 
altéré, d’un cours d'eau quelconque, arrivé, à la suite de quelque 
circonstance que nous ignorons, à une sorte de célébrité épique, 
et devenu ensuite traditionnel et typique dans l'épopée pour la 
désignation d'un grand cours d’eau. » Sans m'arrèter à l'expli- 
cation un peu nuageuse donnée par M. Schultz, je rappellerai 
les deux seuls textes épiques qui, en dehors du Guitlim, men- 
tionnent ce nom. 








1. Tome XCI p. 24 
2. Romania, XI, 499. 





50. 



































RÔLE DE CHANSONS À DANSER DU XVI* SIÈCLE 159 


R 9 ss dr dr 9 ss ddd ss r 9 ss dr 9 
(2) Fleur de gayeté 
(3) Foys. 
(4) Je ne say comant. a 20 
R 9 ss dr dr 9 ss ddd r dr 9 ss d r 9 
(5) La bisquaye?. 
(6) La chiambra. 
(17) Le petit Ravastim. 
(8) Retour des sauses. 
R 9 ss dr dr 9 ss ddd 5 r 9 ss d ss r a 
(9) J'ay pardu m'amia. 
(20) Li vius testamant. 
(1) Ton noble cueur. 
(2) Va’t'an regrett. 
R 9 ss d ss r d ss r 9 ss ddd ss r d ss r 9 
(3) Je ne fé plus. 
(24) La calabria. 
C5) Se y'ay mon joly tamps passé +. 
R 9 ss d ss r d ss r 9 ss ddd.. 
(6) Doulce dame. ani 
R 9 ss dr d ss r 9 ss ddd ss r 9 ss d ss r 9 
(7) La signora. 
(28) La doleur de la chiaud. 
(9) N'y ranvoiés plus mon ami 
R gs d ss r d ss r 9 ss ddd r 9 ss ds r 9 
(Go) Noë. 
R 9 ss d ss r 9 ss ddd ss r 9 ss dr d ss r 9 
G1) Tout se adobera. 

















1. 11 ÿ a dans les Chansous du XVe siécle publiées par G. Paris deux chan- 
sons qui commencent par ces mots, ne XIX (Fleur de gaiclé, donnez moy joye) 
et no LXV (Fleur de gaielé, allegez le martire). 

2. Est-ce la chanson Une mousse de Bisquaye, dans les Chansons du XVe siècle 
de G. Paris, ne VII? 

3. I ÿ a dans le ms. Bibl. nat. fr. 2245 (chansonnier du xvre siècle) une 
pièce qui commence ainsi : Va l'en reyrel, va l'en ailleurs, Pour abregier sous- 
pessonnant (fol. 10), et dans le ms. fr. 1597 (aussi un chansonnier du 
xvie siècle) une autre dont voici les premiers mots : Va l'en regret, celuy qui 
Le convoye, Va l'en ailleurs que jamaiz ne te voye. Ce sont, malgré la diflérence 
du vers, deux variantes d’une même chanson. 

4. Cette ligne est raturée. Le dernier mot est douteux. 

$: La fin de la ligne est tachée. 

6. Ne renroyeg plus, mon amy, | À moy parler : venez y vous, | Car messagers 
sont dangerous, Ainsi commence la pièce cv des Chansons du Ve sücle, 
p-p. G. Paris. 








160 MÉLANGES 
R 9 ss d sr 9 ss d ss r 9 ddd 9 ss d ss r g' 
(2) La s'en va. 
(33) La pansea de ma dame. 
(34) Latana (?). a 22 
(35) La gran dolereusa. 
G6) Su le rens (?) 
R 9 ss d ss r d ss r 9 ss dd ss r 9 ss rss r 9 
(37) Or n'an pui jo. 
G38) Speta in poco. 
G9) Te gloriosus. 
R 9 ss dr d ss r 9 ss ddd r d r 9 ss d ss r 9 
(40) Le doul de mon segnur. 
R 9 ss dr d ss dr 9 ss ddd r 9 ss d ss r 9 
(41) Testimonium. au 
(2) Fortune fort. 42 
(43) Moro Lombard 
(44) Chiarmoen. 
(45) Colomar. 
Rgss ds r 9 ss ds r 9 ss ddd r 9 ss d ss r 9 
(6) El bayli de Spagna. 
R 9 ss d ss r dr g ss ddd r g ss d ss r d ss r.9 
(47) Fauls samblanr. 
(48) La doleur que mon cueur blesa. a 24 
(49) Mantiau jaulne. 
R gs ds rg ss ds r 9 ss ddd ss r 9 ss d ss r 9 
(50) M'amour?. 
(51) Se y'aime bien m'amie. 
(52) La sardegna. 
(53) La florie. 
R 9 ss d ss r ds r 9 ss ddd r 9 ss d ss r d ss r 9 
(54) Ils ont menti. ai 
Ross ds r 9 ss dr d ss r 9 ss ddd ss r 9 ss d 
rds ro) 
(55) La moyté des dances. 
9 dr gs ddd r d r 9 


gpdrgsdrgsre 
Stribaldi scripsit anno 1517, die 26 decembris. 





1. Dans certe ligne il y a trois o au dessus des trois d.] 
2. Il né manque pas de pièces qui commencent ainsi; par ex. : M'emour 
vus ay donnée, no CX des Chunses du XF siècle. 








LE 
PRONOM NEUTRE DE LA 3° PERSONNE 


EN FRANÇAIS 


L'existence d’un pronom personnel neutre de la 3° personne 
en français n’est pas restée, comme on le verra, absolument 
inconnue jusqu’à présent ; toutefois elle n’a pas été suffisamment 
mise en lumière, et on n’en 4 pas tiré toutes les conséquences 
qu’elle comporte. Ni M. Suchier, dans sa belle et si originale 
esquisse de l’évolution du français et du provençal, ni Schwan 
dans sa Grammaire de l’ancien français, ni M. Meyer-Lübke 
dans le t. II de sa Grammaire des langues romanes, n’en ont fait 
mention. Il ne semble donc pas inutile d'appeler l’attention sur 
un fait qui a été À peine signalé et qui mérite d’avoir sa place 
dans une histoire de la langue française. 

On sait que le français il, qui sert aujourd'hui de nominatit 
au pronom personnel de la 3° personne aussi bien pour le neutre 
que pour le masculin (i/ y a, il arrive, il fait beau, etc.), n’est 
en réalité comme forme que le nominatif du masculin et répond 
à un nomin. ïlli du latin vulgaire (quelle que soit d’ailleurs 
lexplication de ce nominatif") : c’est li final d’illi qui explique 





1. Les anciennes explications de il par 1lic ou 1llhic ne peuvent se 
soutenir. Quant à 111, on y a vu simplement (Storm, Rom., III, 289; 
Schwan, Gramm. des Alfr., $ 398, 1) la forme du nom. masc. plur. appli- 
quée au nom. masc. sing.; mais rien n'est moins vraisemblable que de 
supposer que la langue ‘aurait fait exprès une confusion aussi fâcheuse pour 
la clarté. La seule explication satisfaisante est celle de Darmesteter (Mél. 
Renier, 145; Re. scient., Il, 170), qui, s'appuyant sur l'équation incontes- 
table eui > illui pour le dat. illi, admet une équation semblable 
qui(ki) > illi pour le nom. ille. Il est vrai que H. Schuchardt (Zeitschr. 
X, 483) a fait à cette explication des objections graves; mais elles ne sont 
pas rédbibitoires, comme j'essayerai peut-être de le démontrer prochal- 
Romania, XXUI LL 


























170 G. PARIS 
Ludus Sancti Nicolai d'Hilaire (composé sans doute en Anjou 
dans la première moitié du xn° siècle) : 


Ha! Nicholax, 
Si ne me rent ma chose, tu ol comparras *. 





Enfin nous trouvons 04 dans la Bible du Berrichon Macé, au . 
commencement du xiv° siècle : 


Qui autre fois dire ou voudroit ms. B. N. fr. 4or, (f 108 d). 


Tous ces passages ont toutefois cela de commun que le mot e/ 
ou ol se trouve toujours placé dans le vers de telle façon que le 
ou lo ne compte pas pour la mesure, et qu’on peut aussi bien 
lire faire! partout où les mss. portent faire el ; quand à tu ol, la 
mesure exige qu’on le lise en une seule syllabe *. Nous ne trou- 
vons pas un seul cas où «/ compte pour une syllabe. Il est donc 
plus que probable que nous n’avons affaire ici qu’à une graphie 
imparfaite : les scribes, connaissant l'existence d’un e/ (ou of) 
neutre, et trouvant les graphies fairel, tu], inusitées et singulières, 
ont introduit ici la forme du nom. neutre, tandis qu'il s'agissait 
réellement de la forme enclitique de Jo, acc. neutre atone. Ce 
qui le confirme encore, c’est que dans d’autres passages ils 
ont écrit de même e/ pour / représentant l’acc. masc. b, bien 
que el comme acc. masc. soit, nous l’avons vu, inconnu au 
français ?. D'autres fois ils ont écrit e en toutes lettres, bien que 
le vers reçût par là une syllabe de trop. 

Rien ne nous autorise donc à admettre l'existence d’un acc. 
neutre tonique el (ol)4. Il est vrai que M. Gürlich a relevé dans 
les Sermons poitevins et dans quelques chartes de la Saintonge et 
de l’Aunis de nombreux exemples d’un accusatif neutre ou qu'il 
regarde comme identique au nom. neutre ou, souvent attesté 
dans les Sermons poitevins; mais pour le nom. ces Sermons pré- 








1; Refrain répété deux fois, aux pp. 34 et 35 des Hiluriï Versus et Ludi 
publiés par Champollion-Figeac; E. du Méril, Orig. lat. du 1tre moderne, 
p.273 

2. C'est ce qu'a déjà remarqué E. du Méril, L. c. 

3. Ainsi dans le ms. L de l'Alexis (le plus ancien) le v. 588 (118 c) est 
écrit : En derre elmetent par vue poestet (A manque, P En lérre le m., S change). 
Au v. 5331 de Thébes B lit À destre el fiert. 

4. C'est ce que dit également A. Tobler dans le passage cité plus haut de 
son Versbau. 














LE PRONOM NEUTRE DE LA 3° PERS. EN FRANÇAIS 175 


de la 3° personne. Voici les exemples du pronom o en français 
(tous à l’accusatif) que je connais : 


in 0 quid il mi altresi fazet. Serm. 

Faites o tost. Sponsus 77. 

E resors es, la scriptura o di. /b. 799. 
Trop sui gardee, bien o voi. Joufroi 1433. 
Et si faiz ge, bien o veez, 
Ma dame, et si m'o pardonez, Ib. 1817-18. 
Qu'a merveilles o tienent tuit. Jb. 2504. 
Del doner o laissa ester. JB. 3388. 

Si faire o deigne. Ib. 35117. 

Se li cuens a s'amie o fit. 1. 4333. 











Puis on le trouve très fréquemment dans la Vie de Sainte 
Catherine, les Sermons poitevins (ou), Turpin I et IL, des chartes de 
Poitou, d’Aunis (ou) et de Saintonge (ou). Il existe encore dans 
cette région, à laquelle on voit qu’il s'était restreint déjà ancien- 
nement, mais en y joignant le Berri et peut-être le Bourbon- 
nais3. Je ne parle pas ici de o employé comme particule affr- 
mative ou dans le composé porot, ni de uec < hoc dans ave, 
senuec, poruec. 

Il ne me reste qu’à dire un mot du composé fo, qui est 





1. Peut-être ici faire o doit-il être interprêté comme dire ou dans le pas- 
sage de Macé de la Charité cité plus haut (p. 170), c'est-à-dire comme repré- 
sentant fairel; toutefois l'emploi fréquent de o dans Joufroi rend l'autre expli- 
cation plus probable. 

2. Au v. 3087 (Hurte li cuens si al vasal Que tot o fait jus trebuchier) les 
éditeurs ont eu raison de changer 0 en lo, puisqu'il s'agit d'un acc. masculin. 
M. Dingeldey (Ueber die Sprache des Joufroi, 1888, p. 36) n'en compte pas 
moins cet exemple avec les autres ; mais il parait croire que o est partout une 
forme aphérésée de Jo. 

3. Je n'ai pas cité les exemples nombreux de la Passion, à cause du carac- 
tère méridional de ce texte : on sait en effet que o existe en provençal. Sur 
Les différentes formes qu'il y a prises, voyez les précieux articles de M. Cha 
baneau (Rom. IV 338-347; V 232-235). 

4. Ce composé poro, qui n'existe que dans les textes les plus anciens 
CŒulalie, Jonas, S. Léger). ÿ est toujours écrit en un seul mot, ce qui prouve 
que dés la fin du 1xe siècle on n'avait plus conscience, dans le Nord, de 
l'existence de o comme mot isolé. Aussi M. Stengel, dans son glossaire des 
plus anciens textes, aurait-il peut-être dû ranger ces exemples sous poro et 
non sous o, et ne pas les imprimer en en séparant les deux éléments. 





176 G. PARIS 


tout à fait un pronom démonstratif, tandis que o ne peut servir 
de sujet aux verbes ni (sauf dans poro) de régime aux prépo- 
sitions'. Ce qu'il faut remarquer sur go, c'est l'existence de la 
forme cu, qu'on pourrait regarder et qu’on a regardée comme 
représentant «/; il est bien possible qu’il en soit effectivement 
ainsi dans quelques cas, mais le plus souvent il s’agit bien de ço. 
Mais ce ceu est-il une notation de çæ ou de ce, et çoe lui-même, 
qu'on rencontre quelquefois, at-il une existence autre que 
graphique ? Ce sont des questions qui nous entraineraient trop 
loin hors de notre sujet actuel, et qui pourront être étudiées à 
une autre occasion. Il y aura lieu aussi de rechercher ce qu’il 
faut penser de la forme cn (conservée dans sens dessus dessous), 
qu’on a expliquée comme représentant «e, cel ou c'en. 


Gaston Paris. 





1. Il en est de même pour o (ae) en provençal ; mais il faut remarquer que 
le prov. emploie comme nom. neutre, à côté de el, qui paraît correspondre à 
Ille et non à Illud, la forme Lo, qui représente originairement fllum 
Gllud) atone : Lo es emps, etc. 


LES 


MANUSCRITS DES SERMONS FRANÇAIS 
DE 


MAURICE DE SULLY:. 


Le tome V (1876) de la Romania contient un mémoire sur 
les manuscrits des sermons français de Maurice de Sully dans 
lequel je me suis proposé : 1° de dresser une liste aussi com- 
plète que possible de ces manuscrits; 2° de mettre le lecteur en 
état d'en apprécier jusqu’à un certain point la valeur relative, 
en imprimant un certain passage, de longueur suffisante, d’après 
la leçon de chacun d’eux. 

Les mss. de ces sermons dont j'avais connaissance il y a dix- 
huit ans sont ceux-ci : 

FLorence, Laurentienne, Conventi soppressi, 99. 

Loxpres, Lambeth 457 (fragment). 

Oxrorp, Bodleyenne, Ashmole 1280, Douce 270, Hatton 67, 
Laud 471. 

Paris, Bibl. nat. fr. 187, 13314, 13315, 13317 (fragment), 
24838. — Arsenal 2111 (ancien Thtol. fr. 65). — Sainte- 
Geneviève D. f. 212 (ce ms. portait en 1876 la côte D. I. 2r). 

Portes 232, ms. publié par M. Boucherie. 

Ms. ayant appartenu à M. Renault, de Saint-Lô; extraits 
donnés par Hippeau dans les Mémoires de l'Acad. de Caen (1856) 
et dans les Archives des Missions, t. V (1856)2. En outre, le 
même ms. a été l’objet d’un mémoire publié par M. Eug. de 
Beaurepaire dans les Mémoires de la Sociéé d'archéologie 
d'Avranches, t. I (1859), pp. 411-4312. 

Entre ces quatorze mss. il en est plusieurs que j'avais décou- 
verts pour ainsi dire par hasard, par cours de recherches ayant un 
tout autre objet. J'étais bien certain que quelques exemplaires 





1. Supplément à un article publié dans la Romania, V, 466. 
2. Ce ms. avait été acquis par M. Renault, à Rouen, en 1854. Il paraît 
provenir de Jumièges. 
Romanis, XXII 12 











LES MSS. DES SERMONS FRANÇAIS DE MAURICE DE SULLY 181 


meschines seureurs qui orent non Nicée et Aquilée. Les meschines chairent 
as piez S. Cri. et convertirent a Jhesu Crist ; et .xl. chevaliers vindrent devant 
le roi qui commencierent a erier que il estoient crestiens; et le rois lels] 
fist decoler touz .xl. Au matin li roi manda les meschine[s] et quida que 
les l'eüssent fait pechier, S. Cristofe ". Celes distrent au roi que eles estoient 
crestienes. Li rois les fist martirier cruelement, ct fist la premiere pandre par 
les braz, et li fist pandre aufs] piez grant fès de pierres et de plonc pour faire 
les braz rompre dou cors. À l'autre il fist premicrement arrachier les denz de 
la bouche ; emprès il la fist metre en feu; mès If feu ne li fist onques mal. 11 
. meschines en tantes manicres martirer que eles rendirent a Jhesu 
Crist lor esperiz. Li rois 6st premierement bastre + S. Cri. o bastons de fer, 
et Hi fist mestre en la teste .j. heaume tout ardant. Onques por ce S. Cri. ne 
se fleschi. Emprès il fist faire .j. banc de fer du lonc S. Cri., et le fist cocher 
dedenz, et fist faire tout environ le banc grant feu por ardoir S. Cri, et fist 
getier grant planté d'uille pour ardoir plus cruelement. Li feu, par la grace de 
Deu, devint aussi comme rose, et devint li banc de fer ausi comme cire, et 
s'en issi S. Cri. sanz mal avoir. Li roi fut mout dolent et fist S. Ci lier en .j. 
fust lonc, et li fist trere setes de prime jusques au scir. Onques nule defs] 
sai[eJtes ne atochierent son cors, et quida le rois que il fust touz tresperciez 
des sactes, les queles estoient environ lui par l'air. Au matin li rois vint veoir 
S. Cristofle. Une des saetes qui estoient environ lui se restorna par la volenté 
de Dieu, et creva .j. oil au roi. S. Cri. dist au roi ; « Tu me feras demain 
decoler, et tu prandras de la terre qui sera ensanglantée de mon sanc, et en 
metras en ton oil, et seras senez. » Li rois fist. S. Crist. decoler en icele 
hore que il li ot dit. S. Cri. fist priere a nostre Seignor que qui c'onques le 
requerroit la ou si cors seroit, que il n'eüst garde de tempeste ne de 
adversité nule, ne de mauvesfe] maladie. Une voiz vint du ciel qui li dist 
que qui c'onques reclameroit S. Crist., neis la ou sis cors ne seroit, il avroit 
cele chose pour quoi il requerroit. Icestui don dona Dex a S. Cri. quant il 
fu descolez. Li roi vint au lieu, et mist de la terre sur son oil, et fut 
senez, et s'escria que grant poeir avoit le dieu S. Cri., et fist crier son 
ban par sa terre que qui c'unques blasmeroit icestui dieu, il seroit decolez. 














Les sermons de Maurice de Sully commencent ainsi qu’il 
suit au fol. 110, sans que rien indique le début d’une nouvelle 
série : 

Communis sermo de uno apostolo. 

Simile est regnum celorum sagene misse in mari, elc. [MaTTH. xut, 47]. Nous 
trovons en l'evangile que nostre Sires palla une foiz par semblance au peuple, 








1. Il faut supprimer S. Cristofle, ou précédemment l' 
2. Sic; plus loin mestre pour metre; l's dans cette condition ne se pronon- 
çait pas. Ailleurs il est omis bien qu'étymologique. 








LES MSS. DES SERMONS FRANÇAIS DE MAURICE DE SULLY 183 

(Fol, 115 ve) Ix arivrraTe Domini. Gloria in excelsis.… Nous lisons ou 
saint servise.. (Manque dans Boucherie ; 13314, fol. 81.) 

ol. 115 vo) IN ciRCUMCISIONE DomiNi. Posiquam inpleti sunt dies octo... 
Seignors, icest jour est Le premier jour de l'an... (Boucherie, p. 30; 13314; 
fol. 9) 

A partir d’ici jusqu’à la fin les sermons se suivent dans leur 
ordre régulier, comme dans la plupart des autres mss. (notam- 
ment comme dans le ms. 13314). Il manque un feuillet entre 
les fol. 125 et 127, puis entre 126 et 127, puis encore entre 130 
et 131, et enfin entre 131 et 132. Remarquons en outre que les 
premiers morceaux du recueil de Maurice de Sully, à savoir le 
Sermo ad presbyteros, V'explication du Symbole des apôtres et 
celle, plus étendue, de l’oraison dominicale (Boucherie, pp. 1-17) 
font défaut dans le ms. de Chartres. 


Je ne décrirai pas présentement les mss. de Paris Bibl. nat. 
fr. 6447 ct 24862, ayant le projet de le faire plus tard en une 
autre occasion. Mais je donnerai quelques renseignements sur 
le ms. de Pise. 


Manuscrit du séminaire de Pise. Ce manuscrit, qui est daté 
de 1288, comme on le verra plus loin, se compose de douze 
cahiers de parchemin, contenant chacun quatre feuillets doubles, 
sauf le dernier qui en a cinq. Les cahiers sont numérotés en 
rouge, au bas de la première page. Le ms. n'est pas paginé, ou 
du moins ne l'était pas lorsque je l'ai examiné il y a une dou- 
zaine d’années. On lit au commencement la note suivante, écrite 
à la fin du xv* siècle ou au commencement du xvr* : « Iste liber 
est conventus Sancte Katerine de Pisis, ordinis Predicatorum. » 

11 contient quatre ouvrages ou opuscules : 


toscan d’un traité allégorique attribué À 
nchuminciano li .xxx. gradi della celestiale 


I. La traduction e: 
saint Jérome : Qui 
isschala. 

A la fin (à l’avant-dernier feuillet du troisième cahier) on lit 
cet explicit : 








Explicit liber dei trenta gradi de la celestiale scala e dei due lati, che sancto 
Jeronimo fece a salute de l'anima. Deo gratias. 
Taddeus me seripsit in carcere Januentium meclxxxviiÿr. 








1. Ces mots sont en rouge. 











LES MSS. DES SERMONS FRANÇAIS DE MAURICE DE SULLY 187 
I portiers, nen issi hui moines, ne vous ne connois je mie pour moine de 
chaïens. Li bons hom fu tous esbahis, si respondi : Faites moi parler au 
portier; si nomma .j. autre portier. Et cil li dist : Chaïens n'a portier se 
moi non. Vous me samblés hom ki ne soit mie bien en son sens, ki vous 
faites moine de chaiens; je ne vous vi onques mais, — #Si sui, dist li bons 
hom. Dont n'est çou li abeïe saint cestui? Si nomma le saint dont li abeïe 
estoit. — »Oïl, dist li portiers. — Dont sui je, dist li preudom, moines de 
chaiens. Faites moi venir l'abé et le prieus (sie), si parlerai a els. #Li abes et 
Ii prieus vinrent a la porte, et quant il les vit, si ne les conut pas ne il ne 
conurent mie lui. 


Famille À. -— Chartres 333, fol. 124. 


* Il fut .j. bons hons de religion qui sovent pria Dieu en ses oroisons que 
Ii demostrast aucune chose de la beauté et de la douçor et de la joie qu'il 
estoie a ceuz qu'il aime #.+ Et Nostre Sires l'en oï, car si come ili (sic) fut une 
foiz assis en une ajornée en cloistre touz ceuz (si), si li envoia Dex .j. ange 
en samblance d'oysel; si assist devant lui. # Et si com il esgarda cel ange, 
que il ne cuidoit pas que ce fust ange, ainz quida que ce fut .. oysel, si i fischa 
si son esgart en la beauté de lui qu'il en oblia quan qu'il avoit veü ça en 
arrieres, 4 Mës quant il le vit près de lui, si s'en vola l'oysel .j. poi plus 
arrieres. 5 Que vos iroi ge lonc conte fesant? L'oysel trait tant le bons hons 
emprès lui qu'il estoit a vis au bone (sie) homeb qu'il estoit en .j. bois hors de 
s’abbaïe ; 6et, si comme il estoit a vis au bon home qu'il estoit si près de l’oisel 
comme por lui prandre, lors si s'en vola l'oysel sor une arbre, ? et commença 
Si trés doucement a chanter c'onc li bons hons si douz chant n'avoit oï. # Si 
se tusté et esgarda la beauté de cet oysel et escouta la dougor de son chant si 
ententivement qu'il en oblia toutes les choses terrienes. » Et quant l'oisel ot 
tant chanté comme a Deu plost, si basti (sie) ses esles, si s’en vola, et li bons 
hons commença à reperier a lui meismes, a l'ore de medi. “Et quant 
il fut repariez a soi meïsmes si dist : Diex! je ne dis hui mes hores. 
Comment i recoverrai ge huimès? #Et quant il regarda s'abbaïe, si ne 
se reconoissoit point, ainz li sambloient toutes les choses bestornées. ** Hal 
Diex, dist il, ou sui je ? Dom n'est ce m'abahie dom je issi unst (sie, ls. ui) 
matin ? Vint a la porte, si apela le portier. #4Le portier vint a la porte, et 
quant il vit le bon home, si ne le conust pas. Si le demanda qui il estoit et 
que il demandoit. "5Je sui, dist li bons hons, moine de laianz, si voil laienz 
entrer. — ‘Vous, dist le portier, n'estes moines de çaienz, et se vous en 
estes quant en issites vous? — ‘’Hui matin, si voil laianz entrer. — ‘De 
aienz, dit H portier, n'issi hui moine, 1Lors fust (sic)li bons hons touz esbahiz, 

















a. Comme dans le ms. 124 de Poitiers. Il faut qui Paiment. 
b. Il manque ici quelques mots. 
€. Cor. s'estut. 











LES MSS. DES SERMONS FRANÇAIS DE MAURICE DE SULLY 191 


assez pénible, à cause du grand nombre des manuscrits. Il ne 
faut cependant pas en exagérer la difficulté. Je ne pense pas 
qu'il soit nécessaire de collationner toutes les copies, ni surtout 
d’en extraire toutes les variantes. Ce serait se condamner à un 
travail fastidieux et bien inutile. Un triage fait avec critique 
permettra de mettre à part quelques bons exemplaires à l’aide 
desquels il sera possible de reconstituer un texte très voisin de 
l'original. 
Paul Meyer. 


NOTICE SUR LE MANUSCRIT 1727 193 


Se vous peussiez endementiers 
Dormir pour moy a souffisance. 


Caron II élimine endementiers qui était archaïque et remanie 
de la façon suivante : 


Volentiers pour vous je veillasse, 
Bel amy, a vostre plaisance, 

Se vous peussez, en celle espace, 
Dormir pour moy a souffisance. 


Caron I [Belle dame sans merci] : 


Contre vous desdaing ne attayne 
N'e[us] je onc, ne ne vueil avoir. 


Caron II corrige, sans doute à cause du mot vieilli affayne : 


Oncquez desdaing, chose certaine, 
Contre vous ne voullu avoir. 


Caron I [Livre des quaire dames] : 


Si alay tout seulet ainsi 

Que l'ay de coustume, et aussi 
Marchy l'erbe poignant menue 
Qui toute la tente [lis. : terre] tissi 
Des estranges couleurs dont cy 
Long temps l'iver ot esté nue. 


Caron Il: 


Si alay tout seulet ainsi 

Que l'ay de coustume, et aussi 
Marchy l'erbe poignant menue 
Qui mist mon cueur hors de souci, 
Lequel avoit esté transsi 

Long temps par liesse pardue. 


Caron I [Hôpital] : 

- Quant ce conseil en moy senty, 
Quoy que guerir ne me pouoie, 
Vint ce medecin tres genty, 
Espoir, que voluntiers ouoye. 


Caron II corrige : 


Je receu ce conseil subtil, 
Quoy que guerir ne me pouoie, 
Lors vint ce medecin gentil, 
Espoir, que voulentiers ouoye. 
Romsnis, XXII 


5 











198 A. PIAGET 


Dangier. Comme ilallait s'éloigner, la mort dans l'âme, Amour 
eut pitié de lui : 

Combien qu'ainçoiz que de la m'en alasse, 

Se consenti Amours que je besasse 

L'escorsse au bas du grosset de la masse 

De ce doulx pain (sie) ou puiz ne poz actaindre. 

Le baiser donné, l’amoureux s'éloigne, et perdu dans la foule 
ne se lasse pas de contempler « l'arbre de liesse ». Quant au 
« doulz fruit » du pin, il est placé si haut et si bien gardé par 
Honneur et Dangier, que nul homme jamais n’en a pu goûter. 
Le nombre est grand déjà de ceux qui ont perdu temps et peine 
à vouloir le prendre, 





Les ungz venans a chiere humble et couarde 
Et les autres pour ce que plus leur tarde 

A get de braz, a trait de fleche ou darde, 

A feu d'engin, pour feuille et fust esprandre. 


Ils ont dû bien vite renoncer à leur folle entreprise, sans avoir 
pu ni casser les branches, ni entamer la tige, ni brûler les 
feuilles. 11 n’en allait pas de même pour tous les sapins de la 
forêt. Combien avaient perdu fleur, feuilles et même fruit! 
Notre amoureux espère cependant qu’un jour viendra où son 
pin sera moins inaccessible. 


Tous les rubins de Troye et les balaiz 
Et les tresors de Lyon : le palais, 

Ne qu'en mer sont de la jusqu'a Calaiz 
Ne me feroient le mectre? a non chaloir 


Car plus me plaist et plus me peult valoir 
Penser a luy de bon loyal vouloir 

Que: tout l'empire, et en fusse ja l'où 
Qu'en luy seul sont mes jeux, mes riz et glaiz. 





Puis le poète nous raconte comment un orage épouvantable 
est venu saccager la forêt « sans per ». 
Mais oncques puis que [ce] beau cas m'avint 








1. C'estä-dire ion. 
2. Ne Le feroient me metre, 
3. Qu'em. 


NOTICE SUR LE MANUSCRIT 1727 199 
A depuis fait en la forest l'orage 
Que si grant n'ert maiz veu de nostre aage, 
Car elle a mis a sang et a oultrage 
Le hault vassel d'aguet et d'envaye, 


Puis tous occiz par loups plains de haye 
Les forestiers et la forest trahie, 

(Dont toute France est en dueil esmaye), 
Ore habitee a honte et a dommage, 


Dehors lion, leu et liepart rentage, 
Qui ja l'ont mise a butin et partage, 

Ne fust le cerf qui atient l'eritage 

Que Dieu maintient pour faire aux bons aïe, 
Dont (puis) ung lion et [ung] liepart la vie 
Y ont perdu par glaive et plains d'envie ; 

Et ceulx en fin qui foy leur ont plaivie 

Y lerront tous la char ct le plumage. 


Bien doit chascun plaindre ce lieu notable, 
Prins des maulvaiz, des bons inhabitable, 

Car maint sapin, [maint pin], maint bois portable 
Y ont perdu fueille et fruit, seve et fleur, 

Par l'oultree cruaulté intractable 

Du vil mauvaiz bestial pou estable, 

De jour en jour, pour ce cas veritable, 

Mort et mal mis en tristesse eten pleur. 


Mains vraiz amans, a grant peine et douleur, 
S'en sont yssuz, sans riens traire du leur, 

Et maint, a tort et soubz faulce couleur, 
Destruit par mort villaine et diffamable. 


Le doulx hault pin sur tous autres triable 
A moult grant force et par gent anuiable », 
Avec{ques] lui maint gent sapin fiable, 

En fu(sX hors trait ct mains boiz de valeur. 





Quant à l’amoureux, il put s'échapper « par sort moult 
increable », et depuis lors il a fait tous ses efforts, mais en 
vain, pour rejoindre son « doulx pin ». 

Ce tresdoulx arbre ou je pense a toute heure 
Fait voirement son assiete et demeure 





1. Amyable, 


200 


A. PIAGET 


En lieu loingain, dont souvant mon cueur pleure 
Quant je pense que repairer n’y puis. 





Entre haulx mons que vent n'est qui n'y cueure 
Bouc au dessoulz, neige et gresil desseure, 

Pres de la mer, entre gent qui labeure, 

De langue estrange, a corps lours et maulduiz. 


Mis il n’est pas facile « sans lettres et bons conduiz » d'aller 
dans ce pays lointain; aussi notre amoureux n’a plus qu’une 
chose à faire : attendre avec patience et s’en remettre à Fortune, 


Nature et Amours. Voi 


la fin: 





Or vueille Amours de sa grace enterine 
Moy regarder de son regard benigne, 

Dont il sait! [bien] faire a ses esleuz signe 
Quant il les veult de ses biens pourveloir; 
Et Fortune sa face femenine 

Et sa dextre dont ses cüreux signe 

A ceste foiz sur moy tourne et encline 

Si: qu'il m'en peult de tant mieulx escheoir; 
Et Nature face aler et ve Joir, 

Parler, oyr, et penchier et cheoir, 

Le tresdoulx pin si qu'il vueille asseoir 
Sur moy sa fleur dont la doulceur m'espine, 


Ou sa feve qui ma grief soif tresmine+; 

Maiz se du fruit dont sentys la racine, 

Que plus desir de tant qu'en suis mains digne, 
Il peult sur moy quelque doulx grain cheoir, 


Si chierement et sans m'y mescheoir 

De langue ou d'œil n'en ma faulte encheoir 
Le garderay comme il y doit cheoir 

Toute ma vie; et atant mon dit fine. 


Le poème est suivi des vers suivants qui, si l'on en croit 
maître Jean Chastel, apprennent aux lecteurs le nom du « doulx 


pin » : 





reve 


. C'est-à-dire fermine. 








NOTICE SUR LE MANUSCRIT 1727 


Voici le commencement : 


1. Trouve. 


2. Miens. 


Uk vueil ung livre commencier 
Et a ma dame l'envoyer, 

Ainsi que je lui ay promis, 

Ou serontitous mes faiz escripz, 
Non pas tous, maiz une partie 
Diray de ma mellencolie. 
Amours, par vostre bon vouloir 
Vous a pleu moy faire savoir 
Que je choisisse une maistresse. 
Choisy l'ay plaine de jeunesse, 
De biens, de beaulté accomplie, 
De doulceur(s) et de chiere lie. 
Son regard est doulx a merveille. 
Sur toutes est la non pareille. 

Et pour ce l'ay voulu choi 
Esperant que deusse advenir 

Au haultain bien des amoreux. 

Maiz trop me trouvay.! angoisseux 
Par hardement de trop parler ; 

Car dit luy ay tout mon penser, 
Cuidant qu'il m'en deust estre mieuls. 
Mais Reffuz le tresennuieulx 

Est contre moy de sa puissance, 
Dangier d'autre costé s’avance 

Et y est quant g'y doy venir; 

Lors ne sçay je que devenir. 

Quant 2 elle cuide parler 

Emprés elle huche Dangier, 

Et Refuz est d'autre cousté : 

En ce point suis je gouverné ; 

Adoncq je n'ose plus mot dire. 

Mais plus me plaist son escondire 

Que d'avoir tous les autres biens 

Du monde qui point ne sont siens ?. 
Jusqu'a la mort la vucil servir 

Et toutes errieres bannir 

De moy pour elle seulement. 

Sien en vueil estre ligement 

À la servir de cuer et d'ame 





203 





NOTICE SUR LE MANUSCRIT 1727 205$ 


Douleur m'assault et me guerroye; 
De desespoir suis en la voye, 


se retrouve dans le manuscrit de Westminster Abbey qu'a décrit 
M. Paul Meyer dans le Bulletin de la Société des anciens textes 
(875, p. 30). Une lettre en prose, mais sans grand intérêt, 
est adressée par Grandson « au sire [Jehan] de Cornoaille ». 
Le poème se termine dans le manuscrit 1727 par le rondel 

suivant : 

Celle qui est belle, doulce et plaisant, 

Toute bonne, des autres non pareille, 

Vostre renom m'a tout emply l'oreille, 

Mes yeulx ne voient que vous que j'ayme tant. 

Desir me va nuyt et jour atisant 

Et me dit : Ayme, car je le te conseille 

Celle qui est belle, doulce et plaisant. 

Et puis qu'Amours a qui suis obeissant 

Veult que du tout a amer m'apareille 

J'aymeray tant que ce sera merveille 

Et serviray son honneur a croissant, 

Celle qui est belle, doulce et plaisant, 


14. Fol. 124 v°. Complaincte d'amours et responce faicte par 
maistre Alain Charretier, secretaire du roy. — Fol. 130. 


Belle que: bon renom et loz 
Font saige de tous appeller. 


C'est le poème imprimé dans l'édition Du Chesne, pp. 684- 
694, sous le titre de Complaincte d'amours et response. Pierre Le 
Caron l'avait intitulé : Comment l'amoureux deprie sa dame et est 
fort repugnant a la belle dame sans mercy selon maistre Alain. 

J'ai depuis longtemps réuni quelques notes, que je publierai 
un jour, sur la Belle dame sans merci et les nombreux poèmes 
qu’elle a plus ou moins directement inspirés. La Complainte 
d'Amours se trouve dans un grand nombre de manuscrits sous 
les titres de La Belle dame a mercy, La Belle dame qui eut mercy 
de son amant, Complainte d'amant a amye. On en possède plu- 
sieurs éditions gothiques :. 





1. Qui. 
2. Voy. Montaiglon et Rothschild. Reueil, XI, 193. 








208 A. PIAGET 


notre manuscrit, quelques vers de ce « gentil poeme » dans 
ses Annolations sur les œuvres de maistre Alain Chartier, p. 820. 
23. Fol. 189-189 vo. 
{BJonnes gens qui en ce monstier 
Venez chascun jour pour prier, 
Pour Dieu, ne vucillez oblier 
Les trespassez.… 


Cinquantc-neuf vers du petit poème connu sous le titre de 
Lais des trépassés. 

Le manuscrit que je viens de décrire est, comme on a pu 
s'en rendre compte, important pour l’histoire des œuvres 
d'Alain Chartier. André Du Chesne l’a éu constamment sous les 
yeux; il en a publié deux rondels et deux poèmes qui ne se 
trouvent pas dans les anciennes éditions : la complainte du 
Sénéchal d'Eu et le Traité de Baudet Herenc. Quant aux addi- 
tions ct corrections de tous genres apportées au texte de Galliot 
du Pré, il est inutile d’en faire ici la liste. Ouvrez l'édition de 
Du Chesne, vous verrez presque à chaque page, dans la marge, 
de nombreuses variantes et cette petite note, souvent répétée : 
Adjousté du ms. 

En face du Rérime de Fortune, p. 710 de l'édition, on lit : 
Cette pière et les deux suivantes ne sont point au ms. duquel nous 
nous sommes avez en la presente édition. Du Chesne fait la mème 
remarque pour l'Hépital d'amour et la Pastourelle de Grandson. 


Arthur Pacer. 


L'ARTE MAYOR ET L'HENDÉCASYLLABE 


DANS LA POÉSIE CASTILLANE DU XVe SIÈCLE ET DU 
COMMENCEMENT DU XVIe SIÈCLE 


I 


Pour élucider les origines du vers d’arte mayor, il faudrait 
exposer en détail l’histoire du décasyllabe dans la poésie portu- 
gaise et castillane. Ce n’est pas ce que je me propose de faire 
aujourd'hui. Je prends cette forme rythmique à son apogée, 
vers le milieu du xv° siècle, notamment chez Juan de Mena 
qui l’a consacrée dans son poème intitulé E/ Laberinio ou Las 
Trecientas, et la conduis jusqu’au moment où elle cède la place 
à l’hendécasyllabe italien. 

Le vers que les poètes ou les prosodistes castillans du xv° siècle 
ont appelé vers d’arte mayor, et que les Espagnols nomment 
maintenant dodécasyllabe, est, comme l'ont très bien vu Clair 
Tisseur et Stengel', le correspondant exact d'un de nos types 
de décasyllabe : le décasyllabe « césuré à cinq », plaisamment 
désigné par Bonaventure Des Périers, dans son Caresme prenant, 
sous le nom de taratantara. Il y a en effet identité rythmique 
absolue entre ce vers français du xmr* siècle 





Arras est escole | de tous biens entendre 
et le premier vers des Trecientas de Juan de Mena 
Al muy prepotente | Don Juan el Segundo, 

et quant à la dénomination différente de ce vers dans les deux 
langues, elle tient uniquement, comme chacun sait, au système 
de numération des syllabes, oxytonique en français, paroxyto- 
nique en castillan. 

Le propre de ce déca- ou dodécasyllabe — que je nommerai 





1. Modestes observations sur l'art de versifier, Lyon, 1893, p. 68. — Stengel, 
Romanische Verslebre, $ 74 (Grundriss der romanischen Philologie, 1, 1, p. 36). 
Romanis, AXUI 14 

















L’ARTE MAYOR ET L'HENDÉCASYLLABE 215 


semblable dans l'espèce l'influence de la musique, c’est que la 
coupe atonique ne se rencontre pas Ou ne se rencontre que 
rarement dans les compositions en arte mayor destinées à être 
lues. Ainsi je ne trouve aucun exemple de cette césure dans les 
extraits de la Tribagia (ou récit de voyage à Jérusalem) de Juan 
del Encina reproduits dans l’Ensayo de Gallardo (I, 819-820). 
Il semble aussi qu’il n’y en ait guère non plus dans le poème 
sur la Fortune de Pero Guillen, à en juger du moins par les 
extraits qui se lisent dans le même Ensayo (III, 147), et l’on 
en chercherait peut-être en vain dans la Practica de las virtudes 
de los buenos reyes d’España en coplas de arte mayor, par Francisco 
de Castilla, Murcie, 1518. Voici une strophe célèbre de ce 
poème : 
El gran rey don Pedro quel vulgo reprucua, 

por selle enemigo quien hizo su historia, 

fue digno de clara y famosa memoria!, 

por bien qu'en justicia su mano fuc seua. 

No siento ya como ninguno sc atreua 

dezir contra tantas vulgares mentiras, 

daquellas jocosas cruezas € yras 

que su muy viciosa coronica prueua. 


Enfin certaines coplas de arte mayor de Fr. Iñigo de Mendoza, 
que me fournit toujours l’Ensayo de Gallardo (III, 764) et dont 
les hémistiches riment entre eux, respectent sans exception la 
formule $ + 5 : 

Con pena ÿ euydado | Continuo guerrco, 
Sin consolacion, | Con poca esperanza, 
Esto condenado | Del mal que poseo, 
Cativo y burlado | Con triste desco, 

Con grave pasion | De pena y tardanza, etc. 


Quand je disais tout à l’heure que les prosodistes castillans 
n’ont pas parlé de la coupe atonique, je disais vrai en ce qui 
concerne tous ceux que j'ai mis jusqu'ici à contribution, sauf 
le plus ancien, Encina, qui, lui, a noté cette particularité, mais 
d’une façon peu claire : « Mas porque en el arte mayor, » écrit 
Juan del Encina, « los pies (les vers) son intercisos, que se 
pueden partir por medio, no solamente puede passar una sillaba 





1. Exemple d'enjambement comme on en trouve aussi dans Mena. Voir 


plus bas, 





L'ARTE MAYOR ET L'HENDÉCASYLLABE 217 


nous-mêmes, que dans Juan de Mena presque tous les vers qui 
nous offrent la formule 445$ au lieu de 5 +5, commencent 
par une syllabe accentuée. Voici, par exemple, la strophe XX 
des Trecientas où je note ces vers en caractères italiques : 


Luego resurgen tan magnos clarores 
Que hiren la nube dexandola enjuta, 
En partes pequeñas asi resoluta 
Que todo la fazen volar en vapores ; 
Y est en el medio cubierta de flores 
Una doncella tan mucho fermosa 
Que ante su gesto es loco quien osa 
Otras beldades loar de mayores. 


Quatre vers sur huit présentent la formule 4+5 et chacun 
commence par une syllabe accentuée : Luego, Una, Qu'ante, 
Otras. Dans les autres, au contraire, le premier accent porte 
sur la deuxième syllabe, et il en est ainsi généralement dans les 
strophes qui ne contiennent que des vers normaux ($ +5); 
entre autres, dans celle-ci, qui est la XXII: : 


Respuso : no vengo a la tu presencia 
De nuevo, mas antes soy en todas partes ; 
Segundo, te digo que sigo tres artes 
De donde depende mi gran excelencia. 
Las cosas présentes ordeno en esencia 
Y las por venir ordeno a mi guisa, 

Las fechas revelo ; si este te avisa, 
Divina me puedes Ilamar Providencia. 


De toutes façons l” « équivalence » d’Encina n’explique rien, 
pas plus que la remarque de Diez ou celle d’un prosodiste plus 
moderne encore, Bello, sur lequel je reviendrai, et qui nous 
parle de la « licence » qui consiste dans « l’omission de la 
première syllabe du premier hémistiche! ». Ce que constatent 
ces auteurs n'empêche pas que la présence d'un seul vers ainsi 
diminué, dans une strophe composée de vers d’arte mayor nor- 
maux, trouble absolument le rythme de la strophe, si l’on 
prétend faire porter l’accent principal du premier hémistiche sur 








1. Principios de lu ortologia y métrica de la lengua castellana, éd. M. A. Caro, 
Bogoti, 1882, p. 113. Les trois vers qu'il cite ont un accent sur la première 
syllbe. 



































L'ARTE MAYOR ET L'HENDÉCASYLLABE 229 


et d’autres encore. Afin de juger donc avec certitude des fautes 
qu’a pu commettre Mendoza, il est indispensable de consulter 
ce manuscrit et d'en relever les variantes et les corrections ; c’est 
ce que je vais faire pour la faute caractéristique qui nous 
occupe r. 

Il y a dans Mendoza des vers faux de diverse nature, trop 
courts ou trop longs, puis des vers mal rythmés en assez grand 
nombre. Je ne m'attache qu’à ceux qui ont conservé indûment 
en tout ou en partie Le rythme de l’arte mayor. 

Vers masculins : 


Que fueses tocado de sus santos pies (Knapp, p. 59) 
Como cuando mas tu vista me agradé ? (Kn., p. 60) 
Otro lanto bien quedando yo sin él (Kn., p. 63) 
Mueveme el deseo y ciegame la fe (Kn., p. 85) 

ANo tiene este tal en si que desear 3 (Kn., p. 106) 
Harän olvidar à los rios el correr 4 (Kn., p. 70) 


Puis quatre vers d’une églogue (la troisième dans Knapp) 
qui manque dans le manuscrit et qui pourrait bien n'être pas 
de Mendoza : 


Si Mcliso muere con tal sinrazon (Kn., p. 72) 

Y la causa entera de su gran pasion (ibid. 
Triste de Meliso, quien nunca pensé (Kn., p. 77) 
Cumplase, Señora, ya tu voluntad (Kn., p. 81) 


Vers féminins : 
Y de todo el bien de arriba ser dechado (Kn., p. 59) 
SE que no serd su bien durables (Kn., p. 63) 


Y jo diligente en condenarme € (Kn., p. 84) 
Tu vences y buclgas con mi muerte (Kn., p. 105) 





1. Je compte, un jour ou l'autre, publier une étude sur ce manuscrit qui 
fournit beaucoup de leçons à substituer à celles de l'édition de Knapp. 

2. Les vers cités en caractères italiques ont la 5e accentuée et sont en outre 
faux (trop longs ou trop courts dans la seconde partie du vers). 

3. Mais le manuscrit porte correctement : « No tiene el tal en si que 
desear, » 

4. Mais le manuscrit rectifie : « Hara olvidar los rios el correr. » 

$. Le manuscrit correctement : « Yo se que no sera su bien durable. » 

6. Le manuscrit correctement : « Y yo de diligencia condenarme. » 

7. Le manuscrit correctement : « Tu vences, mas no huelgas con m 
muerte. » 


L'ARTE MAYOR ET L'HENDÉCASYLLABE 231 


ont été plus loin, en ce sens qu'ils ont une fois de plus servile- 
ment copié les Italiens ; de telle sorte que la prosodie castillane 
n’est, à partir du milieu du xvi* siècle, qu’une simple adaptation 
de la prosodie itilienne, sauf (pendant un temps et dans cer- 
taines régions) pour qui concerne le traitement de l’h provenant 
d’une/f latine, la valeur des groupes fa, fe, lo à l'intérieur du vers 
et quelques autres menus faits. Mais cette question demanderait 
une étude spéciale que j'espère entreprendre quelque jour, à 
l'exemple des excellents travaux italiens de MM. Domenico de 
Pilla et Francesco d’Ovidio’, surtout de la dissertation de ce 
dernier qui a une base historique tout à fait solide. 


Alfred MoreL-FATIo. 





1. Domenico de Pilla, Simeresi, dieresi ed elisione, Florence, 1889. — Fran- 
cesco d'Ovidio, Dieresi e sineresi nella porsia italiana, Naples, 1889. 


LOCUTIONS POPULAIRES OU PROVERBIALES 233 


Le phénomène que nous décrivons se passe tous les jours 
devant nous : il est extrémement fréquent dans des locutions 
familières, voisines de l’argot, qui presque toutes affectent ou 
ont affecté d’abord un caractère plaisant. Parmi ceux qui disent 
qu'un candidat « a remporté une veste », qu'une cuisinière 
« fait danser l’anse du panier », combien en est-il qui se rendent 
un compte exact de la métaphore qu’ils emploient? La locu- 
tion enfin, ayant cessé d'être comprise, s’altère presque fatale- 
ment. Les folk-loristes s'étonnent souvent de voir répétés dans 
les chansons populaires, parfois durant des siècles, des mots 
que nul ne comprend plus, et qui, à force d’altérations, sont 
devenus de véritables monstres. A la vérité, nous n’agissons 
point autrement que les chanteurs populaires quand nous disons : 
«il y a belle lurette », « prendre mare pour renard », «je m'en 
moque comme de l'an quarante » ‘. Il est curieux de noter avec 
quelle rapidité s’accomplissent ces divers phénomènes, le 
premier surtout : il est telle de ces locutions, née pour ainsi 
dire sous nos yeux, dont le sens primitif est complètement 
perdu : c’est en vain que l’on demanderait au plus érudit 
des critiques de théâtre, au plus réfléchi des boulevardiers, de 
quelle métaphore ils entendent se servir en disant : « faire un 
four », « monter un bateau », « poser un lapin », « faire une 
gafle ». Cependant le premier qui a hasardé ces métaphores 
avait le sentiment qu'il serait compris, et ceux qui, en les 
accueillant par un sourire, en ont fait le succès, les comprenaient 
apparemment; et il est non moins certain que la création n’en 
remonte pas au delà de quelques années. Combien il faut 
déplorer la pruderie des lexicographes qui, sous prétexte que 
ces locutions ne sont point académiques, leur interdisent l'entrée 
de leurs répertoires, et privent ainsi la postérité d’explications 
qu’elle est presque toujours incapable de retrouver ! 














1. Qui sont, comme on le sait, pour de plus anciens : « il y a belle heu- 
rette » «prendre martre pour renard » « je m'en moque comme de l'Alcoran ». 
{ll y a, non plus altération de la locution, mais ellipse d'une de ses parties 
dans: « mener une vie de biton de chaise (à porteur) ; » « être étonné comme 
un fondeur de cloche (qui trouve son moule vide en le découvrant) » : « triste 
comme un bonnet de nuît sans coiife («le femme pour lui tenir compagnie; 
on dit même aujourd'hui « comme un bonnet de nuit » tout court), » etc.] 

G.P. 




















234 A: JEANROY 

Il semble qu’il y ait là un fait général : toutes les langues en 
effet offrent des expressions de ce genre; qu’il nous suffise de 
citer : 





en grec à7” 2vey nasamesety — être ivre; 

en latin suspendere naso — se moquer ; 

en allemand einen Korb geben — refuser quelque chose à quel- 
qu’un, ou le congédier ? ; 

en italien essere alle porte coi sassi — être à la veille, sur le 
point de; 

en espagnol pelar la oca = donner une sérénade à une jeune 
fille, ou avoir avec clle des entretiens nocturnes : 

ou encore melerse en la renta où en la bacienda del excusado = 
se mèler de ce qui ne vous regarde pas ?. 


11 semble que, dans toutes ces locutions, nous nous conten- 
tions — par nous, j'entends tous les hommes depuis des siècles 
— de ce que nous devinons de piquant et de hardi dans la 
métaphore qui est à leur source, sans nous préoccuper d’analyser 
notre impression, et que nous comptions sur la même complai- 
sance de la part de notre interlocuteur. Quelle belle matière 
pour l'ironie d’un Pascal que cette paresse de l'esprit qui se 
dupe lui-même pour s’éviter un léger effort, et tombe dans une 





1. Voy. Revue Critique, 1893, Il, p. 478. 

2. N'ÿ auraitil pas là une simple traduction d'une locution provençale ct 
française faisant calembour, dans laquelle naturellement le calembour se serait 
perdu et dont le sens se serait fortement altéré ? En provençal, faire panier 
signifie « tromper, jouer un tour », probablement par allusion au verbe ur, 
dérober, Voy. des exemples de cette locution dans Rambaut dé Vaqueiras 
(Lex. Rom., IV, 410) et Guiraut de Borneil, Cardailhuc, per um sirer 
v. 57. La locution se trouve aussi en ancien français (par ex. dans le Saint 
Nicolas de Bodel, p. 169) où elle ne peut guère s'expliquer que par un emprunt 
au provençal. Il faut reconnaitre pourtant que les Locutions « faire jonchière » 
C= tromper) en anc. français (voy. plus haut, p. 125, note 1) epa- 
gnol, « dar (recibir) calabazas » (= infliger (éprouver) un échec, semblent 
reposer sur la même métaphore et ne peuvent s'expliquer par le même jeu de 
mots. 

3. Elexeusado doit être « le privilégié dispensé des taxes ». Laloc 
ficrait, en parlant de l'homme du peuple, astreint à les payer 
sources de la fortune du privilégié », par extension, « se mêler d'af 
ne Le regardent pas ». 




















n signi- 
quérir des 
es qui 





uses 





LOCUTIONS POPULAIRES OU PROVERBIALES 235 


ridicule contradiction en s'amusant d’une plaisanterie qu’il ne 
comprend plus! Mais nous n’avons déjà que trop insisté sur ces 
considérations : nous ne voulons ici que proposer, pour trois 
expressions de ce genre, une explication qui nous paraît assurée. 


[. — CROQUER LE MARMOT 


Il est à peine besoin de démontrer qu'aucune des explications 
proposées pour la locution « croquer le marmot » n’est satis- 
faisante. Elle est venue, dit Furetière ‘, « de ce que les compa- 
gnons peintres, quand ils attendent dans ur vestibule, s’amu- 
sent à faire sur les murailles le croquis de marmots. » Mais il 
est évident que les « compagnons peintres » n’ont pas plus sou- 
vent que d’autres l’occasion d'attendre dans les vestibules, et 
que ce ne sont point nécessairement des marmots qu’ils y 
croquent sur les murailles, si tant est qu’ils y croquent quelque 
chose. Plus insoutenable est l'explication de Boucherie, 
suivant lequel la locution viendrait de la fable où la mère 
promet de donner au loup l'enfant qui crie : en cffer, si le 
loup parvenait à croquer le marmot, il n'aurait plus rien à 
attendre, et ainsi cette locution qui marque l'attente devrait 
désigner au contraire la satisfaction éprouvée par quelqu'un 
qui n’a point attendu en vain. Une explication un peu plus 
vraisemblable 3 consiste à y voir une « allusion aux amants 
morfondus qui, faisant le pied de grue à la porte de leur 
maitresse, se consolaient à baiser le marteau de la porte, 
sculpté en marmot grotesque ». Mais les amants en question, 
s'ils baisent le « marmot », ne vont pas jusqu’à le croquer. 

La véritable origine de la locution nous semble apparaître 
évidemment dans ces lignes par lesquelles débute une pièce facé- 
ticuse du commencement du xvur siècle, Les Estrennes du Gros 
Guillaume à Perrine, présentés aux dames de Paris et aux ama- 
teurs de la vertu + : « Estant ces jours passez proche voisin de nos 





1. Dans Littré, à croquer, n° 5. 

2. Dans Littré, à marmot. 

3. Elle est citée sans nom d'auteur dans la note de M. Ed. Fournier dont 
il va être question (p. 236, n. 3). 

4. F'ariétés bistoriques et litéraires, tome IV, p. 229. Si cette pièce avait été 
primitivement en vers, comme on pourrait 1e conjecturer d'après quelques 
passages, on aurait le droit de la faire remonter au moins un siècle et demi 
plus haut. 











LOCUTIONS POPULAIRES OU PROVERBIALES 239 


en anglais. Le mot, disions-nous plus haut, paraît se rattacher 
à la racine minimus: il en serait tiré par l'intermédiaire 
d'un adjectif marmous, qui a disparu du français, mais qui se 
retrouve comme substantif en provençal moderne (voy. 
Mistral) et en breton, avec le sens de « singeï ». Cet adjectif 
a naturellement suivi dans son évolution marmot et a donné 
naissance, cette évolution étant déjà commencée, non seule- 
ment au substantif murmousel, mais au verbe marmouser : il 
est remarquable en effet que celui-ci comporte, ainsi que ses 
nombreux dérivés, une idée de grimace. M. Godefroy, il est 
vrai, traduit marmouser par « marmotter entre ses dents », et le 
mot(ou des formes altérées du mot) a ce sens dans divers patois. 
Mais l’acception primitive est bien « grimacer, faire une figure 
renfrognée, contractée par le chagrin où l'ennui ». De là à « se 
courroucer », il n'y a pas loin. Ce sens est très clair dans les 
exemples de Greban et de Jean Michel, cités par M. Godefroy ». 

Il ne l'est pas moins dans les divers dérivés : marmouserie, 
dans les exemples donnés par M. Godcfroy, signifie « tristesse, 
mélancolie », et Cotgrave le traduit par frengie, melancholy; mar- 
mousement, dans les trois exemples du Dictionnaire, est associé 
à menues pensées, À pensement et à soucy. On comprend que ce sens 











1. « Le breton marmous, veut bien m'écrire mon collègue et ami M. E. 
Ernault, est certainement d'origine française, bien qu'il aît passé au gallo dans 
l'expression injurieuse marmous bras (voy. Revue celtique, V, 219). Le mot 
existe aussi en vannetais. Le plus ancien texte à moi connu où il se trouve 
«st le Nomenclutor de 1633, p. 34, où « Singe » est rendu par vr marmous, 
mounis, mouns, sing, 1 n'a pas cessé d'être en usage depuis. Mon avis est aussi 
que le breton marmous suppose un français marmous ; le suffixe semble être 
sus (ef. mon Glossaire moven-brelon, s. +. libonicg dans les Mémoires de la 
Sac. de Ling., VII, 385); oux en est la forme en haut-breton ou gallo, mais 
sans doute aussi en d'autres langages populaires. L'argot en fait un grand 
usage (ef. Revue celtique, XIV, 277) : ily a un mot marmouse = « barbe », 
que les argotiers ont pu tirer du verbe français marmouser, mais qui, par sa 
forme, pourrait bien être aussi le féminin de votre marmous. » Je pencherais 
plutôt vers la première explication : c'est murmouser qui aura entrainé mar 
mouse, sur le modèle de harhter dérivé de are (voy. plus bas, p. 240, n. 1). 

2. Ce sens à dû disparaître de bonne heure: il n'est tout à fait assuré dans 
aucun des exemples cités par Godefroy. 

3. C'est au Dictionnaice de M. Godefroy que seront empruntés tous les 
exemples cités sans indication spéciale. 























242 A+, JEANROY 


cause la faim. Mais on ne dit point quand on a faim et qu’on 
ne peut manger : « Je me brosse le ventre »; on dit à quelqu’un 
à qui on refuse ce qu'il demande : « Vous pouvez vous brosser 
le ventre. » L’espagnol possède une locution qui repose sur la 
même métaphore et explique la nôtre : un personnage d’un 
roman de M Pardo Bazan ‘ auquel l’auteur prête un langage 
imagé mais trivial, voulant dire qu'il irait volontiers à Madrid, 
mais qu'il n’a pas les moyens de satisfaire cette fantaisie, s’ex- 
prime ainsi en se parlant à lui-même : « Puedes limpiarte, Serafin, 
que estäs de huevo », c'est-à-dire : « tu peux te nettoyer, car tu as 
mangé de l'œuf » et par conséquent « tu n’en auras plus»; 
ou, end’autrestermes : « secoue ta serviette, ton repas est fait ». 
Dire à quelqu'un : « Vous pouvez vous brosser le ventre », 
c’est donc lui dire qu’il n’a plus rien à attendre. Cette locution 
enferme en même temps une sorte de consolation ironique : 
en conseillant à son interlocuteur de faire ce qu’il ferait s’il 
avait mangé, on l’exhorte à essayer du moins de s’imaginer 
qu'il a mangé. 
(4 suivre.) A. Jeanroy. 





1. Una cristiana, Madrid, s. d., p. 116. 




















250 MÉLANGES 

et les quatre premiers vers de la str. IV, avec la fin du v. 4 de 
la strophe III et le commencement du v. 5 de la str. IV. Cette 
lacune existait dans l'original de O et de » : O paraît avoir 
reproduit cet original tel quel, » a maladroitement essayé de le 
corriger en lisant J’ai menti pour Je n'ai pas menti de façon à 
obtenir un vers de sept syllabes en aigne. 

Les recherches que M. Servois a exposées dans l'introduction 
de son édition permettent de fixer avec une quasi certitude 
à lan 1200 la composition de Guillaume de Dole. Une chanson 
dont un couplet y est inséré est donc sûrement du xr° siècle. 
A ce titre et aussi pour montrer comment l’auteur de ce poème 
citait le texte des chansons qu’il rapportait sans doute de 
mémoire, j'ai pensé qu'il était bon d'imprimer celle-ci. En elle- 
même, elle n’offre qu’un faible intérêt et ne s'éloigne pas des 
lieux communs ordinaires de la poésie lyrique courtoise. 


1 Mout ai demoré 
Que j'aie chanté 2 joie 
Au doux tens d'esté 
Autresi com je soloie 
Ms une amor me desvaie 
Et tient esgaré, 
Ou j'ai mon pensé 
En quel lien que onques soie. 8 





u Sovent ai ploré 
Dou talent que j'en avoie, 
Ex plus desiré 
Qu'entre ses douz bras n'estoie; 12 
Si vu! bien que l'en me croïie, 
Que j'ai mon 26 
Loïaumen: amé 
Que nule rien n'en disoie. 16 








Variantes. Je désigne par v les trois mss. KN X quand ils sont d'accord. ce 
qui est presque toujours Le cas; je ne relève pas les différences insignifiantes 
de graphie. Je me reproduis pas pour 1 La leçon de Gurfisume de Die. 

I. 5 O amours me gueroie — ; © » Ou jai mis tout mon pense — 
8 O » En quel que lieu (O N leu. X leuc) que je soie 

IL. 10 O que je mauoie, X que en auoie, N Dun £. que iauoie — 
12 O ses. Il. braz — 13 Oquele me cr., KX men cr. — 16 » ne d., KX riens 














UNE CHANSON DU XII° SIÈCLE 251 
Il Dès qu'il est ensi, 
N'est pas drois que je me plaigne : 
Je n'ai pas menti, 


Qu'ele ne. igne 20 








aigne 24 
IV 
aigne 
: .ne me daigne; 28 
Et si sui gari 
D'estre son ami, 
Se li plaist qu'o li remaigne 3 
v Dame, mon talent 


Vous dirai sans decevance : 
Par un beau semblant 
M'avrez geté de pesance; 36 
Qu'ains emperere de France 
N'ot joie si grant. 
Hél las, por qu’en chant? 
Mont m'en a la remanbrance. 40 


G. P. 


JEU PARTI ENTRE MAISTRE JEHAN ET JEHAN BRETEL: 


J'ai cité plus haut (p. 134) un vers de ce jeu parti où figure 
le mot fristre au sens de « fil » ou quelque chose d’approchant. 
Ayant copié sur la copie de Sainte-Palaye (Arsenal 3101, f 356) 
cette pièce (Raynaud 203) qui se trouve uniquement dans le 





IL. 18 O om. je — 19 v Jai menti. — Les v. 20-28 sont remplacés dans © 
par quele ne me daigne ef dans v pur quele ne daigne; je suppose que tout ce qui 
ait entre les deux ne est tombé. 

IV. 30 O gariz (le vers esf sans doute alléré; peut-être y avait-il Me tieng a 
gari, la phrase dont ces mols faisaient partie ant commencée dans les vers qui 
manquent) — 32 N Si li, KX Sil li (K lui) 

V. 33 v talent — 35 v biau — 37 O vempereres 


1. Quand M. G. Raynaud donnera une nouvelle édition de son utile et 
méritoire Bibliographie des chansonniers français, il sera désirable que pour les 





JEU PARTI ENTRE MAISTRE JEHAN ET JEHAN BRÉTEL 253 
Qu'ele celui ne veut pas decevoir 
A cui de coi (ms. cui) qu'ele a fine ; 
Mais acatee amours par decevoir 
La conpaignie tost fine. 27 


— Muistre, chele n'aime pas a droit l'ame 

Qÿ de donner le paist sans li atraire : 

Autretant vaut conme tristres sans lame. 

Chele aime a droit ki li enseigne a traire FL 
Lés li et prendre manoir : 

Cil sema blanc, li autres sema noir, 
Qù de don sans plus estrine; 

Cil qui (plus) souvent puet aveuc li manoir 35 

À d'amour meilleur estrine. 

— Sire Jehan, a chou qu'avés dit la me 

Descort, qant pris avés la piour paire : 

K'ele samble l'image sus [la] lame 

Qÿ cuevre lait pour chou que il ne paire. 
Cil amis doit mieus valoir ai 





25 « A qui elle fait largesse de ce qu'elle a. » 

26-27 « Mais un amour acheté met bientôt, par tromperie, fin à l'union. » 

28 Sainte-Palaye remarque en note de a droit lame : « p. €. au figuré de 
droit fl. » Ce sens serait en effet très acceptable; mais peut-on admettre un 
lame masculin? Le dim. lamel (God.) ne suffit assurément pas à y autoriser. 
D'ailleurs, il faut au v. 27 un substantif qui soit représenté au v. 28 par le 
pron. le : ce substantif doit être l'ame, pris au sens de « la personne ». Le sens 
de ces deux vers serait donc : « Celle-là n'aime pas bien la personne qui la 
repalt de dons sans l'atrer auprès d'elle. » 

30 Sur les mots {ristre et lame voy. la note du v. 408 du Lai de la Rose (ci- 
dessus, p. 134). 

33 Cette métaphore dont je ne comprends pas bien le sens propre veut 
évidemment dire : « Celui-là a eu bon succès, l'autre, qui ne jouit (n’étrenne) 
- que de dons, a mal réussi. » 

37-38 La me descort, « je suis en désaccord sur ce point. » L'enjambe- 
ment est encore plus fort ici qu'aux v. 8-9 (mais moins qu'aux v. 48-49 si on 
les comprend comme moi) : ce sont des jeux, quelque peu forcés, des poètes 
déjà tout artificiels de l'époque et de l'école de Jehan Bretel. 

38 La piour paire, « le plus mauvais part. » On ne comprend pas bien 
l'emploi de paire dans ce sens : il semble que ce soient les deux partis entre 
lesquels le choix est donné qui forment une paire. 

39-40 « L'image taillée sur la pierre sépulerale et qui cache ce qu'il y a de 
laid au dessous. » 

















PIERRE CHASTELAIN DIT VAILLANT 259 


scrit de Turin. Après avoir, pendant quelques années, servi le 
bon roi René, Pierre Chastelain a cherché fortune à la cour de 
Charles d'Orléans. Dans son poème de l'Embüche, Vaillant — 
ce qui est significatif — prend René de Sicile, son ancien 
maître, comme arbitre du débat des deux sœurs. On ne peut 
pas alléguer des différences de style : ayant à répondre au poème 
en rimes équivoquées de Michaut T'illevent, Pierre Chaste- 
lain a composé lui aussi deux poèmes de même espèce ; et nous 
savons que ce genre n'était pas étranger à Vaillant. Le fond 
est le même : les récriminations de la ballade à Jacques Cœur 
concordent parfaitement avec les plaintes perpétuelles de Pierre 
Chastelain. 

Je me borne à cette simple note sur Pierre Chastelain, dit 
Vaillant, me réservant de revenir plus tard sur ce personnage 
original, tour à tour joueur de harpe, changeur, médecin, 
alchimiste et poète. 

Arthur PIAGET. 





























CESAREO, Sul} ordinamento delle poesie di Petrarca 269 

On voit qu'après tous ces travaux il ne restait plus grand'chose à 
faire, et que la question de la chronologie était déjà décidée. Toutefois nous 
regretterions que M. Cesareo n'eût pas fait son travail; car non seulement 
il résume tout ce qu'on avait établi avant lui, mais encore il étend ses 
recherches au manuscrit Vat. 3196, augmente les preuves, donne des idées 
personnelles, approfondit les questions ou en soulève de nouvelles, tout en 
présentant sur le Cangonisre d'intéressantes observations. Quelquefois, il est 
vrai, M. C. tombe dans des subtilités, provoquées en partie par l’objet lui- 
même qu'il s'était proposé d'examine: 

Il divise son travail en quatre parties : 

1° Histoire de la question, manuscrits et édition des poésies de Pétrarque, 
le Vat. 3195 et le Vat. 3196; 

2° Contenu du ms. 3196; 

3° Fixation de la date de composition d'un certain nombre de poésies, au 
moyen d'allusions historiques, d'apostilles ou d'indications directes sur 
l'époque de leur composition ; 

4° Conclusion sur la disposition des poésies dans le Cangoniere, c’est-à-dire 
dans le ms. 3195. 

1 ÿ 2, dans la première partie, une certaine contradiction. M. Cesareo, qui 
au cours de son travail n'est guère ménager du reproche de pédantisme et de 
subrilité envers MM. Pakscher et Appel, tombe dans la même faute. Il 
réunit force arguments pour prouver qu'il faut plutôt se méfier de la paléo- 
graphie pour le ms. 3196; après quoi il se sert de la même paléographie pour 
sa thèse et fait ce qu'il ne voulait pas permettre à ses prédécesseurs. 

Il trouve dans le ms. 3196 cinq types d'écriture : 

Modèle, pour le premier, le commencement de la canzone Nel dolce tempo, 
de l'an 1331. Sur ce type serait faite une série de feuillets contenant des 
sonnets, pour deux desquels j'ai pu relever les dates dans la liste de M. C. : 


Per mirar Policleto (1339-40) 
Ben sapev” io (1336-37). 


26 type: modèle feuille 15 re, les trois premières stances : 1346. D'après ce 
type sont écrits les feuillets 16 re (1337), 16 vo (1338). 
3° type, modèle Famil. XVI; comprend environ neuf feuillets, entre autres 


Ponmi ove’l (1342) 
Valle che de lamenti (1351). 


M. Cesareo voudrait rapporter ce type à environ 1353. 

4 type, qui, d'après M. Cesareo, flotterait entre les années 1349-1368-1374. 

5e type; modèle : les copies de la main de Pétrarque dans le ms. 3195 ; il 
comprend seulement quatre sonnets, qu'on ne peut pas dater. 

Comment peut-on tirer des résultats, pour la disposition des poésies, d’une 
écriture qui, d'après M. C., était la même en 1349, en 1368 et 1374, autre 


















































CHRONIQUE 


Le centenaire de la naissance de Frédéric Diez a été pieusement célé- 
bré dans un grand nombre de centres d'études de philologie romane; mais on 
a souvent, pour des raisons d'opportunité, avancé ou reculé la date (15 mars) 
où on devait le célébrer. L'université de Bonn, comme il était naturel, a 
une certaine solennité. C'est le 3 mars qu'elle avait choisi, 
en guise d'invitation, aux diverses universités d'Europe, 
ainsi qu'aux académies dont Diez avait été membre, une grande brochure 
de 35 pages in-Je, portant ce titre : FREUNDESBRIErE VON FRiEpricu Diez. 
Zur Feier des bundertjäbrigen Geburistages des Begründers der Romanischen Philo- 
logie FreoriCH Diez am Sonnabend, den 3. März 1894, um 11 Ubr Vormittags 
in der Aula lädt ein im Auftrag von Rekior und Senat der Rheinischen Friedrich= 
Wilhelms-Universität WenDeun Forrster. Nous dirons un mot tout à l'heure 
dela publication en elle-même. Le titre un peu obscur, où lädt ein était imprimé 
en caractères plus petits que les autres (la brochure était en plus enfermée dans 
une couverture en papier brun sans titre), n’a pas été partout, croyons-nous, 
compris comme une invitation à participer à la fête. Cette fête avait d'ailleurs 
un caractère d'intimité qui n'appelait guère de participation officielle, et, sauf 
les universités de Breslau et de Münster, représentées par MM. Appel et Andre- 
sen, les corps savants qui ont répondu à l'invitation l'ont fait par dépêches ou 
par lettres. Ils ont d'ailleurs été nombreux : l'université de Bonn a reçu les 
témoignages de sympathie des universités de Halle, Breslau, Giessen, Tübin- 
gen, Strasbourg, Kiel, Kônigsberg, Erlangen, Marbourg, Jena, Gouingen, 
Munich en Allemagne ; Vienne, Graz, Prague, Innsbruck en Autriche; Berne, 
Bâle, Genève en Suisse; Naples, Gênes, Rome, Pise, Messine, Palerme, 
Milan, Pavie, Bologne, Florence, Turin, Cagliari en Italie; de la Matschappij 
der nederlandsche Letterkunde, en Hollande. De France, il est arrivé des adresses 
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, de l'École pratique des 
Hautes Études de Paris, des Facultés des lettres de Toulouse et de Montpellier, 
de l'Institut catholique de Paris. De nombreux romanistes d'Allemagne et 
d'autres pays avaient envoyé des lettres et des télégrammes exprimant leur 
admiration et leur reconnaissance pour le maître vénéré : citons MM. Ascoli, 
Mussaña, G. Paris (qui avait inséré dans le Journal des Débats du 3 mars un 

Romanis, AXUT 19 























































































































































348 G. PARIS 


deuxième partie de cette étude de justifier l'opinion à laquelle je 
suis arrivé maintenant, en réunissant le plus complètement pos- 
sible les faits qui lui servent de base. 

Je dirai seulement tout de suite que le phénomène en question 
se présente déjà dans le latin vulgaire antérieurement à toutes 
influences germaniques, et que par conséquent il faut chercher 
à lexpliquer comme appartenant à l'évolution spontanée du 
latin. 

Gaston Paris. 


(4 suivre.) 







































































LA BIBLE ITALIENNE AU MOYEN AGE 375 


Je n’insisterai pas sur la ressemblance de ces deux textes. Si 
l'on veut en juger, que l’on compare notre texte au Psautier dit 
de Montebourg, qui est pourtant la source première d’où est 
sorti le texte français que nous citons. Mais il suffira de faire 
remarquer que les mots ZI malvagi non saranno di tale maniera 
ne sont nullement la traduction de : Non sic impii, non sie, mais 
du français : « Li felon ne seront mie en tele maniere. » La 
suite de notre examen confirmera cette observation. 

Remarquons en effet la manière dont sont rendus les premiers 
mots du Psaume xLiv, Eructavit cor meum verbum bonum : 


MS. PALAT. 2. 


+11 mio cuore mandà fuori per la 
Boca buona parola, dico jo le mie 
parole al re. La lingua mia à come 
peana allo iscrivano che scrive tosto : 
3 Tu sé bello in tua forma dinançi a 
figliuoli [degli uomini], gratia & sparta 
a” tuoi labbri, percid t’à Idio benedetto 
sempre. + Tu ss polentissimo : cingniti 
la spada tua sopra la tua coscia..… 








N. B. FR, 899. 

+ Mon cuer a routé bone parole, ce 
est a dire mon cuer à mis fors par ma 
bouche bone parole, ge di mes oevres au 
roi. Ma langue est come li chalemeaus 
à l'escrivain escrivant tost et isnelement. 
Tu es beaus de forme devant toz les 
filz des homes, grace est espandue en 
tes levres, porce t'a Dex beneï pardu- 
rablement. + Tu qui es tres poissant, 
ceing toi de t'espée sor ta cuisse... 


Le texte français que nous venons de citer ne correspond pas 
absolument au texte italien. Celui-ci se retrouverait plutôt, pour 
les premiers mots du moins, dans le manuscrit 2035 de 
VArsenal : 





Mes cuers a mis fors par la bouce bonne parolle. 


Voyons encore les premiers mots du Psaume ur, Quid gloriaris 
in malitia, qui potens es in iniquitate ? 





Jenson. — dl impit : Jens. — degli empi : Pal. — 2 fu : B. N. 
Jue : B.N. 1. — quella : Laur. Pal. B. N. 1. 3 — nella sua leggi 6 
3 nl suo lemporake : B. N. 1. 3 — acque : Jens. — 4 di terra : Laur. B. N. 1. 3 
— gli impit : Jens. — rimove : Jens. — 5 Et inperd : Laur. Pal. — Et impercid : 











Jens. — de giudicio : B. N. 1. 3 — 6 om. 6 : Laur. B. N. 1. 3. Jens. — Per- 
cid che : Pal. 2. 







































































LA BIBLE ITALIENNE AU MOYEN AGE 40t 


Ce résultat concorde avec tout ce que nous avons déjà 
observé. 


b. Les Épitres catholiques. 


Les Epitres catholiques sont parvenues à nous, en dehors des 
incunables, dans neuf manuscrits : 


Rice. 1250, 1252, 1321, 1538, 1658. 
Laur. Strozsi 10. 

Sienne L.V. 9. 

B. N. it. 2.4. 





Voici le commencement de l’Epitre de saint Jacques, d’après 
le manuscrit Ricc. 1250 : 


Jacopo apostolo ! servo di Dio e del nostro signore Yhesà Cristo alle 
dodice schiatte che sono in dipersione, salute+, *Ogne allegrezza pensate, 
frati mieis, quando cadrete nelle varie4 tentationi, s{sapiendo che 1 prova- 
mento] della vostra fede adopera patientia. 4Ma Ila patientia abbia opera per- 
fetta, a cid che voi siate perfett e interi, in nulla cosa vegnenti meno. : Ma sse 
alcuno di voi à bisogno di sapientia, dimanda a Dio, il quale la dàe abbonde- 
volemente à tutti et no Ila rinproverà, € sarà data à Ilui. Ma dimandila in 
fede, niente dubitändo, percid che quegli che dubita 5 & simiglante all'onda 
del mare, laquale à(t) mossa dal vento et menata in tornoé, ? Adunque non 
si pensi quel cotale huomo che riceva cosa dal Signore. ®Huomo di doppio 
animo non & permanevole 7 in tutte Le sue vie... 


On reconnait facilement ici, comme dans la plus grande 
partie de la Bible italienne, deux recensions. La plus ancienne 
est, comme à l'ordinaire, la plus incorrecte. Le célèbre passage 
« des trois témoins » montre des différences beaucoup plus 
profondes, et qui se ramènent à des textes latins différents, mais 





1. Apostolo omis par Ricc. 1321. 1658. Strozzi, Sienne. B. N. 2.4. 

2. Che sono sparte, si manda salute : B. N. 2.4. Rice. 1321. 1658. Strozzl 
(partite). Sienne. 

3. Frali miei, abiate per grande allegrea : B. N. 2. 4. Ricc. 1321. 1658. 
Strozi ; ogne allegreçça, fratelli miei, aviale per grande allegregça : 

4. Gradi : Rice, 1321. 

$+ Quando eli ora, addition de B. N. 2. 4, etc. 

6. Mossa et et in forno omis dans B. N. 2. 4, etc. 

7. Costante : B. N. 2. 4, etc, 

Romanis, XALT 26 








4oi 


S. BERGER 


ici les mss. sont groupés un peu autrement. Je fais suivre l’un 


et l’autre texte de ses autorités 


MS. RICCARDI 1250. 

1 Jean, v, 8 : Ché: tre sono che 
danno testimonanza in terra+, lo spi- 
rito l'acqua € ”] sangue, et questi tre 
sono una medesima cosa. 7E tre sono 
quegli che dänno testimonanzat in 
dielo, lo Padre e”! Figluolo e lo Spirito 
santo, et questi tre sono una cosa. 


Qua tres sunt qui testimonium dant 
in erra, spiritus aqua et sanguës, et bi 
tres umum sut 7 EL tres sunk qui lesti- 
monium dant in celo, Pater et Filius et 


MS. RICCARDI 1321. 

1 Jean, v, 7: Perd che tre sono 
quegli che dinno- testimonamra di 
Cristo in cielo, il Padre e Ila Parola 
€ llo Spirito, et queste tre cose sono 
pure una. #Et tre sono quelle che 
dänno testimonansa in ferra, lo spirito 
l'aqua et lo sangue, et queste tre sono 
una cosa (= Ricc. 1658). 

Ceci est À peu près le texte posté- 
rieur ordinaire des latins. La leçon 
espagnole Aux tria est si rare que 
nous ne pouvons penser à elle en cet 





Spiritus sanctus, et bi tres unum sunt : endroit. 
texte méridional copié dans le ms. 
Bodl. auct. E. infr. 2. 

Le même texte, avec Verbum, est 
celui des mss. languedociens et de 
Théodulfe. Le mot Filius est très rare 
dans les mss. 


Ici encore la leçon des mss. Ricc. 1250 paraît être la plus 
ancienne, et l’autre n’est probablement qu’une accommodation 
au texte courant des mss. latins postérieurs. Le texte le plus 
ancien semble avoir ses attaches dans le midi de la France. En 
effet, la version italienne reproduit, aussi exactement qu'aucun 
texte latin, les leçons du Nouveau Testament provençal de 
Lyon : 

Qyrar tres so que dono testimoni en terra, esperitz aiga € sanx, et aquesti 
tres so u. E tres $o que testimoni dono el cel, le Paire el Fil el Esperitz sanh, 
et aquesti tres 50 u. 

Sur de nombreuses centaines de manuscrits, cette forme de 
texte ne s’est trouvée que dans un seul ms. latin et dans la 
version provençale. Ceci est suffisamment clair. 

C'est donc vers le midi de la France qu’il nous faut, une fois 
de plus, tourner les yeux. 





1. Perd che : Malh. Jens. ; fercid che : Sienne. Ricc. 1252. 
2. Cio : Ricc. 1252 (his). 
32 Téslimonio (bis) : Sienne, Ricc. 1252. 


















































LA BIBLE ITALIENNE AU MOYEN AGE 421 


Pzur. XXWII, c. 8. HARMONIE ÉVANGÉLIQUE 


Reliure des Médicis, avec chaîne. — 260mm sur 190. $1 ff. Parchemin. 2 col, 
de 34 à 37 1. Rubriques ; réclames ; initiales rouges ; une initiale en couleur. 
Écriture italienne paraissant du xive siècle. — Fol, 1 : Incominciano à van- 
gel in volgare.. Né principio era lo Figluolo.… Mutilé. Fin : … nella destra 
bar[te] (Matra, xxvn, 64). Lacune avant le f. 42 (Bandini, t. V, col. 7). 








Srroza, 10. Parties DU NOUVEAU TESTAMENT 


Anc. n° 38. — 290mm sur 225. 64 ff. Papier (fligr. : 2 clefs, un À, un 
sautoir). 2 col. de 34 à 36 1. Rubriques en partie non peintes. Grosse écriture 
italienne du xive au xve siècle. — Fol. 1 : Incomincis la pistola di sando 
Tacopo.… (Jjacopo servo di Dio.. Après les Épitres catholiques, l'Épitre aux 
Romains, sans titre, [ et Il Con., et GAL., interrompu à n, 12, au milieu 
d'une page. 45 : Qui comincia il libro degli Atfi… Lo primo mio parlamento et 
sermone… Mutilé aux mots : et ai preti (ACT., xv, 2). (Bandini, Suppl, t. Il, 
P. 310). 





ASHBURNHAM, 1250. ÉPITRES ET ÉVANGILES 


Reliure veau vert. — 26m sur 195. 136. Papier. 31 1.1. — Fol. 1, table. 
4: (AM nome sia del Nostro Signiore.… Qui incominciano le pistole e Ile legioni 
evungiel… (Fyratelli sapiale ch'egli à oramai… Fin : … il reno di Dio. 
Deo gralias amen. Signé de Agniolo Serragli, 1483 (voy. p. 401). 





Florence. Bibliothèque Marucelli. 


C. 300. PSAUMES DE LA PÉNITENCE, ETC. 





140m sur 110. 155 ff. Papier (filigr. invisible). 21 à 22 LL. Rubriques; 
réclames. xve siècle, — Fol. x (il manque 12 f. en tête) : … sa ma] adope- 
.. 23 : Finilo il tractalo di molle cose teologiche. Vo : Qui pongo à seple salmi 
an in volgare. Ps. 19 : Domene Dio, nel tuo furore nom mi riprendere.… 
+ Qui pongo il calendario (saints locaux : Gimignano, Brancatio, Zanobi, 
Brocolo, Romclo, Ruffello, Donato, Puteto, Miniato, Friano, Ghimento, 
Zeno, Firenze). Comput daté de 1382. 97 : Qui pongho il libro fiesolano (p.p. 
G.-T. Gargani (ef. Zambrini, c. 607] et par O. Hartwig, Quellen u. Forsch, x. 
älkest. Gesch, d. 51, Florenz. Halle, 1875 ss.). 124 : Questa à la pistola che scrisse 
Lentulo a° sanatori di Roma e Pilalo a Claudio. Nel tempo d'Oclaviano.. 137 : 
Qui pongho la disputatione che fece S. Pietro et S. Paolo a Roma chon Simone 
magho.. Santo Paolo exendo a Roma. Fin : Jo Marcello discepolo dell” appostolo 
5. Piero queste ose vidi el à iscripte. Deo graçias. Amen. (ef. R.-A. Lipsius, Acta 
Petri, 1891, p. 45). (Fanfani, Borghini, 1863, p. 488). 








LA BIBLE ITALIENNE AU MOYEN AGE 423 
gni mel sole (Luc, xx, 25)... Fin : .l'uomo non spartisea (MATH, xIx, 6). 
(Gentile, p. 4). 





PAL. 5. ÉPITRES DE SAINT JACQUES, ETC. 


2200m sur 155. 115 ff. Parchemin. 35 à 37 1.1. Rubriques; réclames; 
initiales bleues et rouges. xive siècle. — Fol. 1 : Jicomincia una epistola che 
mandôe S. Gieronimo doctore a Ddemetriade. Se io fossi.… 28 ve : Questa epistola 
vulgarigé il venerabile maestro Çanobi dell ordine di frali predicatori per utilitade 
di chi non sae gramaticha. Questa à una epistola consolaloria di S. Geronimo… a 
uno infermo.… Advegna che certissimamente.… 43 : La soprascripla pistola vulga- 
rioe Nicholô de Ghino Tornaquinci. Vo : Incominciasi la pislola di S. Jacopo 
apostolo in vulgare. Jacopo servo di Dio. . 47 : Questo à uno sermone che fece 
$. Bernardo. O huomo che d'anima rationale… 50 : Delle infermitadi del corpo.… 
51 ve, sorte de catéchisme : Questi sono à selti doni dell Spiritu sanclo.… 57 ve, 
le Credo commenté. 63, prière. 64, épitre de saint Jérôme à Rusticus sur la 
vie monastique. 79 ve, épitre à Eustochium sur l'amour de la virginité 
(Gentile, p. 5). 














PAL. 6. APOCALYPSE, ETC. 


290mm sur 215. 167 f. Papier (flig. : couronne surmontée d'un R et d'une 

croix ; étoile; griffon; gril). xive siècle. — Fol. 1, sermon sur GAL., v, 25 

(sur la disciplina dei spirituali).… 150 ve : Incomincia l'Apocalipsi diS. Johann. 

La revelatione Apoalipsi… 167, traité de la Simonie, mutilé (Gentile, p. 6). 
ConvenTi soPPrEsst, B. 3. 173. PROVERBES 


De S. Maria Novella. — 225mm sur 150. Parchemin. 2 col. de 37 à 42 1. 
Initiales rouges. xive siècle. — Fol. 1 : 41 tempo che Salamone.… Vo : Queste 
sono le paraule di Salamone… 44 ve : Chi bene averà guardati li chomandamenti di 
santa ecresia el de li evangeli seranno choronati. Amen, Suit une recette médi- 
cale. La suîte est un autre ms., sur papier (Le Long). 


Conv. sorrr. C. 3. 175. CANTIQUE DES CANTIQUES 
ET HARMONIE ÉVANGÉLIQUE 
De S. Maria Novella. — 305 sur 220. 171 #. Papier (flig. : grenade). 
2 col. de 32 à 35 L. Fin du xive siècle. — Mutilé. Fol. 4 (CANT., 1, 2) : Come 
lo gilglio nascie in tra le spine.… 9 ve : Sequentia santi œpuangelli secondo Matleo. 
Lo libro dello parentado di Jhesi Cristo.. Fin : … e piantaui le buone erbe. 
Cowv. sorrr. F. $. 178. ÉVANGILES ET ÉPITRES DES DIMANCHES 
De Vallombrosa, Questo libro à di fra Curtio Baldovini. — 28çmm sur 205. 
110 ff., numérotés anciennement. Papier (fligr. : fleur entre deux feuilles) 
30 à 34 1. Fin du xve siècle. Manque le commencement. Fin : E quelgli 
ch'ärano fatto… 





Coxv. sorrr. I. IV. 9. HARMONIE ÉVANGÉLIQUE, ETC. 
De S. Marco, n° 727. En tête, un blason : « taillé d'or et de sable, à une 
bande de l'un en l'autre, accompagnée de deux croissants de même » (Sala ?). 





LA BIBLE ITALIENNE AU MOYEN AGE 425 


No 1321. ÉPITRES CATHOLIQUES, S. PAUL, ETC. 

295 sur 220. 80 ff. Papier (filigr. : griffon, hache). 2 col. de 35 L. Ini- 
tiales rouges ; réclames. Deux écritures du xve siècle. — Fol. 1 : Jacopo servo 
di Dio... 14 vo : S. Paulo a’ Romani. Paulo servo di Cristo.… Mutilé à Il Tim. 
1, 17. 72, traité des sept sacrements, mutilé. 78 : Pistole di Senecha et san 
Paolo. Fi carissimo ad noi (Sorio. Del Re). 

No 1325. ÉPITRES DE SAINT PAUL 

Les armes des Pescioni sont peintes au fol. 1, de la même main que l'ini- 
tiale, — 30omm sur 220. 39 ff. écrits. Parchemin. 2 col. de 40 à 48 I. Initiales 
bleues et rouges. Écriture cursive paraissant du xve siècle. — Fol. Paulo 
servo di Cristo.… Fin : … con tucti voi. Ammen (Sorio. Del Re). 








No 1349. APOCALYPSE 
290mm sur 205. 27 ff. écrits. Papier (fligr. : une tige entre deux pommes). 
31435 1.1. Initiales bleues et rouges. Commencement du xve siècle, — Fol. 1 : 
Epocalis. Capo primo. Come dice l'appostolo.… 2 : Quesla à la rivelaçione.… con 
tutti. Amen. Finito à quy il libro della Pochalisy. Deo gracias. Orate per lo scrit- 
or. Amen, Finito i libro della Pocalis. 19 : La pistola di Sanlo Bernardo. Al 
grasiososo e bene aventurato chavaliere Ramondo singnore di Chaslella-Anbruogio.… 
22, texte sur les sacrements. 


No 1354. HARMONIE ÉVANGÉLIQUE, etc. 

280mm sur 220. 77 ff. écrits. Papier (filigr. : cor de chasse). 2 col. de 49 1. 
dans les Evangiles. Il s’est conservé, dans les Évangiles, 26 beaux dessins, 
inégalement achevés, les uns en camaïeu gris, les autres lavés au bistre ou 
seulement esquissés. L'art de ces dessins est gracieux et la main de l'artiste 
légère; les costumes sont ceux du x1ve au xve siècle, — Fol. 1 : Dopo queste 
cos venne Jhesi (JEAN 11, 22). 30 vo : ….e sguitando loro miracholi. Amen, 
Amen. Deo graçias. Chomo mandà lo Spirito sancto… 33 (après 2 ff. blancs) . 
CS conta nel libro de fatti degli apostoli che quando Jhesi Cristo se n' andé in cielo.… 
Chap. 1 : (GX udisii chome Jhesû Cristo se n° andd in cielo.…. Chap. Il : 
(GX udisti chome Jhesù Cristo, po’ che fu crucificalo, aparve primieramente 
a Güusp im Bramantia, Dicie Nichodemo in suo iscritlo. . 35 vo : E qui 
apresso chonteremo chome si chommincid il battesimo in Italia e in Roma e in 
Jpagnia.… 39, La messa della Nostra Donna, suivie de prières ; les sept paroles 
de la croix développées. 40 ve (jolie miniature en couleur représentant la 
Vierge et divers personnages), prières. 41, la Recommandation du vendredi 
Cf. Mélusine, t. IV, €. 133 et 204). Ib., lettre de S. Bernard à Ramondo. 
43 suiv., nombreux textes hagiographiques, suivis de la narration du jour du 
jugement et de la vie de S. François. 











No 1356. PSAUMES DE LA PÉNITENCE ET HARMONIE ÉVANGÉLIQUE 


3comm sur 220. 53 A. Papier (fligr. invis.). 36 à 42 1. L. Initiales rouges; 
réclames. Écriture cursive, Daté de 1372. — Fol. 2 (peu lisible, le £. 1 en blanc): 














LA BIBLE ITALIENNE AU MOYEN AGE 431 


Vicence. Bibliothèque communale. 


Ne 2. 10. 5. PSAUTIER 


2gomm sur 21$. 43 ff. écrits. Papier (fligr. : couronne). env. 36 1. 1. 
Rubriques; réclames, — Fol. 1 : Béato lo homo …Cantiques. Fin (Te Deum) : 
….in élerno. Amen. Al nome de Dio 1447 à di 17 de olobre fu fenito de scrivere lo 
dito libero chiamalo el Salmisla.… Frate Layero da Vinexia (ce mot barré ct 
remplacé par Le signe : s/pggbgo) rumito scrisse questo libero, babitadore in Verona, 
indegno scribsit, Amen. Monogramme. Queslo libero si à de (écriture cryptogra- 
phique)... Suit un comput pascal, puis, d une autre écriture, un confler : 
Padre mio, io me acuso… per altre fade (G. Mazzatinti, Imv. dei mss. delle bibl. 
di Vicenga, Forli, 1892, n° 241). 



































UN MS. DU CHEVALIER AU CYGNE ET DES ENFANCES GODEFROI 447 


B. N. fr. 786 (fol. 105 v°, col. 1, v. 3 — fol. 105 v°, col. 2, 
v. 9) et 12569 (fol. 20 v°, col. 2, v. 9, — fol. 21 ve, col. 1, 
v. 26). Probablement, le commencement perdu du ms. 627 de 
Berne ne différait pas beaucoup de celui de la 2° branche de 
ces trois mss., dont le ms. 12569 a 58 vers, tandis que le ms. 
786 n’en a que 56, et le mss. 12558 seulement 54 jusqu'au 
premier vers commun : 


Tint l’empereres cort a Nimaie establie :. 


Si l’espace du premier folio perdu du ms. de Berne admet 
tout au plus $o ou 52 lignes, il faut considérer le surplus des 
autres mss. comme des additions de copistes. Les additions, 
d’ailleurs, sont fréquentes dans les mss. de Paris, comme on 
peut s’en convaincre en les comparant avec le ms. 627 de Berne. 
Par exemple, nous lisons dans ce dernier ms., après l’arrivée du 
chevalier au cygne, à la fin d’une tirade : 


Après a dit au cisne : « Va, a Deu te commant ! » 
(fol. 2 ve, v. 18). 


Le ms. 12558 ajoute les vers suivants : 


« Et se j'en ai mestier, ramaine mon calant, 
Si en rirons ensanble parmi la mer nagant, 
EX reverrons no pere, le rice roi vaillant, 
Et no seror la bele o le cors avenant, 
Et savrons de nos freres s'il ierent dont vivant. » 
Li cisnes l'enclina, si s’en parti a tant : 
À sa ciere sambla qu’il eüst cuer dolant, 
(ol. 21 ve, col. 2, v. 41 — fol. 21 ve, col. 1, v. 2). 


IL n'est pas possible que l’auteur du Chualier au cygne ait déjà 
parlé de la famille du chevalier au cygne, tandis que cette allu- 
sion est très naturelle chez un copiste qui connaissait la première 
branche. 

Dans les manuscrits 1621 et 786, et de mème dans celui de 
l'Arsenal, il n’y a qu’un vers intercalé : 


« Et se jo ai mestier, ramaine mon chalant #, » 





1. Le ms. du Musée Britannique contient le mème préambule; voy. 
M. H.-L.-D. Ward, Catal. 1, 708. 


2. Voy. Hippeau, L. c., t. 1, p. 109, v. 2945. 









































FÉLIBRE 463 
banarut, remarquable par ses cornes (hanos) ; 


bécarut, _ son bec; 
boucarut, — ses lèvres (boucos); . 
bournarut, — ses trous (bornos); 
bôusarut, Æ sa panse (hôuso) ; 
brancarut, _ ses branches; 
brégarut, — ses mâchoires (brégos); 
cambarut, — ses jambes ; 
foulbarut, — ses feuilles ; 
gafarut et gautarut — ses joues (gafos, gautos); 
pansarut, _ sa panse; 
Palarut, — ses pattes ; 
lestarut, — sa tête; 
venirarut, = son ventre. 
A. Thomas. 
FÉLIBRE 


Voilà un mot, tout jeune dans notre langue, qui y a fait une 
singulière fortune. Qu’on nous permette de rappeler briève- 
ment, d’après le plus autorisé de ses historiens, comment il y 
est entré : 

« Le mot fibre fut adopté en ce sens, à partir de l’an- 
née 1854, par les promoteurs de la renaissance linguistique et 
littéraire du Midi. Le 21 mai 1854, sept jeunes poètes, MM. 
Théodore Aubanel, Jean Brunet, Anselme Mathieu, Frédéric 
Mistral, Joseph Roumanille, Alphonse Tavan, et Paul Giéra, 
amphitryon, se réunirent au castel de Fontségugne, près Chà- 
teauneuf de Gadagne (Vaucluse), pour concerter dans un ban- 
quet d'amis la restauration de la littérature provençale. Au des- 
sert on posa les bases de cette palingénésie et on chercha un 
nom pour en désigner les adeptes. On le trouva dansune poésie 
légendaire que M. Mistral avait recueillie à Maillane, poésie qui 
se récite encore en guise de prière dans certaines familles du 
peuple. C’est un récitatif rimé, dans lequel la Vierge Marie 
raconte ses sept douleurs à son fils. Voici le passage qui con- 
tient le mot félibre : 


La quatrième doulour qu'ai souferto pér vous. 
O moun fiéu tant précious 
Es quand vous perdeguère, 












































F. DAMÉ, Nouveau Dictionnaire roumain-français 479 
Devenira de ocara 
Bureusiesiloru rapturi. 
Gura satului, 16/28 jan. 1872. 


« Una profesore de némtiu, séu mai bine dlsu non siarlatanu bureurisseu d'in Bero- 
lino... » 1bid., gjar jan. 1892. 


Cafaltke (ancien mot turc), déjeuner, goûter. 

Cadalle (ture), troupeau. — Ce mot, que ne cite pas M. D., se rencontre 
dans les Poesiï populare, publiées par Teodorescu, 188$, p. 475, v. 128. 

Cäigand (ture et serbe), espèce d'omelette (dans le Banat). Les mots 
jumard et scrob, que les dictionnaires indiquent avec ce sens, ont dans la 
même province une autre signification : jumard correspond à ce que les 
paysans allemands appellent £rammel (sorte de crêpe à la graisse); scrob est 
le nom d'un entremets au lait. En Transylvanie l'omelette s'appelle pupard, 
paparadä. 

Caisd, abricot. — Les Roumains du Banat disent, comme les Serbes, 
cäisind, 

Cämänie, socle en pierre ou en terre sur lequel on pose un poële (Banat). 
Ce sens doit être celui du mot camenijd (Transÿl.), que M. D. traduit par 
« petit four, fourneau ». 

Camil (gr. xäuudos), cable ou cordage. — Ce mot est cité par Roesler 
(Die griechischen und türkischen Bestandtheile im Romämschen, 1865, p. 13); il 
st probable qu'il se rencontre dans quelque texte ancien. 

Cänun, pl. cänune, chose extraordinaire, mauvaise étoile (Banat). 

Capau (Hongrie), chien courant, chien de berger; magy. kopd. 

Catafronisi, mépriser. Roesler, Die gr. und türk Bestandth., p. 11. 

Catabrisis. — Il semble qu'on ait dit vulgairement aussi catahris : « Prihä. 
nitorit, ln pärile lor cele deçarte pentru cafahrisuri de putere… » Hurmuzaki, 
Documente, Supl. 1, V, p. 339, art. 17. — On trouve plus loin dans le même 
décument (p. 343) : « Art. 27, despre cafabrisuri. — Ori-ce catahris 

Catatrehmos (uara tpexués), poursuite. Roesler, p. 11. 

Cap, tromperie, fourberie, mot cité par Polizu. Roësler, p. 49; Saineanu, 
Elemente turcegti, n° 272. 

Chelciug (magy. Hôltség), frais, dépense « Acest lucru.…. iaste inceput din 
staful ji..cu chlciug Märiel tale. » Nouv. Test., 1640, préface. Voy. Gaster, 
Chrestomathie, Il, 406. . 

Chilà 2. — A l'acception indiquée par M. D. il faut joindre le sens pri- 
mitif de nabot, avorton. Voy. Miklosich, Die slav. Elemente im Rumunischen, 
vw bla. 

Chinov (amwwdGos), monastère. Roesler, p. 12. — D. ne donne que les 
dérivés chinovese, chinovie, chinovit. 

Chinovar (nc , cinabre, a été omis par inadvertence, car le mot figure 
dans tous les dictionnaires. 

Cicmigea (mot turc), cassette, tirelire. Saineanu, n° 286. 

Cicudiä, rouge vif. Saineanu, n° 347. 

















F. DAMË, Nouvwau Dictionnaire franco-roumain 481 
sfatul $i din demndtura.… märieï tale, » Nouv. Test, 1646, préface, ap. Cipa- 
riu, Crestom., p. 84. — On ne dit plus aujourd'hui que indemnäturd. 

Do, déja. Ce mot est employé par les Roumains d'Oravira et des anciens 
confins militaires : « Am do fost, am do mincat. » 

Doi (Crigana), hélas : 

Doi, slujnici, dragl mea, 
Ce horegtl asa cu jele? 
Balade populare romäne adunate de Miron Pompi- 
iu (Tassi, 1870, in-16, p. 40. 

Dudd. — Ce mot, comme l'indique M. D., s'emploie en Roumanie avec 
le sens de « mûre ». Dans le Banat, dud À seul cette signification et dudd 
désigne une fraise cultivée (en Roumanie fragd), par opposition à capyund, 
« fraise sauvage ». 

L'exécution matérielle du Nouveau Dictionnaire est très soignée; le papier 
en est bon; bref, ce volume fait honneur à la fois à M. Damé et à M. T. 


lonescu, l'iatelligent ministre qui a mis les presses de l'Etat à la dispos 
de l'auteur. 


















































NOTICE SUR UN MANUSCRIT 


DE LA BIBLIOTHÈQUE SAINTE-GENEVIÈVE 


RENFERMANT DES EXTRAITS DE MAURICE DE SULLY 


La feuille qui renferme mon second article sur les sermons de 
Maurice de Sully (ci-dessus, p. 176 et suiv.) était à peine tirée, 
que le hasard d’une recherche dans le catalogue des mss. de 
Sainte-Geneviève publié récemment par M. Kohler, me fit tom- 
ber sur un passage ainsi conçu (n° 792", p. 380 dudit cata- 
logue) : « (Fol. 58) « Ci s’ensuist un biau miracle d’un reli- 
« gieus qui requist qu’il peüst congnoistre une des joies de para- 
« dis. » Début : « Il fu uns bons hons de religion. » Je n’eus 
pas de peine à reconnaître l'exemple du moine et de l'oiseau 
que j'ai reproduit d'après tous les mss. des sermons français de 
Maurice qui sont parvenus à ma connaissance. Il paraît donc 
que cet exemple a été transcrit à part, ce que j'avais jusque-là 
ignoré. Je m'empressai de transcrire ce nouveau texte. On le 
trouvera plus loin. Il appartient à la famille 4 et offre des res- 
semblances particulières avec celui de Chartres publié ci-des- 
sus, p. 186. 

Bien que le ms. de Sainte-Geneviève ait été fort exactement 
décrit par M. Kohler, je crois utile d’en reprendre sommaire- 
ment l’examen, le système suivi dans le catalogue ne permettant 
pas au lecteur, qui n’a pas le ms. sous les yeux, de se rendre 
compte de l’âge des diverses parties dont il se compose. Ce ms. 
en effet a été fait, pour sa partie essentielle, dans la seconde 
moitié du xin siècle, mais on a ajouté, à diverses reprises, au 
xive siècle et au commencement du xv°, un certain nombre de 





1. Le n° 792 est le no d'ordre du catalogue. La cote actuelle est L. f. in- 
fol. 13. 


Romenis, XXII 3 





NOTICE SUR UN MS. DE LA BIBL. SAINTE-GENEVIÈVE 499 


du ms. II. 6. 24 de l'Université de Cambridge *, et j’en ai indi- 
qué la source. 

8. (Fol. 32 b) Ci s'ensuient moralités de philosophes. Talant m'est pris que ge 
racontaise le talant au filosofes de celle clergie qui est apellée moralitez, qui 
est espandue par plusors livres. 


C'est la version du Moralium dogma philosophorum, publié 
sous le nom de Gautier de Lille, mais dont l’auteur, comme l’a 
montré M. Hauréau, est Guillaume de Conches 3. 


4. Exposition du symbole des apôtres et du Pater. Premiers 
mots du Credo, à la suite du texte latin : 


(Fa. 43 d) Nos creons la sainte Trinité, le Pere et le Fils et le Saint Esprit. 
Nos ervons que li Peres et li Fiz et li Saïnz Esperiz sunt uns Diex tous pois- 
sanz et pardurables. Nos creons que [li] Peres o le Fil o le Saint Esperit fist le 
ciel et la terre et totes choses de neant.… 


Début de la paraphrase du Pater, après le texte latin : 


(Fal. 45 b) Entre totes les paroles qui furent onques establies ne dites en 
terre, si est la plus sainte, la plus hauste (sie) et la miaudre la paternostre. Car 
ceste noméement establi Diex meïsmes et comanda a dire a ses apostres, et 
par les apostres la comanda a dire a toz les ereient à lui. 


Cette exposition du Credoet du Pater est de Maurice de Sully. 
Elle se trouve en tête de ses sermons français; voy. l'édition de 
Boucherie, pp. 8 et suiv. L'exposition du Pater se rencontre, 
copiée à part, à la fin du ms. 10574-10585 (fol. 114 et 115) de 
la Bibl. roy. de Belgique, exécuté dans le nord de la France à 
la fin du xmi siècle. 


5. (Fol. 584) Le sermon de Maurice de Sully pour le troi- 
sième dimanche après Pâques qui est publié plus loin. On 
remarquera que le sermon n’est pas copié tout entier. Tout le 
début (près de deux pages de l'édition de Boucherie, pp. 89-91) 
fait défaut. Le copiste a commencé avec l'exemple. 





1. Notices ek extraits des mss., t. XXII, 2e partie, p. 57. — Je n'ai pas 
signalé le ms. de la Bibliothèque Sainte-Gencviève, que je ne connaissais 
pas, nile ms. de la Laurentienne (Florence) Ashburnham 34 (ancien Libri 126) 
fol. 1-17. Dans ce dernier le récit s'arrête à la mort de Henri II (1189). 

2. Cor. l'enseignement des. 

3. Voy. Romania, XVI, 69; Bulletin de la Soc. des anc. textes, 1894, p. 37: 

4. En tête de chacune des deux colonnes du fol. 58 re, on lit en capitales 
rouges III. 


NOTICE SUR UN MS. DE LA BIBL. SAINTE-GENEVIÈVE SOI 


catalogue : c’est que l'ouvrage est partagé en deux parties que 
le copiste a dû considérer comme indépendantes, puisqu'il a 
écrit explicit à la fin de chacune d’elles. La première se compose 
de la fin du poème (vv. 1031 à 1554) tel qu’on le trouve dans 
les autres mss. La seconde comprend les vers 1 à 1030, plus 
six vers. C’est une simple transposition, qui doit peut-être s'ex- 
pliquer par une interversion de feuillets dans un ms. antérieur. 
Voici les premiers et les derniers vers de la première partie : 


(Pol. 79 4) Job por les diable (sie) disoit 
Lor force en lor numblil gisoit. 
Ancontre les reins des dyables 
Devonsavoir reins mesurables 
Et vertu de ligure an nos. 





CF. 83 4) Trestuit cil qui ont diamant 
Vont plus volentiers Dieu amant. 


Plus aiment Dieu, plus i esgardent, 


Semence d’ome an fame gardent, 
De vertuz est abandonez, 
De leal achat ou donez. 


Gaonier, v. 1031) 


Qui tes (corr. tel) pierre doit esprouver 


Leaument se devroit prouver. 


Premiers et derniers vers du second morceau : 


(Fol. 835) Cil qui aiment pierres de pris 
Doivent oîr que j'é apris; 
Cil qui les pierres aime et prise 
Mout s'antremet de haute amprise. 





Por les houmes ciex : qui sont trop 

Luxurious a desmesure, 

Por les dames, pour lor luxure 

Sont danné sans avoir fin; 

En enfer qui n'a nule fin 

Sont tresbuchié perpetuelment 

Sans avoir rachatement 

De nul homme qui sont vivant ; 

Toi jors i sont mut et dolant ?. 
Explicit. 


Cannier, v. 1027) 


CPannier, v. 1030) 





1. Cor. chaus. 


2. Ces six vers en italique sont évidemment l'œuvre d'un copiste mal- 
habile qui cherchait à terminer tant bien que mal une phrase incomplète. 








NOTICE SUR UN MS. DE LA BIBL. SAINTE-GENEVIÈVE 507 
“Li portiers vint 2 la porte, et cum il vit le bon home, si ne le quenut mie, 
ne li bons hons ne quenut mie lui; si li demanda qui il estoit et que il 
demandoit. ‘5Je suis, dist li bons hons, moines de leanz; si veil leanz antrer. 
— "Vos, dist li portiers, n'iestes pas moines de ceanz; vos ne vi ge onques 
mais. Et se vos en estes, quant en issistes vos? — #’Hui matin, dist li bons 
hon; si veil leanz antrer. — "#De ceanz, dist [li] portiers, n'issi hui moine. 
“Donc fu li bons hon tozesbahiz; sili dist : Faites moi parler au portiers (sic). 
— 1°Vos me samblez, dist li portiers, hon qui ne soit mie bien afn] son sans. 
Ceanz n'a portiersemoi non.— Vosne vige onques mais, dist li bons hom. — 
Car vos n'este mie moines de ceanz, dist li portiers !. — #Si sui, dist il. Dont 
n'est ce mie l'esbaïe (sic) saint cestui? Si noma le saint de l'esbaïe. — Oil, 
dist_li portiers. — Donc sui ge moines de leanz, dist li bons hons. Faites 
moi venir (6) l'abé et le prieur, si parlerai a aus. ‘Leurs vint li abbes et li 
priex a la porte, et cum il les vit, si nes quenut mie, ne il ne quenurent pas 
lui. 











Le texte se poursuit jusqu’à la fin du sermon et se termine 
ainsi (cf. l'édition de Boucherie, p. 93): 


Seignor, despisons les deliz de cest sigle, et deservons les biens de l'austre 
(sic) si con li apostre firent, et Damediex nostres sires nos promet que se 
nos somes parçonier dou traveil, nos serons parçonier de la joie que si ami 
avront an sa gloire pardurablement, que cil nos otroit qui vit et regne sanz 
fo. 

Paul Meyer. 


1. La leçon développée qu'offre ici le $ 20 ne se retrouve que dans le ms. 
de Chartres. 




























































































548 A. JEANROY 


chonné » devaient être un des grands éléments de 
Passion de Greban '. 

C'est exactement ce cadre que nous retrouvons 
part des œuvres méridionales du xv* siècle*. D: 
comme dans celles du Nord, le représentant le p 
des démons sur la terre, leur ambassadeur officiel, 
Partout son échec est complet : mais la punition 
infligée n’est point partout La même : dans Saint ; 
et Saint Pierre (5713) il n’est que réprimandé plu 
grossièrement et renvoyé à la charge; dans Sai 
Saint Antoine il est longuement « frotté » +, et il e: 
cile de ne pas voir là un souvenir des scènes analog 
ban ou de Michel. Satan est donc représenté comr 
pal lieutenant de Lucifer : celui-ci, dans tous les My: 
comme dans Saint Jacques, est le chef des légion: 
ce rôle, qu’il joue avec plus ou moins de grande 
déjà attribué dans les œuvres françaises et n’apf 
observation particulière 5. 





1. Déjà dans la Passion primitive des Confrères (Jubinal, II 
but reproche à Satan d'avoir fait pêcher Adam et crucifier Jési 
souvenir très direct des invectives d’Inferus reprochant à Sata 
d'empêcher Jésus d'entrer aux Limbes, dans l'Evangile 
Ch. VID. 

2. Sauf dans les Mystères rouergats, où il n'y a pas trace « 
genre. 

3. Ce rôle de messager lui est attribué dans Saint Jacques 
et dans quatre des Mystères alpins. L'auteur de Suint Eustache, 
évidemment l'Evangile de Nicodème où nous voyons Satan 
Jésus-Christ et remis par lui aux mains d'Inferus, s'est dit que € 
postérieure à la venue de J.-C., Satan ne pouvait plus être le 1 
l'enfer; il nous le montre se lamentant sur la perte de sa puis 
et se bornant à guider les autres diables de ses conseils. 
point lui naturellement qui est battu, mais Astaroth et Becl: 
été désignés comme messagers. 

Dans Saint Antoine, l'auteur a mis en œuvre ce lieu © 
façon maladroite et même absurde : bien que tous les démons 
aux tentations, c'est Satan qui est battu (3281). 

4. Dans Saint Jacques il en était certainement de même 
pièce, car on lui fait nettement pressentir son sort dès Le dél 
336). 

$. Infernus, dans plusieurs de nos textes (Infert, Unfert da 
désigne le même personnage que Lucifer (voÿ. Suint André 25 





LE THÉÂTRE MÉRIDIONAL AU XV° SIÈCLE 549 


Dans tous les Mystères alpins (y compris Saint Jacques), le 
nombre des démons est fort élevé, plus même que dans Gre- 
ban; cet indice vient s'ajouter à tous ceux qui nous ont permis 
de les attribuer, dans leur rédaction actuelle, à une date assez 
récente. Pour le choix des noms et la conception des rôles de 
ces personnages, nos auteurs ont dû se mettre, au moins dans 
une certaine mesure, en frais d'imagination : il est même 
quelques traits que nous serons amenés à leur attribuer en 
propre. Le lecteur jugera s’ils sont de nature 4 leur faire assi- 
gner dans l’histoire littéraire un rang bien élevé. 


IV 


Les noms des démons sont à peu près les mêmes dans toutes 
les œuvres méridionales, y compris les Mystères rouergats. Mais 
c’est naturellement dans le sein du groupe alpin que se trouvent 
les analogies les plus étroites. Pour éviter de fatigantes répéti- 
tions, nous réunirons tous ces noms dans un tableau synop- 
tique (pp. 550-551) qui permettra au lecteur de se rendre 
compte, d’un simple coup d'œil, du plus ou moins de vogue 
obtenu par chacun d’eux '. 

Ces noms peuvent être répartis en trois catégories. 

Les premiers proviennent de la Bible, où, quand ils ne sont 
point diverses dénominations de l'esprit mauvais, ils désignent 
des divinités païennes. Ce sont : Asmodeus, Astaroth, Belphe- 
gor, Belzebuth, Belial, Berith*, Leviathan, Lucifer, Mamona, 
Satan, Vehemot. Mais il est probable que ce n’est point direc- 
tement à la Bible qu’ils ont été empruntés, car il n’en est aucun 
qui ne se trouve déjà dans des œuvres antérieures. Satan, nous 
l'avons vu, est déjà nommé dans les plus anciennes; Bélial, 





1. Pour ceux qui sont rares et que le lecteur pourrait éprouver quelque 
peine à retrouver, des notes renvoient aux textes. 

2. Ce nom a souvent été écrit (ou lu) Bérich. Barulh, cité par M. Guil- 
laume (Saint Ant, p. LxxvI) n'est évidemment qu'une mauvaise lecture ou 
une graphie fautive de ce nom. 

3. 11 faut faire exception pour trois noms d'hommes d'origine juive qui 
apparaissent dans le Saint Antoine, Sadoc, « Oloferno » et « Mordechays » 
(= Mardochée) (CF. plus bas, p. 552, n.4). 


SAINT EUSTACHE 





Guironnet. 
Infernus. 


Leviatan, 
Lucifer. 


Malte}r®. 

Mordechays 

Olofernoé. 
(Olofernes)1. 

Otracudanso. 


Piferse. 
Pereso. 
Rapalhiers, 

Sadoc. 
Sathan. Sathan. 


SAINT ANDRÉ 


Infernus. 
Leviatan. 
Œucifer)s, 


Mamona. 


Piserts, 


Sathan. 


Tempesto's. 


Guten 
ni 
Lean 


Lucifer. 


Mamonas, 


Pharphara. 
ate}e o 
Mann 


Sathanas. 
Sublima®. 
tajrus. 


artarinus) +. 


Tossin #4, 





FT 9 1924. — 18 v. 1 
av. 323 vs 






— 19 v. 5627. — 20 v. 6026. 
M 24 v. 1924. 


SAINTS PIERRE ET PAUL SAINT JACQES MYSTÈRES ROUERGATS 


Asmodeus. Asmodeus. 
Astarot. Astorot. sue 
Belzebuth. Belsabut. Belzebuc. 
Bell. Bellial. Belial. 
Berich. Berit. 
Cerberus. 
Grimaut". Godel4. 
(Grivaut)». 

Leviatan. Leviathan. 
Lucifer. Luciffer. Lucifer. 
Mamonas. Mamona. 
Ostinacios. 

Peressos, 
Sathan. Sathan. Satan. 
Tartarus. 


Vehemot. 


1 Vers $91$. — 2 V. 319. — 3 V. 5921. 
4V: 346 — 5 v. 337. 






























































L'ISOPO CASTILLAN 575 
fi de cada una dellas. Barcelona, Joan Iolis, 1683, 8°. » L'ex- 
pression corregides de nou indique, ce semble, que le traducteur 
catalan a eu recours à une édition de l’sopo du xvi* ou du 
xvu siècle, et non pas aux éditions anciennes du xv°. Enfin, 
on aimerait aussi savoir si les deux exemplaires d’un « Isopete 
en romance » qui figurent dans le catalogue de la biblio- 
thèque d'Isabelle la Catholique : représentent le texte de Sara- 
gosse : cela est probable mais non prouvé. 

A. Morez-Fario. 


1. Memorias de la real Academia de la historia, t. VI, p. 459. 








578 MÉLANGES 


Testament. En provençal nous savons par le témoïgnage de 
l'auteur lui-même’ que Raimon Feraut avait composé un « lai 
de la Passion », aujourd’hui perdu. Aucune de ces pièces ne 
paraît antérieure et plusieurs sont sensiblement postérieures au 
commencement du x siècle. C'est au milieu de ce siècle 
environ que le nôtre nous paraît appartenir : la déclinaison y 
est bien observée; setx y sont, peut-être par l'effet du hasard, 
nettement distingués; mais il y a une recherche de la richesse 
des rimes qui ne-se rencontre guère, dans la poésie pieuse, avant 
Gautier de Coinci, et qui, après lui, y devient très fréquente. 

Nous reproduisons naturellement la graphie du manuscrit*, 
Celui-ci ayant été rogné très court, notre morceau a perdu 
quelques lettres au bout de certaines lignes, et quelques lignes 
au bas du folio. Nous rétablissons entre crochets les lettres 
où mots qui peuvent être sûrement restitués; nous réservans 
pour le bas des pages les autres additions ou corrections. 


1 « Lasse, que deviendrai gfijé, 
Que cil jüif efsragié 
Ont mon fil tant outragié 
Qu'a un mortle m'ont changié, 
5 EX sans nufl] forfait 
M'ont si grant tort fait? 


Lie Filz, onques ne fus estous, 
Mès plus souefs et plus dous 
Que n'est lais ne miaus ne mouz; 
10 Tant mar fu vostre biau voz 
Diex! pour coy mouri 
Flours qui si flori? 


ll Onques ne cuidai savoir 
Que deulz est, or le savrai; 
15 Maintes joies seul avoir, 
Ne sai se plus en avrai 
Bien dit l'escripture voir, 
Par tant m'en apercevrai, 
Que j'avoie à recevoir 
20 Un glaive : or le recevrai. 








1. Vida de Sant Honnorat, éd. Sardou, vers 4. 
2. Nous en devons la collation à notre ami L. Sudre. 


1 e[sJragie] Le bord de la marge a été coupé. — $ nul] id. 


UNE NOUVELLE PLAÎNTE DE LA VIERGE 579 


IV Biaus fix, tu fus concèus 
Etn.... -[ent] 
[eus] 
si tres glorieusement; 
25 Des bestes fus connêuz 
En la creiche tout premierement 
Et des rois apercèus 
Qui t'ofrirent leur dons [trés] doucement. 


v Toute riens fu esbaudie 

30 Quant mes ventres t’enfanta; 
Nis la bele compaingnie 
Des celz en rist et chanta. 
Quant la mort vint sor ta vie, 
Li cielz s'en espouenta; 

35 Mout déust estre garie 
Dame qui tel enfant al 










VI Mis n'i voi pas ma guerison 
Quar je ne sui mès mere; 
Tolu m'a l'en par trahison 
4 Mon chier fil: et mon pere; 
Or si l'a mis en sa prison 
La mort dure et amere; 
Li philosophe que (nous) lison 
Y prirent leur ma [iere]. 


VID 45 Biau dou fifk}...…. fiez] 

douleur profonde; 

Cist deulz dont vous me paissier 
Crieng ne me confonde. 

Touz soulaz est abaissie[z] 

so Et douleur habonde, 
Quant li arbres est plaissier 
# Qui paissoit (tout) le monde. 


vin Nule rien que Diex cria 
Ne me pourroit apaisier. 

55 Lasse! com mal deul(z) di a! 
Mout se doit or esmaier 

Li fole qui mon fil li 

Et lui fist le sanc raier. 








30 t'enfanta] tesfanta. — 32 rist] rich. — 45-6 Supplée : vous me plongiez 
En? — 49 Toute ioie est abaissie. 


580 MÉLANGES 
Ce sachier, Diex l'oublia ; 
60 Mau jour li ajourna hier. 
IX Onques ne senti doulour, 
Biau filz, quand vous fustes nez, 
Ne ne muay la coulour : 
Ne pouoit estre esgenez 
65 Li cors qui de tel seignour 
Avoir esté.… 
el, nus n'ot gregnor, 
Dont vous estes si menés. 





x Biau file, je vous alai 
7 Mors estes : dolente en suil 
Mainte fois vous afetai 
Ou berçuel si com je dui. 
Pour Herode vous guetai, 
Et jusqu'en Egypte en fui. 
75 Onques ne m'en deshaitai 
Autretant comme je fais hui. 





x! À martire sui livree, 

Ne sai qui ce destina. 
Li jüif m'ont desertee : 

80 Onques nus d'euz ne fina 
D'avoir vers mon fil mellee : 
Mors st qui maul(z) voisin a1 
Voirement est ce l'espee 
Dont Symeon devina. 


XI 85 Ne puis mon cuer estanchier : 
En plourant m'estuet vengier 
Ex tout mon cors detrnchier]. 
fier] 
: ne seulz avoir 
90 De trop grant avoir 









XI Ne ne me pris un grain de mil; 
Or m'en] irai en essil. 
A Dieu comande mon fil 
Qui fu abevrés d'aisil 
95 Et mis [en] la crois. 
Ci me faut la vois. » 





66 Suppl cstrenez. Or ai. — 67 not] lecture douteuse. — 68 dont] id. 
— 76 Autretant] La syllabe tre a dé écrite après coup au dessus du mot. — 
94 abevrés] Le ms. semble porter abui. 








CHRISTINE DE PISAN ET GUILLAUME DE MACHAUT 583 
Dit de Poissy (vers 1077) : 


Sire, il a bien sept ans et plusieurs moys 
Que je donnay m'amour au plus courtois, etc. 


Ensuite Christine introduit une longue description du cheva- 
lier’ ; cette description manque au poème de Guillaume, où la 
dame ne fait qu’esquisser les attraits de son ami:. 

Dans les deux poèmes la dame s’évanouit après avoir achevé 
son plaint; ; le chevalier l’aide à reprendre connaissance et tâche 
de la consoler +, puis commence le récit de ses propres douleurs 
en décrivant une fête où se trouvait mainte 
4...dame jolie 
Jeusne, gentil, joyeuse et envoisie. 





L’attention du chevalier a été attirée par la beauté d’une de 
ces dames, de laquelle il est tombé immédiatement amoureux. 
Aussi énumère-t-il ses charmes en grand détails. C’est dans 
cette description que se trouve la ressemblance la plus frappante 
entre les deux poèmes. Bien que les situations ne soient pas 
absolument pareilles, les arguments employés ensuite par les 
deux couples sont souvent identiques. La dame s’écrie : 


.….tousdiz croist li ruisseaux de mon plour, 
N'avoir ne puiz pensec par nul tour 
N'esperance de recouvrer m'amour, 
Maiz par servir, 
Par honnourer, par servir, par eremir, 
Par endurer liement et souffrir, 
Par bien amer de cuer et obeir 
Tres humblement 
Poués encor avoir alegement, 
Joye et amour de celle ou vo cuer tent, 
Si que je di que j'ay moult de tourment 
Et moult visible, 
Et la raison, ce m'est vis, est sensible; 
Car de ravoir vostre dame est posible, 
Maiz mon ami ravoir c'est imposible 61 





. Dit, vers 1089-1236. 

. B. N. 9221, fol. 37 re col. 3. 

+ B. N. 9221, fol. 37 ve col. 1. Dit, 1376 ss. 
N. 9221, fol. 37 ve col. 1-2. Dit, 1400. 
. Dit, 1485, 1632. B. N. 9221, fol. 37-38. 

. B. N. 9221, fol. 39 ve, 








anpebn 


CHRISTINE DE PISAN ET GUILLAUME DE MACHAUT 585 


Christine 
poème : 


Voldrà mon non et mon surnom de voir, 
Il le porra clerement percevoir 
Ou derrenier ver du livret et veoir. 
Maiz qu'il dessemble 
Les premieres sept sillabes d'ensamble 
Et les lettres d'autre guise rasemble, 
Si que nulle n’en oublie ne emble : 
Ainsi pourra 
Mon nom savoir qui savoir le voldra ; 
Maiz ja pour ce mieux ne m'en prisera. 
Maiz nonpourquant ja pour ce ne sera 
Que je ne soie 
Loyaux amis, joyans et pleins de joi 
Car se riens plus en ce monde n'avoie 
Fors ce que j'aim ma dame simple et coie 
Outre son gré, 
à ge assez; qu'amours m'a honnouré 
Et richement mon mal guerredonné 
Quant a ma dame ainsi mon cuer donné 
Ay atousjours. 








met, elle aussi, son nom au dernier vers de son 


Et a la fin 
Du dernier vers, de cuer loyal et fin, 
Me nommeray, et Dieu pri au defin 
Que bonne vie et puis a la perfin 
Son paradis 
IL vous ottroit, et a tous les gentilz 
Vrais fins amans, loïaulz et non faintis, 
Que vraye amours tient subgiez et creintis?. 


Le poème de Machaut semble plus long à cause de l’introduc- 
tion des personnages allégoriques et de leurs plaidoiries. De 
plus, Christine a déployé dans son poème la grâce et la facilité 
qui caractérisent — malheureusement pas toujours — ses 
descriptions et ses dialogues. 

Ces emprunts évidents de Christine au Jugement de Guil- 
laume permettent de croire qu’elle doit au même poète quelque 
chose et pour la forme et pour le fond de son Livre du dit 





1. Dit, 2668 ss. 


ITAL. FRISONE — FR. FRAISIL 587 


ITAL. FRISONE 


Diez tire l'ital. frisone (var. frosone, frusone), nom de l'oiseau 
dit gros-bec, du lat. fresus, participe de frendere, « broyer 
avec les dents, grincer des dents. » Frisone vient en réalité de 
frisionem, mot qui se trouve déjà, avec le sens actuel, dans un 
traité De Re medica qui paraît remonter au 1v° siècle et que les 
manuscrits attribuent à un certain Plinius Secundus Junior. 


A. THowas. 


1. V, 42, éd. V. Rose, 1875. Le mot frisio est relevé dans Forcellini, édi- 
tion De Vit, et rapproché précisément dé l'italien frisone. 

















£. GorrA, Dell epentesi di iato nelle linque romanze 595 


que cette distinction forme la base de l'étude subséquente ; mais il est facile 
de voir qu'il en tient très peu de compte par la suite. Il déclare d'ailleurs peu 
après, suivant cette fois M. Braam, que l'opinion de Sieversest « manifestement 
erronée », et en effet il est évident qu’elle n'a tout au moins rien d'absolu, et que 
le même mot est souvent prononcé par la même personne avec une sépara- 
tion très différemment marquée entre les deux voyelles contiguës qu'il 
présente. La différence qu'il croit constater entre le fr. créer et le fr. réfpousér 
est illusoire, ou du moins elle s'explique par le fait que le mot réépouser n'a 
pas d'existence réelle, se fabrique pour ainsi dire chaque fois dans les cas 
Grès rares) où on l'emploi, et qu'on y sépare exprès la particule ré et le mot 
dpouser ; dans rééditer, réédifier, il n'y a pas un autre groupe que dans erér*. 
L'assertion finale qu'il « n'importe en rien que les deux voyelles contiguës 
appartiennent ou non à des syllabes distinctes » est tout à fait surprenante. 
Il faut s’en tenir, — sans prétendre entrer dans des subtilités physiologiques 
qui ne font qu'obscurcir inutilement la question, — à la définition de 
l'hiatus comme étant la contiguité de deux voyelles qui ne sont pas réunies 
en une syllabe ; quand elles sont réunies en une syllabe, elles forment une 
diphtongue. Il est vrai que rien n'est plus difficile et n’a jusqu'à présent été 
moins éclairci en phonétique que la définition de la diphtongue ; mais cela 
tient d'une part à la variation constante de la distinction des syllabes, d'autre 
part à la nature flottante de certains phonèmes qui sont, suivant qu'on les 
prononce plus ou moins rapidement, voyelles ou consonnes, et cela ne 
touche qu'indirectement la question qui fait le sujet de ce travail. L'hiatus 
étant défini comme il vient de l'être, reste à savoir s'il existe ou n'existe pas 
dans des groupes où l'une des voyelles est un de ces phonèmes indécis : il 
existera si le phonème est prononcé comme voyelle; il n'existera pas s'il est 
prononcé comme consonne, mais la définition en elle-même reste intacte. 
Dans le $ II-IIL*, l'auteur commence pas dresser une liste des voyelles, et 
en les groupant deux par deux il obtient 81 combinaisons binaires possibles. 
Il aurait dû grossir ce nombre théorique : puisqu'il regarde e, £, — 0, 9 
comme des voyelles différentes (et il a raison), il devait également distinguer 
a, & et 6, à (la virgule souscrite marquant l'ouverture de la voyelle); on a 
donc non pas 9 x 9 — 81, mais 11€ 11 = 121 combinaisons possibles. Il 
étudie ensuite les neuf séries commençant par chacune des voyelles : 1. à + 
voyelle, D'après lui, il s'intercale toujours après l'é un j qui en est issu; cela 
est possible pour le fr. mod., mais pour l'ancien fr. il n'en était pas ainsi, 
puisque crier, marier, mercier riment ou assonent primitivement non en ie 














1. Certe distinction tient À l'idée tout à fait erronée que se fait l'auteur (voy. plus 
loin) de la prononciation de eréer et autres mots semblables. 

3. Je désigne ainsi le 4 IL, parce que M. G. a oublié de marquer un $ II, et passe ainsi 
de ITàlv. 

3. Je note, suivant mon habitude, par y la consonne palatale (jod) que M. G. note 
par un à souscrit d'un croissant renversé, 





























BIALENE, La lepgenda dello Sclavo Dalmasina 607 


légende dont nous avons parlé plus haut". Toutes ces légendes, qui ne sont 
au fond que des variantes du même motif, se sont souvent croisées. C'est 
ainsi que le même miracle fait signer par le chevalier avec son sang un pacte 
que le diable est contraint par la Vierge lui rendre, ce qui n'est pas dans 
l'autre version et provient de l'histoire de Théophile. Un trait curieux, dans 
le poème italien que publie M. B., est que le héros baise, en signe d'alliance, 
le diable sur la bouche : cette particularité se retrouve dans la légende 
grecque de Théophile, si ce n'est que Théophile ne baise que les pieds du 
diable, et que c'est celui-ci qui lui baise Ja bouche». 

Le petit poème milanais du xrve siècle qu'a publié M. B. est écrit en un « lom- 
bardo italianeggiato » qui n'ofire rien de bien remarquable; mais la forme en 
est curieuse : c'est la strophe monorime de cinq vers dodécasyllabiques (ou à 
peu près), dont on ne connait pas d'autre exemple en italien, et qui, en français 
mème, n'est représentée que par la Vie de saint Alexis et la Vie de saint Thomas 
de Garnier. Le personnage principal, qui a perdu non seulement sa richesse 
mais sa liberté, est appelé Jo Sclavo Dalmasina; M. B. conjecture que ce nom 
étrange représente d'Almasina, « e Almasina sarebbe nome di luogo e nel 
nome si dovrebbe ravisare lo spagnolo almacen (dall’ arabo almachsan), che 
& quanto dire magaztino. Lo Sclavo Dalmasina non sarebbe dunque che lo 
Schiavo del Magazzino o meglio, sull’ analogia di altri nomi consimili in forma 
di plurale, lo Schiavo dei Magaggini. » Ce n’est pas très convaincant. Ce Sclavo 
était, dit le poème, de Palerme en Sicile, ce qui peut faire croire que la 
légende était venue au poète milanais de la Sicile, où ce récit a joui, comme 
à Naples, d’une faveur particulière, attestée par plusieurs versions poétiques. 
Sauf ces traits, le poème publié par M. Biadene ne diffère pas notablement 
des autres versions. 


En résumé, nous avons eu à parler de cing légendes distinctes l'une de 
l'autre, où un homme, pour obtenir ce qu'il désire, fait un pacte avec le diable 
et réussit, par l'intervention d'en haut, à en éviter les conséquences : celle 
de Protérius, celle de Cyprien, celle de Théophile, celle du Militarius et celle 
du mari qui donne sa femme au diable. La première est la plus ancienne et 
sans doute la source de toutes les autres; elles ont à plusieurs reprises et de 
plusieurs façons influé les unes sur les autres. 





Henri STROHMAYER. 





1. M.B. ne cite pas à beaucoup près toutes les versions de cette légende, connue sous 
le nom de Militarius : elle est racontée entre autres par Godefroi de Viterbe, par Gode. 
foi de Tirlemont (G. Thememsis), par le pobte allemand Hartmann et_par l'auteur du 
Passiomal ces deux dernières versions ont subi l'influence de la légende de Théophile + 
le chevalier ÿ est appelé Théophile; en revanche, la scène de la Vierge se prosternant 
aux pieds de son fs pour obtenir la grâce du coupable a passé, comme on l'a vu, du 
Militarius dans le drame bas-allemand de Théophile. 

Adénne KEaro tatapihelv adtèy otépa rpôç ovéua, «al Mlyes abri : palpe, 

Bo piqué pou gike nai riotdrase. 

































































PÉRIODIQUES 637 


nel codice originale a riscontro col ms. del Bembo e con l'édigione allina del 1501, 
Prouve que l'édition abdine du Canzoniere n'a pas été faite, comme on l'a 
cru, sur le ms. en partie autographe 3195 du Vatican, mais sur le ms. 3197 
de la même bibliothèque, lequel est de la main de Bembo. Toutefois Bembo 
avait transcrit sur sa copie les variantes du ms. 3195, dont une partie passa 
dans l'édition. M. Mestica nous avertit qu’un autre chercheur, M. Salvatore 
Cozzo, était arrivé de son côté à la même conclusion. — Variétés. P. 335, 
F. Flamini, 11 luogo di mascita di Madonna Laura e la topografia del canzoniere 
Ptrarchesco. L'objet de cet article est de montrer que le lieu de naissance de 
Laure est Caumont, village de Vaucluse situé sur la rive droite de la 
Durance à mi-chemin entre Avignon et Cavaillon. Cette opinion se fonde 
essentiellement sur le dire d'un Italien de la fin du xve siècle qui, ayant visité 
les lieux célébrés par Pétrarque, s'exprime ainsi : 
Vignion, Comonto, la dov'ella nacque 
Rodano e Sorga ancor vid'io passando.… 

Caumont est, en effet, voisin de Noves, situé sur la rive opposée de la 
Durance. Mais pourquoi employer 23 pages à ce qu'on pouvait dire en quatre 
où dnq?— P. 358, V. Cian, Di Giovanni Muzgarelli e d'una sua operetta ine- 
dit. — Comptes rendus. P. 385, G, Castelli, La vita le opere di Cecco d'As- 
coli (V. Rossi, critique très détaillée et très judicieuse). — P. 401, H. 
Cochin, Un ami de Ptrarque. Lettres de Fr. Nelli à Pétrarque publiées d'après le 
ms. de la Bibliothèque nationale (F. Novati). — P. 407, O. Hecker, Die Berli- 
ner Décameron-Handschrift u. ibr Verhellniss qum codice Manuelli, (H. Hau- 
vette émet quelques doutes sur la thèse soutenue, après M. Tobler, par 
l'auteur de ceme dissertation). — P. 411, G. Lesca, 
Campano, detto l'Episcopus Aprutinus, saggio biografco e crilico (Fr. Fla- 
mini). — P. 416, F. Niti, Leone X e la sua politica secondo documenti 
€ carteggi inediti (V. Can). — P. 434, Bulletin bibliographique. A 
remarquer des articles sur Joret, La rose dans l'antiquité et au moyen dge (cf. 
Romania, XXI, 171); G. Cozza-Luzzi, Sul codice del breviario di Fr. Petrarca 
acquistalo da S. $. Leone XIII alla Biblioteca Vaticana; V. Catenacci, L'amorosa 
visione del Boccaccio (travail peu honnête, en partie emprunté, sans indication 
de source, À un écrit antérieur de M. Crescini); L. Biadene, Cortesie da tavola 
in latino e provenqale. — P. 451, Communications diverses. — P. 462, Chro- 
nique. — P. 476, Publications faites à l'occasion de mariages. 

Nes 64-5. G. Volpi, Luigi Pulci, Studio biografico. Biographie faite en partie 
à l'aide de documents nouveaux ; en appendice une pièce inédite (confessions 
di Luigi Pulei). — P. 65. A. Luzio et R. Renier, Nixcolô du Corregio (An). 
P. 120, G. Rua, L'epopea Savoina alla corte di Carlo Emmanuee. — P. 158, 
Variétés. Nous ne trouvons à signaler que R. Truffi, Di una probabile fonte del 
« Margutte » del Pulei (p. 200). — Comptes rendus. E. Pércopo, Le rime di 
Bemedetto Garelh delto il Chariteo secondo le due slampe originali con introdu- 
zione e note(V. Rossi). —P. 242, Bulletin bibliographique. D'Anconaet Bacci, 
Manuale della leteratura italiana (article justement élogieux ; cf. Rom., XXII, 

















PÉRIODIQUES 631 
divers y abondent, et sont généralement faciles à reconnaitre sous leur 
forme latinisée. 11 y a malheureusement d'évidentes fautes! de lecture ou 
d'impression qui rendent suspects les mots dont on n'a pas d'autres exemples 
ou qui ne se sont pas conservés dans les patois. Ainsi il n'y a sans doute pas 
dans le ms. « ipsiusmet presbyter preventi » (p. 300), ni « unum tilho carna- 
rum salsarum » (p. 304). On peut aussi douter de « scavum sive bancum 
fusti » (p. 301) et de « duo scauva longa ad opus sedendi » (p. 308), où il faut 
vraisemblablement lire sanwm, scans. On s'étonne de lire, p. 311, « doas 
assirapas de lato, » et p. 313 « .ÿj. issirapas d'estant ». Dans les deux cas 
M. Foresti traduit en note le mot souligné par « bouteilles ». Il serait 
imprudent d'utiliser ces documents sans les avoir collationnés sur les origi- 
maux. — P. 322.8, Frossard, Les instruments de l'éclairage dans le Bigorre. Relevé 
intéressant des matières servant à l'éclairage (résine, poix, cire, etc.) et des- 
cription des appareils servant à la combustion de ces matières. Quelques éty. 
mologies erronées : Bal, brindille de bois servant à l'éclairage, est le prov. 
falha, le lat. facula, et n'a rien de commun avec le fr. faille, fissure. 

P.M. 











TABLE DES MATIÈRES 





P. Mever. Le couplet de deux vers. 
P. Raja. Contributi alla storia del! epopea € del romanzo medievale. 

VIII. La Cronica della Novalesa e l'epopea carolingia. 
P. Towwetg. Brunetto Latino's obligations to Solinus. 
G. Paris. Le conte de la Rose en vers et en prose dans le roman de 











G. Pas. Le pronom neutre de la 3« personne en français. 
P. Maven. Les manuscrits des sermons français de Maurice de Sully. 177 
A. PraGer. Notice sur le manuscrit 1727 du fonds français de la Biblio- 
thèque Nationale... ee 
A. Morez-Fario. L'arte major et l'hendécasyllabe dans la poésie cas- 
tillane du xve siècle et du commencement du xvie siècle. 
A. Jeanroy. Locutions populaires ou proverbiales. 
G. Paris. Les accusatifs en -aim 
P. Mever. Notice sur un ms. de 
cine vétérinaire. 
S. Bencar. La Bible italienne au moyen âge 
P. Mever. Notice sur un manuscrit de la bibliothèque Sainte-Gene- 
viève renfermant des extraits de Maurice de Sully.…… 
G. Paris. La composition du livre de Joinville sur saint Louis. 
A. Jeanror. Observations sur le théâtre méridional au moyen Age. 
A. Moraz-Fario. L'Isopo castillan.… 


























MÉLANGES. 


Le { de la 3e pers. sing. du parfait provençal (A. Thomas). 
La rivière de Rune dans l'épopée française (A. Thomas). 
Joinville et le conseil tenu à Âcre en 1250 (H.-F. Delaborde) 
L'épitaphe d'Alain Chartier (A. Piaget) 
Rôle de chansons à danser du xvie siècle Le Meyer) 
Combr- (G. P.)........... 
Anc. fr. foucel (A. Thomas). 

Une chanson du xre siècle (G. P 
Jeu parti entre maître Jean et Jean Bretel (G. P.). 
















TABLE DES MATIÈRES 637 


LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 


Auserr, Die Sprache Philippes de Beaumanoir 
ALISCANS, herausgegeben von RoLIN. k 
Anersson, Zum Schwund der nachionigen Volale im Framsôsischen. 319 

















AnDerssoN, Ofversigt af ordens pà -icus fonetiska utveckling. 320 
Bos, Petit traité de prononciation latine... … 309 
Boucuer, Maximes et proverbes tirés des chansons de geste . 309 
BraGa, Geschichte der portugiesischen Litteratur… 306 
Braune, Beiträge zur germanischen und romanischen Etymologie... 489 


Calherine (Vie de sainte), p. p. JaRNIK.… 
Cusnvo, Diccionario de construccion de la lengua castellana, Il. 
DARMESTETER, Traité de la formation des mots composés. 
Durer, Grammaire savoyarde, p. p. KoscHwrTz 
Garrwer, Ueber den Volksnamen der Rumänen 
Gaurier, Les épopées françaises, 11. . 
GaunER, Œuvres poétiques d'Adam de Saint 
Giouorni, Cronica pistojese 
Gora, Lingue neolatine. és 

Grôver, Geschichte der lateinischen Literatur im Mittlaler.… 
Grôser, Zur Volkskunde aus Concilbeschlüssen und Capitularien. .… 305 




























Guarnerro, Diporti glottologici. 63 
Hawuer, Die frühesten Lautwandlungen im alten Italien. + 304 
Hauréan, Le poème adressé par Abélard à son fils Astralabe. 309 
Hauverrs, Notes sur des manuscrits autographes de Boccace. + 491 


Héron, La légende d'Alexandre et d'Aristote. 
Hertz, Die Sage vom Gifmädchen. 
IsnaRp, Livre des privilèges de Manosque 








Jarxi, Dve verse starofrancouzké legendy o sv. 487 
Jorca, Thomas III, marquis de Saluces 633 
JusseranD, Histoire littéraire du peuple anglai 494 


Kalender (The) of Shpherdes, ed. by SOMMER. 
KaRsre, De uitsprak van het Latin. . 
KŒLsNG, Sir Beves of Hamtoun.… 
KærrinG, Der Formenbau des franzôsischen Verbums 







304 
KoLseN, Guiraut von Bornelh. . 496 
Koscuwrrz, Ueber die provenzalischen Felibe 496 


Kraus, Deutsche Gedichte des rwôlften Jahrhunders. 
KuHn,Barliam und Joasaph. .…........... : 








TABLE DES MATIÈRES 639 


















Wizmorre, Le wallon... 306 

ZENALTI, Stramborti € rispetti 489 

Zimmer, Nennius vindicatus 306 
PÉRIODIQUES 

Archiv für das Studium der neueren Sprachen, 1885, 1886, 1887. 278 

Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, LIN, LIII, LIV. 2êr 

Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1892. 630 


Bulletin de la Société des anciens textes, 1893, 1 
Bulletin de la Société de linguistique de Paris, no 14-36. 
Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orléanais, 1893. 288 
Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques, 



















1891, 92, 93 LS 629 
Gioraale”storico della leteratura italiana, 55-60, 280 
_ 61-66. 626 

Literarisches Centralblant, 1891. 287 
Mémoires de la Société de linguistique de Paris, V-VIIL 284 
Moyen äge (Le), II-VIL. 62 
Revue des langues romanes, janvier 1892-juin 1894 608 
Romanische Forschungen, VII 617 
Studj di filologia romanza, 16, 17 6120 
Zeitschrift für romanische Philologie, XVII, 3-4 276 
_ XVIL, 14 6x 


CHRONIQUE 


Célébration du centenaire de Diez, 289. — Nécrologie : Ad. Borgognoni, 
Emile Bouillon, K. Foth, 294; A. Bartoli, 295, 482; Jean Fleury, 632. — 
Hommage à M. V. Thomsen, 295. — Nominations : MM. Cloetta, Brun- 
ner, Sôderhjelm, Rennert, 295. — Prix obtenu par M. Bonnardot, 295. — 
Programme d'un professeur de philologie romane en Amérique, 484. — 
Publications récentes : Histoire littéraire de la France, t. XXXI, 301 ; l'Order of 
chivalry, traduit par Caxton de Raimond Lull et réimprimé par Ellis, 302, 
483; Bloete, note sur la légende du Chevalier au cygne, 484. — La 
première et dernière livraison du Jabresbericht für die romanische Philologie, 
300; la bibliographie de la Zeitschrift für romanische Philologie, 482. — 
M. Gaëtan Hepp et la publication des anciens textes, 632. — Discussion sur 
le sens d'un passage de Wace, 302. — Interview compromettante de G. Paris 
et polémique 4 La suite, 296. — Manuscrits français dans un catalogue de la 





640 TABLE DES MATIÈRES 

librairie Quaritch, 298. — Le manuscrit de Joinville d'Édinbourg (copie de 
la première édition), 303. — Publications annoncées comme prochaines : 
P. Meyer, t, 11 de Guillaume le Maréchal, 302; Brugger, les œuvres de Guiot 
de Provins, 302; Pergoli, chants populaires romagnols, 302; le Thesaurus 
latin de Munich, 483; Jeanroy, recueil des ais et duscorg, chansons de 
Richard de Semilli et de Richard de Fournival, 633; Rassqne critica spl 
studi danteschi, 302. — Rectification, 304. 


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